La Banque du Canada réduit encore ses attentes

La Banque du Canada a de nouveau abaissé hier sa prévision de croissance économique pour 2005, y retranchant trois dixièmes de point à 2,5 % alors que la force du dollar continue d'affecter les exportations. Et puisque la croissance viendra plutôt de la demande intérieure cette année et l'an prochain, l'institution dit que la décision de ne pas toucher aux taux d'intérêt cette semaine découlait justement du souhait de soutenir la demande globale.

La banque centrale, dont le dernier Rapport sur la politique monétaire table toujours sur une croissance de 3,25 % en 2006, laisse toutefois entrevoir d'autres hausses de taux. L'institution se gardant bien de préciser le moment où ces hausses pourraient se manifester, la Banque de Montréal estimait de son côté dans une note de recherche qu'elles auront lieu dès juillet, alors que le Mouvement Desjardins misait sur la fin de l'été.

Si l'ensemble des perspectives a peu changé depuis la mise à jour publiée en janvier, notamment celle voulant que l'économie atteindra son plein potentiel de croisière à la deuxième moitié de l'an prochain, la Banque du Canada réservait quelques bémols. «Ces prévisions sont entachées de risques, aussi bien à la hausse qu'à la baisse, et d'incertitudes», a-t-elle indiqué.

Elle mentionne le rythme d'expansion en Asie, le niveau élevé des prix des produits de base non énergétiques, les cours du pétrole ainsi que «la résorption des déséquilibres des balances courantes». Il s'agit essentiellement des transactions commerciales et des transferts d'investissements entre pays. Si cet élément devait persister, dit-elle, il y a une «possibilité grandissante que le processus de correction ne devienne désordonné».

En conférence de presse à Ottawa, le gouverneur de la banque centrale, David Dodge, a dû essuyer quelques questions à teneur politique. Avec un gouvernement minoritaire, le spectre d'élections précipitées peut-il affecter l'économie? «Les marchés en général n'aiment pas l'incertitude», a-t-il répondu. «Si cette incertitude persiste ou s'accroît, on pourrait croire que la demande pour les actifs canadiens soit un peu moins forte et donc que la pression à la hausse sur le dollar soit un peu plus faible.» Pour l'instant, croit-il, il n'y a cependant aucun impact sur l'économie.

Le huard a terminé la séance d'hier en baisse de 0,23 ¢US, à 80,51 ¢US. Depuis le 1er avril, il a perdu plus de 2 ¢US, ou 2,6 %.

La Chine

Au moment même où la banque centrale faisait part de ses réflexions au sujet de l'Asie, Statistique Canada publiait hier une étude qui en fait largement mention. Selon l'agence fédérale, la croissance économique en 2004 a été en bonne partie attribuable au secteur des ressources naturelles, en particulier par les exportations et l'investissement. Et la Chine, ajoute l'étude, était vorace.

«Ce meilleur rendement à l'exportation reflétait la croissance des exportations vers la Chine, ces dernières s'étant élevées de 39 %, ce qui représentait plus du double du gain de 15 % affiché en 2003», a écrit Statistique Canada. «La majeure partie de cette évolution a eu lieu dans les ressources naturelles hors énergie, qui représentaient environ 80 % des livraisons du Canada vers la Chine.»

En fait, affirme l'agence fédérale, l'accroissement de la demande à l'exportation «était à l'origine de toute l'accélération de la croissance du PIB canadien l'an dernier, qui a crû [de 2,8 %] par rapport à 1,7 % en 2003».

Enfin, Statistique Canada se réjouit du fait que l'année 2004 n'a pas vu d'écart aussi important entre la performance des diverses industries. «Ces dernières années, il y avait surtout eu des gains rapides dans une poignée de secteurs (dont le secteur de la fabrication en 2000 et celui de l'habitation en 2001) et des pertes cuisantes dans d'autres (entre autres l'industrie touristique en 2003 et l'industrie agricole en raison de la sécheresse en 2002).»