Affaire AIG - Warren Buffett défend sa réputation

Warren Buffett à sa sortie des bureaux de la SEC, hier. «Je leur ai dit tout ce que je savais», a déclaré le milliardaire.
Photo: Agence Reuters Warren Buffett à sa sortie des bureaux de la SEC, hier. «Je leur ai dit tout ce que je savais», a déclaré le milliardaire.

New York — Le milliardaire Warren Buffett comparaissait hier comme témoin dans l'affaire des malversations comptables de l'assureur AIG, et le deuxième homme le plus riche du monde a eu surtout pour souci de préserver la réputation d'intégrité absolue sur laquelle il a bâti sa fortune.

Les autorités s'intéressent en particulier au rôle tenu par M. Buffett dans une transaction de 500 millions $US, fin 2000, entre AIG et Général Re, société de réassurance contrôlée par Berkshire Hathaway, le holding du milliardaire. Cette opération aurait servi à gonfler les comptes d'AIG artificiellement.

En deux mois, l'affaire a déjà provoqué la chute de l'ex-p.-d.g. d'AIG, Hank Greenberg, 79 ans, jusque-là l'un des hommes d'affaires les plus puissants des États-Unis.

M. Buffett, 74 ans, interrogé jusqu'en début d'après-midi hier dans les bureaux new-yorkais de la Commission des opérations de Bourse américaine (Security ans Exchange Commission, la SEC), apparaît comme simple témoin. «Je leur ai dit tout ce que je savais», a déclaré M. Buffett à sa sortie, sans vouloir entrer dans les détails.

Les autorités voulaient entendre M. Buffett pour éclaircir certains points sur une série de transactions auxquelles a participé Hank Greenberg. «Nous n'avons aucune preuve qu'il a violé la loi», avait souligné dimanche sur la chaîne ABC Eliot Spitzer, le ministre de la Justice de New York, qui mène l'enquête avec la SEC.

Une réputation d'éthique

Si ces propos laissent supposer que l'investisseur le plus respecté des États-Unis ne devrait pas être trop inquiété dans l'affaire AIG, sa réputation d'éthique et de transparence pourrait se retrouver écornée. «J'espère» qu'il va sortir de cette affaire intact, a affirmé M. Spitzer sur ABC. «Warren Buffett est une icône. Il a réussi de la bonne façon. Il est le porte-drapeau pour un investissement intelligent basé sur le long terme, la transparence, la fiabilité.»

M. Buffett a passé presque toute sa vie à Omaha, dans le Nebraska, au centre des États-Unis, où il mène une existence simple. Connu pour sa passion pour l'investissement, pour le baseball et le coca-cola à la cerise, il déjeune presque chaque jour dans une cafétéria où il mange quasiment toujours le même repas.

L'oracle d'Omaha

Sa modestie, l'autodérision dont il fait volontiers preuve, mais surtout les rendements substantiels de ses investissements choisis avec beaucoup de soin, lui valent d'être l'objet d'un culte de la part des investisseurs petits ou grands, et son surnom: «l'oracle Omaha». M. Buffett, qui a une réputation d'intégrité absolue, a déjà affirmé qu'il n'était pas au courant de la nature ou du caractère frauduleux de l'opération entre Général Re et AIG.

Habitué à collaborer activement avec les autorités, M. Buffett a déjà sauvé en 1991 Salomon Brothers d'un désastreux procès au pénal en coopérant à l'enquête et en faisant le ménage dans la maison de courtage.

En revanche, Warren Buffett a démenti avoir de son propre chef donné des documents aux autorités en échange de leur bienveillance dans une autre affaire, comme l'affirmait le Wall Street Journal. «Ce n'est pas vrai. Nous nous sommes conformés aux assignations», a-t-il déclaré.

Charles Munger, vice-président du conseil d'administration de Berkshire Hathaway, martelait dimanche dans le New York Times que «la possibilité que Warren Buffett ait voulu faire un peu d'argent supplémentaire à travers une filiale qui représente une part insignifiante des résultats de Berkshire est tout simplement ridicule».