La création d'emplois se fait toujours attendre

Le marché du travail canadien a été particulièrement anémique au premier trimestre, qui s'est terminé par un mois de mars sans véritable création d'emplois malgré un retour du taux de chômage à son plus bas depuis quatre ans. Après trois mois, la croissance à l'échelle nationale demeurait plombée par la force du dollar canadien, qui touche essentiellement le Québec et l'Ontario, là où se concentrent les trois quarts de l'emploi manufacturier.

Dans sa lecture de mars, Statistique Canada a indiqué que l'emploi avait peu varié. La création nette a été de 4400 emplois, la hausse de 33 900 emplois à temps partiel étant contrebalancée par un recul de 29 500 emplois à temps plein. Le taux de chômage a tout de même pu s'établir à 6,9 % (contre 7 % en février) et revenir à son niveau le plus bas depuis janvier 2001, ce qui traduit essentiellement une diminution de la population active.

Au Québec, l'emploi a reculé pour un deuxième mois consécutif. Si 12 400 emplois à plein temps ont été créés, il s'est perdu 17 800 emplois à temps partiel, ce qui, une fois combiné à une stationnarité de la population active, a poussé le taux de chômage à 8,2 % en mars, contre 8 % en février. À titre de comparaison, l'Ontario a comptabilisé un gain net de 7100 emplois le mois dernier, mais le taux de chômage y est passé de 6,8 à 6,9 % en raison d'un accroissement de la population active.

Dans l'Ouest canadien, où la création d'emplois est plus vigoureuse, le taux de chômage est tombé à 3,5 % en Alberta (son niveau le plus bas en 24 ans) et à 6,5 % en Colombie-Britannique (son taux le plus faible en deux décennies).

Résultats en deçà des attentes

Parlant de résultats en deçà des attentes des analystes, l'économiste Joëlle Noreau, du Mouvement Desjardins, a fait ressortir la difficulté d'établir une prévision juste compte tenu de «l'effet grossissant des manchettes annonçant les mises à pied des grandes entreprises (Bombardier, CAE, Clyen & Tinker dans le textile, Shermag, Gildan, Salaisons Brochu, Viasystems, Air Canada, Jetsgo, etc.) ou celles faisant état des obstacles de plus en plus nombreux rencontrés dans les secteurs du textile, du vêtement, du bois, des pâtes et papiers, du meuble ou des composantes informatiques et électroniques, pour ne nommer que ceux-là».

Pour le premier trimestre, la croissance de l'emploi «n'a progressé que de 0,2 % [+25 300], soit un taux de croissance similaire à celui observé aux États-Unis», a renchéri Statistique Canada. Des hausses modestes ont été enregistrées dans l'emploi chez les adultes, avec une progression inscrite essentiellement dans le segment à temps partiel, alors que l'emploi chez les jeunes de moins de 25 ans se repliait de 1,3 %, toutes les pertes étant survenues dans le travail à temps plein.

D'un autre côté, la faiblesse du marché de l'emploi au premier trimestre se vérifie par une diminution de 10 400 emplois à plein temps alors que le segment à temps partiel s'est enrichi de 35 600 personnes. Notons aussi que le bilan de 25 300 emplois depuis le début de l'année, qui survient après un gain net de 59 700 au dernier trimestre 2004, «cache la création de 55 600 emplois chez les travailleurs indépendants. On compte également 7600 travailleurs de plus dans le secteur public et on déplore la perte de 38 000 emplois dans le secteur privé», a fait ressortir Joëlle Noreau.

La création d'emplois est donc passée d'un rythme mensuel de 19 900 au dernier trimestre 2004 à 8433 au premier trimestre 2005, ce qui n'est pas sans refléter également la force du dollar canadien. Cette vigueur de la devise devrait poursuivre ses effets au cours des prochains mois, et ce, malgré les divers sondages faisant ressortir un regain de confiance des dirigeants d'entreprises. «Le niveau de confiance est plus élevé et les intentions d'embauche sont plus fermes qu'elles ne l'étaient il y a à peine quelques mois. Cependant, [ces sondages] sont unanimes: l'optimisme s'affiche davantage dans l'Ouest qu'au centre ou à l'Est», a commenté l'économiste du Mouvement Desjardins. «Les effets liés à l'appréciation du dollar canadien touchent davantage le secteur manufacturier, dont plus de 75 % des travailleurs sont au Québec et en Ontario.»