Vêtement et textile - Importations chinoises: les syndicats somment Ottawa d'agir

Un marchand de tissus asiatique. Les derniers quotas qui limitaient les importations chinoises peu coûteuses ont disparu au début de l’année.
Photo: Agence France-Presse (photo) Un marchand de tissus asiatique. Les derniers quotas qui limitaient les importations chinoises peu coûteuses ont disparu au début de l’année.

Alors que les États-Unis enquêteront sur les répercussions de la montée en flèche des importations chinoises dans le vêtement et le textile et que l'Europe se penche sur certaines balises, les responsables syndicaux ont lancé hier une campagne pour convaincre Ottawa de mettre en place un système de protection afin d'éviter que l'industrie locale ne «passe au feu».

Les derniers quotas qui limitaient les importations chinoises peu coûteuses ont disparu au début de l'année, au terme d'une période de transition de dix ans, mais l'Organisation mondiale du commerce (OMC) permet d'appliquer des mesures de sauvegarde pendant trois ans en cas d'inondation du marché. Si les données canadiennes n'apparaissent qu'au compte-gouttes, celles diffusées aux États-Unis, par contre, montrent depuis le début 2005 une augmentation des importations de plus de 60 % par rapport à l'an dernier.

«Lorsque la Chine s'est jointe à l'OMC, il y a eu un prérequis qui donnait à tous les pays la possibilité de limiter l'augmentation des importations», a dit Lina Aristeo, directrice du Conseil du Québec UNITE HERE-UNIS (FTQ), qui représente 5500 travailleurs dans le vêtement et 1500 dans le textile. «Si Ottawa n'intervient pas tel que le font les États-Unis, les importations inonderont encore davantage notre marché et beaucoup de gens se trouveront sans emploi.»

Environ 100 000 personnes travaillent dans l'industrie du vêtement au Canada, le Québec comptant pour 55 % de la production. À l'échelle nord-américaine, Montréal se classe au troisième rang de la confection, derrière Los Angeles et New York, et sa main-d'oeuvre confectionne des marques aussi connues que Nordstrom, Saks Fifth Avenue, Nautica et Barneys New York. Certaines entreprises ont déjà commencé à réduire leurs effectifs.

«Le secteur manufacturier dans son ensemble est en danger, mais le vêtement est particulièrement à risque», a dit le président de la FTQ, Henri Massé, selon qui la question a déjà été soulevée auprès d'Ottawa. L'état-major du ministère du Commerce international était en Inde cette semaine, et il a été impossible hier d'obtenir une mise à jour des discussions.

Cartes de protestation

La campagne de mobilisation du syndicat table pour l'instant sur l'envoi de cartes de protestation au bureau du ministre du Commerce international, Jim Peterson. Elles demandent «que le Tribunal canadien du commerce extérieur mette en vigueur des mesures de sauvegarde qui limiteraient la croissance d'importations de vêtements de la Chine».

Mais, alors que l'industrie américaine a demandé à Washington de rétablir des quotas dans 14 catégories de vêtements, le Conseil des ressources humaines de l'industrie du vêtement (CRHIV), qui regroupe les entreprises et les syndicats d'ici, n'en est pas convaincu. «Je ne crois pas que ce soit la solution», dit son directeur général, Jean Rivard, qui évoque l'importance de l'innovation et de la créativité. «Je comprends le point de vue des syndicats. [...] À très court terme, ça peut protéger quelques emplois, mais à moyen terme ce n'est pas du tout efficace.»

Selon l'économiste en chef de UNITE (Union of Needletrades, Textiles and Industrial Employees), Mark Levinson, un pays a le droit de placer des balises pour faire en sorte que la croissance annuelle des importations chinoises soit bloquée à 7,5 % par rapport à 2004. «Toutes ces mesures sont des choses auxquelles la Chine a donné son accord», a indiqué M. Levinson, basé à New York. «Alors, si un gouvernement met ces mesures en place, il n'est pas en train de s'engager dans une guerre commerciale.»

Or la Chine montre les dents. Après que Washington eut annoncé le début d'une enquête et que l'Europe eut fixé des seuils critiques au-delà desquels une enquête sera déclenchée, Pékin a fait connaître sa position. «Le gouvernement chinois exprime son opposition résolue aux gestes américains», a indiqué jeudi un porte-parole, sur le site web du ministère du Commerce. «Toute tentative ou tout geste visant à prolonger le système de quotas irait à l'encontre des principes de commerce libre et équitable, en plus d'ébranler les bases du système de commerce multilatéral.»

Pour le Conseil du Québec UNITE HERE-UNIS, la campagne coïncide avec le début prochain des négociations en vue du renouvellement d'une convention collective maîtresse qui touche 4000 de ses membres. La convention de quatre ans prendra fin le 30 novembre. Ces négociations se dérouleront avec les Manufacturiers associés du vêtement de la province de Québec.