Jetsgo: pas de relance possible sans Leblanc

L'arrêt brutal des activités de Jetsgo a terni la réputation de l'entrepreneur Michel Leblanc. Mais sa collaboration demeure absolument indispensable à tout projet de relance et pourrait s'avérer payante pour les créanciers, a soutenu hier un représentant du contrôleur RSM Richter.

D'après le spécialiste de la firme, Gilles Robillard, une restructuration ou une liquidation ordonnée des actifs en présence de M. Leblanc rapporterait «entre 7 et 11 %» de plus qu'une faillite. Cet écart significatif découle de l'expertise du p.-d.g. et de sa garde rapprochée ainsi que de leurs nombreux contacts dans l'industrie. «Ce sont des experts en aviation capables de régler des problèmes sans qu'on ait besoin d'avoir recours à des sous-traitants», a expliqué M. Robillard, qui travaille de concert avec le contrôleur Yves Vincent.

Michel Leblanc serait par ailleurs mieux placé que quiconque pour convaincre les trois entreprises qui lui ont loué des appareils MD-83 de lui faire à nouveau confiance. Un accord avec elles permettrait à Jetsgo de recommencer à générer des revenus, en plus de réduire sa dette.

La présence de l'homme d'affaires rendrait en outre possible le recours judiciaire entrepris contre le transporteur albertain WestJet, son p.-d.g. Clive Beddoe et un autre de ses anciens cadres que Jetsgo accuse d'espionnage industriel. Les procédures pourraient durer des années, mais elles pourraient se solder par un gain substantiel pour l'entreprise, qui réclame plus de 50 millions en dommages et intérêts.

Une réserve

En échange de sa participation à l'élaboration d'un plan d'arrangement pour son entreprise, Michel Leblanc exige cependant qu'on garde en réserve une «charge de l'administrateur» d'une valeur de cinq millions qui le protégerait en cas de litige.

La plupart des créanciers, parmi lesquels figurent Nav Canada, les principaux aéroports du pays ainsi que la compagnie de commerce électronique Moneris, s'opposent toutefois à cette mesure qu'ils jugent «inutile». Ils font valoir que Michel Leblanc est déjà couvert par une police d'assurance de 10 millions qui ne vient à échéance qu'en juillet. Selon le procureur de Nav Canada, Denis Saint-Onge, le redécollage de Jetsgo demeure en outre «très aléatoire».

Le juge François Rolland de la Cour supérieure du Québec devra se prononcer sur cette question, ainsi que sur les requêtes d'autres groupes qui souhaitent des modifications à l'ordonnance en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) en vigueur jusqu'au 13 mai prochain.

Les pilotes de Jetsgo, qui veulent récupérer les 30 000 $ qu'ils ont dû payer à l'entreprise avant d'être embauchés, ont cependant décidé de retirer la requête qu'ils avaient déposée la semaine dernière. Leurs avocats espéraient convaincre le juge Rolland de considérer ces paiements, qui totalisent 2,7 millions, comme une somme placée en fiducie plutôt que comme une dette de l'entreprise. Le refus du magistrat d'accéder à une requête semblable présentée par les aéroports les a toutefois convaincus de changer de stratégie.

«Nous allons déposer une nouvelle procédure, a assuré leur procureur, Daniel Cantin. N'avons pas l'intention de baisser les bras.»

Le gouvernement fédéral devait aussi présenter hier une requête afin que soit modifiée l'ordonnance protégeant Jetsgo contre ses créanciers. Ses représentants ont toutefois accepté de remettre leur plaidoirie au 18 avril.

D'après le procureur général du Canada, dans sa forme actuelle, l'ordonnance du juge en chef empêche ministères et les organismes réglementaires d'utiliser leurs pouvoirs contre le transporteur. En théorie, cela interdirait à Transports Canada de mettre à exécution sa menace de suspendre le certificat d'exploitation aérienne de la compagnie pour le moment.

Même si rien ne l'y obligeait, Jetsgo a néanmoins remis lundi au ministère le plan de mesures correctives qu'il avait demandé au lendemain d'un atterrissage raté à Calgary, en décembre. Malheureusement, d'après la porte-parole Lucie Vignola, «à première vue l'entreprise n'a pas réussi à démontrer qu'elle avait corrigé les lacunes de manière satisfaisante». Mme Vignola a cependant souligné que l'analyse du document n'était pas terminée. Jetsgo devra nécessairement se conformer aux exigences de Transports Canada s'il souhaite reprendre ses activités commerciales à temps pour la saison estivale.