Essence à Saint-Jérôme: Costco a l'appui de 100 000 personnes

La Régie de l’énergie estime qu’en exploitant une station-service à Saint-Jérôme, Costco exerce une telle pression à la baisse sur les prix de l’essence dans cette région que la survie des indépendants est menacée.
Photo: Agence Reuters La Régie de l’énergie estime qu’en exploitant une station-service à Saint-Jérôme, Costco exerce une telle pression à la baisse sur les prix de l’essence dans cette région que la survie des indépendants est menacée.

Une pétition de 100 000 noms a été déposée à l'Assemblée nationale hier. Avec un prix de l'essence ordinaire chatouillant le 1 $ le litre, les signataires veulent signifier leur opposition à une décision de la Régie de l'énergie forçant une augmentation des prix à Saint-Jérôme, là où Costco exploite une station-service greffée à son magasin-entrepôt. Cette décision, dont l'application cesse en juin, a déjà été reconduite à deux reprises dans le passé.

En avril 2002 puis en novembre 2003, la Régie de l'énergie s'était rendue à l'argumentaire de l'Association québécoise des indépendants du pétrole (AQUIP) et du détaillant Intergaz, qui accusaient Costco de pratique déloyale en vendant son essence en deçà du prix minimum. En exploitant une station-service à Saint-Jérôme, le géant de la distribution exerce une telle pression à la baisse sur les prix de l'essence dans cette région que la survie des indépendants est menacée et que le risque monopolistique s'en trouve accru, ont-ils allégué en substance. La Régie de l'énergie a répondu à ces craintes en commandant qu'une marge de 3 ¢ le litre soit ajoutée, au titre des coûts d'exploitation des détaillants de Saint-Jérôme, au prix minimum qu'elle calcule hebdomadairement.

La dernière décision était valable pour une période de 18 mois. Elle s'applique jusqu'en juin. «Sans l'intervention de la Régie de l'énergie, le mode d'exploitation des plus efficaces de notre poste d'essence de Saint-Jérôme nous permettrait de vendre l'essence à des prix qui avantageraient les consommateurs», a soutenu Pierre Riel, vice-président principal et directeur général de Costco pour l'est du Canada. «Les mesures d'intervention de la Régie de l'énergie sont inadaptées aux conditions actuelles du marché et font en sorte de forcer l'augmentation des prix, alors que la mission de l'organisme est de protéger les consommateurs.»

Les signataires de la pétition ont été recrutés parmi les membres de Costco. Elle a été déposée hier à l'Assemblée nationale par la députée de Prévost, Lucie Papineau. «J'ai accepté de déposer cette pétition parce que la signature de plus de 100 000 citoyens [...] est un fait plutôt rare au Québec et, du même coup, cela envoie un message clair au gouvernement», a soutenu la députée péquiste dans un communiqué.

En réaction, l'AQUIP a souligné que «le texte de la pétition déposée aujourd'hui [hier] omet de préciser que les prix de l'essence à Saint-Jérôme sont parmi les moins élevés au Québec. Bien plus, la marge des détaillants y est parmi les plus faibles de toutes celles du Québec. Quant aux effets de la Loi sur la Régie de l'énergie, ils sont bénéfiques pour les consommateurs du Québec puisque la diversité d'entreprises que favorise la loi augmente la saine concurrence», a déclaré Sonia Marcotte, p.-d.g. de l'association.

En décembre 2003, le mouvement de contestation comprenait la municipalité de Saint-Jérôme, qui estimait que la décision de la Régie constituait une atteinte au droit des consommateurs de bénéficier de saines pratiques commerciales et concurrentielles dans le cadre d'un marché libre. La Ville soutenait alors avoir l'appui des grandes pétrolières intégrées (Pétro-Canada, Shell et Ultramar), de l'Institut canadien des produits pétroliers et de la Chambre de commerce de Saint-Jérôme, le CAA et Option Consommateur s'ajoutant à cette liste.

Costco exploite 16 magasins-entrepôts au Québec. Celui de Saint-Jérôme est le seul à être accompagné d'une station-service.