Développement hydro-électrique de Gull Island - Québec et Terre-Neuve seraient à six semaines d'un accord

Québec et Terre-Neuve et Labrador pourraient être en mesure d'annoncer d'ici six à sept semaines la signature d'une entente sur le développement du projet hydro-électrique de Gull Island, au Labrador.

C'est ce qu'a indiqué, hier, le premier ministre de Terre-Neuve et Labrador, Roger Grimes, lors d'une conférence de presse à l'occasion de la 27e Conférence annuelle des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l'Est du Canada. «D'ici six ou sept semaines, nous aurons, j'espère, convenu de dire que nous avons réussi les négociations et que nous allons avoir un projet énergétique — un projet d'énergie propre — au Labrador, un projet d'exportation d'énergie», a-t-il dit. Il y a quelques semaines, le premier ministre terre-neuvien se donnait plutôt jusqu'à Noël pour conclure une telle entente avec le Québec.

Au début d'août, lors de la conférence des premiers ministres provinciaux à Halifax, M. Grimes et le premier ministre Bernard Landry avaient annoncé que le Québec et Terre-Neuve relançait le projet de Gull Island, une centrale au fil de l'eau d'une puissance de 2000 MW. Ce projet conjoint, évalué à quatre milliards, avait été mis en veilleuse après que Terre-Neuve eut préféré entamer des négociations avec le fabricant américain d'aluminium Alcoa , négociations qui n'ont pas porté leurs fruits.

De son côté, Bernard Landry, qui copréside cette conférence des gouverneurs et premiers ministres, a dit que le niveau d'optimisme relativement aux négociations en cours était «très élevé».

Le président-directeur général d'Hydro-Québec, André Caillé, qui a fait une présentation lors de la conférence hier, a rappelé que le marché de l'électricité, que ce soit au Québec, en Nouvelle-Angleterre et en Ontario, est en croissance. «Il n'y a pas d'inquiétude ici qu'Hydro-Québec va trouver le moyen pour vendre toute cette énergie sur le marché "domestique" ou encore sur les marchés extérieurs.»

«Le leitmotiv que j'ai donné à mes gens, c'est construisons, construisons maintenant et construisons, aussi, rapidement», a-t-il ajouté.

Sujet de préoccupation

Pour l'heure, Hydro-Québec n'a pas besoin d'augmenter sa capacité de transmission à l'extérieur du Québec, qui s'élève à 5800 MW. Mais il faudra mieux utiliser cette capacité, limitée bien souvent par des goulots d'étranglement sur les réseaux de transmission américains.

C'est d'ailleurs un des sujets de préoccupation soulevés, hier, par les gouverneurs et les premiers ministres. Les États de la Nouvelle-Angleterre et l'État de New York envisagent de créer ensemble un RTO (Régional Transmission Organisation). Mais le gouverneur du Vermont, Howard Dean, estime qu'il vaudrait mieux créer un tel RTO avec les cinq provinces de l'Est du Canada plutôt qu'avec New York. Le gouverneur du Maine, Angus S. King, a dit pour sa part qu'il fallait «continuer à défendre l'idée la régionalisation de l'électricité sans égard aux frontières».

Pour sa part, M. Caillé, qui ne croit à la nécessité d'annexer le réseau d'Hydro-Québec aux réseaux américains, a fait valoir que la société d'État, avec son réseau de transmission qui s'étend sur 20 000 milles contre 8000 pour l'ensemble de la Nouvelle-Angleterre, constituait une RTO à part entière. Une meilleure coopération entre les réseaux parviendrait à résoudre 60 % des problèmes d'engorgement et l'investissement dans les infrastructures fera le reste, a-t-il dit.