La chute des cours du pétrole se poursuit

New York — Les cours du pétrole brut ont continué à baisser hier sur le marché à terme de New York alors que les opérateurs paraissent moins inquiets sur le niveau des approvisionnements face à la demande.

Sur le New York Mercantile Exchange, le baril de brut pour livraison rapprochée en mai a fini en baisse de 79 ¢US, à 53,32 $US, après être passé sous les 53 $US en séance. Depuis le début de la semaine, le brut a perdu quelque 4 $US.

«C'est la continuation de la tendance récente», a noté Marshall Steeves, analyste de Refco. «Les opérateurs sont moins inquiets à propos des approvisionnements. Ils ont réévalué l'idée que la hausse de la demande pourrait porter le prix du baril à 100 $US et pour le moment, il ne semble pas que cela va être le cas», a expliqué M. Steeves.

«Il n'y a pas de nouvelles particulières [...] mais il y a un sentiment de soulagement sur le fait que l'approvisionnement ne sera peut-être pas aussi tendu que prévu au deuxième trimestre», a commenté de son côté Mike Fitzpatrick, de Fimat.

À Londres également, le repli des cours entamé en début de semaine s'est poursuivi hier, les fonds spéculateurs, principalement américains. Sur l'International Petroleum Exchange (IPE) de Londres, le baril de Brent de la mer du Nord perdait 44 ¢US, à 53,60 $US.

Le Brent dépassait ainsi la valeur du light sweet crude, ce qui se produit «très, très rarement», a commenté Lee Elliott, opérateur à la maison de courtage GNI-Man Financial. «Cela est dû au fait que ce sont surtout des fonds américains qui vendent et essaient de tirer le marché à la baisse», a-t-il expliqué.

Après un bond d'environ 40 % depuis le début de l'année, les cours avaient atteint de nouveaux records lundi, à 58,28 $US à New York et 57,65 $US à Londres, ravivant les inquiétudes de la communauté internationale au sujet d'un impact notable sur la croissance économique.

Mais les cours ont depuis perdu plusieurs dollars, retombant hier brièvement sous la barre des 53 $US à New York. «Les spéculateurs, qui étaient derrière les gains importants observés sur les marchés du pétrole et des matières premières en 2005, se sont désengagés, conduisant certains analystes à se demander si la flambée du pétrole n'a pas atteint son plafond», ont indiqué les analystes de la maison de courtage Sucden.

Un avis partagé par Lee Elliott, qui ne serait pas surpris si les ventes se poursuivaient pour atteindre le seuil de 50 $US. «Pas aujourd'hui, mais peut-être dans la semaine qui vient, car les cours sont encore trop élevés, et le cap des 50 $US offre de la stabilité», a-t-il ajouté.

Approvisionnement en essence

Pour les analystes, l'attitude des spéculateurs reflète une dissipation des inquiétudes sur l'approvisionnement en essence. «Ce qui a changé est la perception du marché au sujet de l'essence», a souligné Deborah White, analyste à la Sociéte Générale, pour qui «le marché s'est mis à croire» aux bons chiffres de production venant des États-Unis.

Dans son rapport de mercredi, le département américain du Pétrole (DoE) a fait état d'une production d'essence de 8,6 millions de barils par jour (mbj) aux États-Unis, grâce à une activité intense des raffineries, qui ont tourné la semaine dernière à près de 94 % de leurs capacités. Cela a éloigné le risque d'une pénurie d'essence cet été, lorsque la demande sera à son pic saisonnier aux États-Unis.

La demande d'essence est actuellement estimée à 9,1 mbj, mais en comptant les importations journalières de ce combustible — 900 000 barils par jour la semaine dernière —, l'offre paraît excédentaire et devrait permettre un prochain renflouement des stocks, ont noté les analystes.

Les stocks d'essence ont reculé de 2,1 millions de barils (Mb) la semaine dernière aux États-Unis, à 212,3 Mb, mais ils restent supérieurs de 5,5 % à ceux de l'an dernier à la même époque. Quant aux stocks de brut, ils ont progressé de 2,4 Mb la semaine dernière, à 317,1 Mb, soit leur plus haut niveau depuis près de trois ans.

«L'approvisionnement en essence n'est peut-être pas aussi serré qu'on le croyait, les stocks de brut se gonflent et le dollar américain reste fort: tous ces facteurs se combinent pour tirer les prix à la baisse», a conclu Bruce Evers, analyste de la banque Investec.