Ubisoft débarque à Québec

Après avoir fait de Montréal son principal studio de création au monde, Ubisoft se tourne vers Québec où il investira 75 millions sur cinq ans afin d'embaucher 200 employés qui travailleront dans le quartier Saint-Roch, dont la récente revitalisation a redonné un centre-ville à la capitale et a attiré bon nombre d'entreprises technologiques.

Mais Ubisoft n'est pas le seul joueur qui débarque dans la capitale. Gameloft, premier développeur mondial de jeux pour téléphones cellulaires et détenu à 30 % par Ubisoft, fera lui aussi le trajet Montréal-Québec pour y ouvrir un studio où travailleront une cinquantaine de personnes.

La décision annoncée hier s'inscrit dans les intentions qu'Ubisoft avait présentées cet hiver: le concepteur de jeux vidéo, qui compte déjà un millier d'employés dans ses studios montréalais, soit 40 % de ses effectifs mondiaux, veut doubler son effectif québécois d'ici à 2010 au coût total de 700 millions. Mais la commande est de taille et l'entreprise, qui a déjà fait part d'une certaine pénurie de main-d'oeuvre, souhaite étendre sa présence au-delà de la métropole.

«Québec et les régions qui l'entourent regorgent de talent», a indiqué dans un communiqué le président-directeur général d'Ubisoft à Montréal, Martin Tremblay. «Cela constitue un secret jusqu'à aujourd'hui trop bien gardé. Nous sommes convaincus que les jeunes créateurs de Québec et des régions environnantes ont beaucoup à offrir à Ubisoft.»

Développement d'une marque pour le studio québécois

La taille du nouveau studio, qui occupera des espaces loués dont l'emplacement reste à déterminer, serait d'ailleurs suffisante pour la création d'un jeu complet. «Pour créer un jeu sur toutes les plateformes [par exemple PlayStation, Xbox, etc.], ça prend une masse critique d'environ 200 personnes. Alors l'objectif est de donner au studio de Québec une marque, comme le sont déjà Splinter Cell ou Myst, et de leur en confier le développement», a indiqué au Devoir le responsable des relations publiques, Cédric Orvoine.

L'entreprise se positionne déjà pour la véritable manne que représentera l'arrivée prochaine des consoles de jeu de nouvelle génération, comme le PlayStation 3 de Sony et la deuxième version de la Xbox de Microsoft. Les ventes de jeux ont atteint l'an dernier 7,3 milliards de dollars américains, alors que le chiffre d'affaires d'Ubisoft s'est élevé à 650 millions de dollars.

Le campus Ubisoft

Mais pour composer avec cette pénurie de main-d'oeuvre évoquée l'automne dernier, la société annonçait aussi en février la création d'un «campus Ubisoft» avec 16 millions de son propre argent ainsi qu'une contribution de 5,3 millions du ministère de l'Éducation. Il doit ouvrir ses portes en mai avec quelque 80 étudiants.

De nombreuses voix du milieu, à la fois chez des entreprises et des établissements d'enseignement spécialisé, s'étaient toutefois élevées pour demander à Québec de ne pas concentrer son aide sur une seule entreprise. Ubisoft assurait de son côté que les finissants, munis d'un diplôme collégial ou universitaire, ne seraient pas canalisés vers ses studios. Quant à savoir si les nouveaux bureaux de Québec serviront de pavillon à ce campus montréalais, M. Orvoine a indiqué que «cela ne fait pas partie des plans».

Ubisoft a par ailleurs précisé que le fait de s'installer dans le quartier Saint-Roch ne lui procurerait aucun incitatif fiscal en plus de ceux dont elle bénéficie déjà au chapitre des crédits d'impôts sur les salaires. Rappelons que la rénovation du quartier Saint-Roch s'est accompagnée pendant un certain temps d'incitatifs, et ce, jusqu'à ce que l'ex-ministre des Finances, Yves Séguin, les abolisse à partir de juin 2003 pour les nouveaux arrivants.