MG Rover vit peut-être sa dernière semaine

Londres — L'avenir de MG Rover était particulièrement sombre hier, ses salariés ayant été renvoyés dans leurs foyers et les administrateurs du constructeur automobile affirmant ne pas avoir de plan de reprise de la production.

Les quelque 6100 salariés de l'usine Rover de Longbridge, à Birmingham, s'étaient auparavant rassemblés hier matin pour prendre connaissance des détails d'un prêt gouvernemental de 6,5 millions de livres (environ 15,1 millions de dollars).

Cette enveloppe va permettre au constructeur de régler ses factures et les salaires pendant une semaine, le temps de chercher une solution pour la reprise de l'entreprise.

En fin de matinée, les administrateurs provisoires de MG Rover, du cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC), ont souligné que la situation du constructeur était désormais critique.

Les pertes de l'entreprise — MG Rover et l'unité qui fabrique les moteurs, Powertrain — sont «très importantes», ont-ils précisé dans un communiqué, de l'ordre de 20 à 25 millions de livres par mois.

«Sans apport d'argent frais, la compagnie sera incapable de payer la grande majorité des employés» au-delà de cette semaine, ont-ils prévenu.

«Nous n'avons aucun projet de reprise de la production», a indiqué l'un d'entre eux, Ian Powell. «Nous avons dit aux salariés qu'ils seraient payés jusqu'à nouvel ordre, mais il n'y a pas de production.»

Le bureau australien des visas à Londres a quelque peu anticipé hier la disparition pure et simple de MG Rover, invitant ses ouvriers à émigrer vers l'Australie.

«Les employés de MG Rover qui ont moins de 45 ans, et dont la qualification est celle demandée, sont en excellente position pour s'installer en Australie», a déclaré Oonagh Baerveldt, porte-parole du bureau.

Des femmes de salariés de MG Rover ont pour leur part annoncé leur intention de marcher sur Downing Street, la résidence londonienne du premier ministre travailliste, Tony Blair.

«Nous voulons les mêmes indemnités que celles attribuées [à l'usine Ford] de Dagenham quand elle a fermé, soit 30 000 à 35 000 livres par personne», a déclaré Liz Hanks, l'une d'entre elles.

Sous administration judiciaire

Dernier grand constructeur automobile britannique indépendant, MG Rover a été placé vendredi sous administration judiciaire après l'échec de ses négociations avec l'entreprise chinoise SAIC (Shanghai Automotive Industry Corporation), un temps intéressée par un joint-venture.

6100 emplois directs et 18 000 indirects sont menacés.

Le premier ministre Tony Blair, qui a placé l'économie au coeur de la campagne des législatives du 5 mai, a insisté hier sur le fait que le maintien d'une industrie manufacturière est «absolument vital» pour la Grande-Bretagne.

Le «patron des patrons» britanniques, Digby Jones, a pour sa part affirmé hier son hostilité à un plan de sauvetage gouvernemental de Rover: le rôle du gouvernement, a-t-il dit, ne doit pas être d'aider les «canards boiteux».

Les chefs de l'opposition conservatrice et libérale-démocrate, Michael Howard et Charles Kennedy, ont tous deux sévèrement critiqué dimanche M. Blair, affirmant que le gouvernement aurait dû s'impliquer bien plus tôt dans ce dossier.

La part de marché de MG Rover en Grande-Bretagne n'est plus aujourd'hui que de 3 %. Au total, la firme britannique a vendu 12 545 voitures le mois dernier, en baisse de 17 % sur un an. Le groupe en avait écoulé 200 000 en 1999.