Jetsgo obtient un mois de répit

Des employées de Jetsgo s’apprêtent à rendre leurs manuels professionnels avant de recevoir leur dernier chèque de paie. Au total, Jetsgo a dépensé quelque six millions en un mois pour assurer sa survie et permettre une éventuelle relance. La pl
Photo: Agence Reuters Des employées de Jetsgo s’apprêtent à rendre leurs manuels professionnels avant de recevoir leur dernier chèque de paie. Au total, Jetsgo a dépensé quelque six millions en un mois pour assurer sa survie et permettre une éventuelle relance. La pl

Le juge François Rolland a prolongé jusqu'au 13 mai la protection légale accordée il y un mois au transporteur Jetsgo. D'ici là, l'entreprise travaillera d'arrache-pied afin de redécoller au plus tard le 23 juin.

Elle devra toutefois affronter devant le tribunal le gouvernement du Canada ainsi que plusieurs de ses créanciers, parmi lesquels des pilotes qui ont déposé jeudi une requête afin que les 2,7 millions qui leur sont dus soient gelés.

Pour être embauché chez Jetsgo, chaque pilote devait obligatoirement verser 30 000 $ en espèces au transporteur. Cette somme, que la compagnie s'engageait à rembourser graduellement devait servir à payer sa formation et à garantir sa loyauté pendant deux ans.

Au moment de la débandade de l'entreprise, le 11 mars dernier, plusieurs pilotes se sont retrouvés non seulement au chômage mais aussi très endettés. Un bon nombre d'entre eux avaient en effet emprunté la somme nécessaire à leur banque.

Après quelques semaines de réflexion, ils se sont résolus à en appeler aux tribunaux pour demander que les soldes leur soient remis «impérativement» ou, à tout le moins, qu'ils soient placés dans un compte distinct jusqu'à ce qu'une décision finale sur leur utilisation soit rendue.

Dans sa requête, leur procureur Daniel Cantin plaide l'urgence de la situation, les pilotes «faisant face à des demandes de paiements pressantes de la part de leurs créanciers».

L'avocat fait en outre valoir que les prétentions des aéroports et de Nav Canada pourraient nuire à la réclamation des pilotes. Ces organisations affirment notamment que les frais d'amélioration aéroportuaire que Jetsgo a perçus en leur nom devraient leur être rendus. Ils prétendent aussi avoir le droit de saisir des actifs du transporteur pour couvrir certains de leurs frais.

Le juge Rolland a rejeté il y a quelques jours de leur accorder des mesures de protection intérimaire. Ils retourneront toutefois plaider la question sur le fond, les 12, 13 et 14 avril prochains.

«Si ces créanciers ont raison dans leurs prétentions devant le tribunal et que les pilotes tardent à revendiquer leurs biens, ces derniers ont peu de chances de voir remises les sommes qu'ils ont déposées entre les mains de Jetsgo», écrit Me Cantin.

Prolongation

Hier, le contrôleur de la firme RSM Richter, Yves Vincent (et non Pierre, comme écrit erronément hier), a confirmé qu'il ne restait plus que 4,9 millions de dollars dans le compte de l'entreprise qui a fermé ses portes le 11 mars dernier. Au total, Jetsgo a donc dépensé quelque six millions en un mois pour assurer sa survie et permettre une éventuelle relance.

La plus grosse partie de cette somme, soit 3,7 millions, a été versée en salaires aux employés et en honoraires professionnels au contrôleur ainsi qu'aux avocats, entre autres.

D'après M. Vincent, Jetsgo pourrait cependant faire des gains à très court terme. La compagnie serait en effet sur le point de vendre six de ses appareils Fokker 100 pour 13,5 millions.

Le président de l'entreprise, Michel Leblanc, aurait aussi commencé à discuter avec certains de ses fournisseurs pour évaluer la faisabilité d'une relance. Il devra cependant se conformer aux exigences des autorités réglementaires, qui menaçaient il y a un mois à peine de lui retirer son permis d'exploitation en raison de problèmes de sécurité.

Le procureur général du Canada, qui représente notamment le ministère des Transports, a d'ailleurs laissé savoir jeudi qu'il entendait demander la semaine prochaine au juge Rolland une modification à l'ordonnance renouvelée hier. Dans sa forme actuelle, cette décision empêche les organismes fédéraux impliqués dans le transport aérien d'exercer leurs pouvoirs réglementaires et exécutifs.

Mais tout n'est pas noir. Selon le contrôleur, une dizaine de groupes seraient en effet prêts à financer le transporteur s'il parvenait à démontrer que son nouveau plan d'affaires est solide.

Une version finale de ce document devra être présentée aux personnes concernées au plus tard le 30 avril. S'ils l'approuvent, un plan d'arrangement pourra être présenté aux créanciers dès la première semaine de juin. Si Jetsgo ne respecte pas cet échéancier très serré, «c'est mort», a insisté M. Vincent.