La Banque du Canada a peut-être augmenté ses taux pour la dernière fois

La Banque du Canada a maintenant relevé ses taux d’intérêt huit fois de suite depuis le mois de mars 2022 face à une poussée de l’inflation dont l’ampleur n’a pas été vue au Canada depuis des décennies.
Sean Kilpatrick La Presse canadienne La Banque du Canada a maintenant relevé ses taux d’intérêt huit fois de suite depuis le mois de mars 2022 face à une poussée de l’inflation dont l’ampleur n’a pas été vue au Canada depuis des décennies.

La Banque du Canada a relevé ses taux d’intérêt pour une huitième fois consécutive mercredi. Elle entend désormais marquer « une pause » afin de déterminer si elle en a fait assez pour mettre l’inflation au pas.

Comme s’y attendaient la plupart des prévisionnistes, la banque centrale canadienne a augmenté son taux directeur de 0,25 point de pourcentage, portant son taux cible du financement à un jour de 4,25 % à 4,5 %. C’était la huitième hausse consécutive et la plus légère depuis la première, au mois de mars de l’année dernière, avant laquelle son principal outil d’intervention monétaire était au niveau plancher de 0,25 % depuis le début de la pandémie de COVID-19 et son terrible choc économique. Aujourd’hui, le taux directeur de la Banque du Canada est à son niveau le plus élevé depuis novembre 2007.

« Nous avons haussé les taux rapidement, et il est maintenant temps de faire une pause pour déterminer si la politique monétaire est assez restrictive pour ramener l’inflation à la cible de 2 % », a déclaré en conférence de presse son gouverneur, Tiff Macklem.

Visant à freiner la consommation des ménages et l’investissement des entreprises en augmentant les taux d’intérêt des hypothèques, marges de crédit et autres formes de prêts, toutes ces hausses par la Banque du Canada ont commencé à peser sur cette demande intérieure qui, lorsqu’elle dépasse l’offre de biens et de services disponibles, contribue à la hausse des prix. En effet, « les dépenses des ménages se sont modérées, la demande de meubles et d’électroménagers a diminué et l’activité ainsi que les prix sur le marché du logement ont substantiellement reculé. »

Cependant, la croissance de l’économie et de l’emploi durant la seconde moitié de 2022 a quand même dépassé les attentes de l’institution, montrant, selon elle, que « notre économie en surchauffe ne s’est pas autant refroidie que nous l’avions prévu ». Cela se voit, notamment, au taux de chômage qui, à 5 % en décembre, est toujours « proche des creux historiques », et aux entreprises qui continuent de se plaindre de leur difficulté à trouver du personnel.

Le ralentissement de la hausse annuelle des prix de 8,1 %, en juin, à 6,3 %, en décembre, reflète particulièrement la baisse des prix mondiaux de l’essence, l’amélioration plus rapide que prévu des chaînes d’approvisionnement et la diminution de la demande de biens durables au Canada.

Moins volatiles, les deux principales mesures de l’inflation fondamentales sur lesquelles s’appuie la Banque du Canada « sont coincées autour de 5 % ». Reflet des tendances à plus court terme, le taux de variation de l’indice des prix à la consommation (IPC) sur trois mois révèle, quant à lui, un renversement complet de situation, étant tombé d’un rythme annualisé de 12,5 % en mai à 3,4 % en décembre. Cela « donne à penser que l’inflation fondamentale a culminé ».

En attendant… la récession ?

La Banque du Canada entend maintenant laisser le temps à ses hausses de taux d’intérêt de produire leur effet sur l’économie, notamment sur le secteur des services, plus lent à réagir à de tels changements. On estime qu’il faut habituellement entre 12 et 18 mois. La banque centrale estime que ses taux sont à leur point neutre lorsqu’il se trouve au milieu d’une fourchette allant de 2 % à 3 %. Au-dessus, elle freine l’économie, en dessous, elle la stimule.

Dans la nouvelle édition de son Rapport sur la politique monétaire dévoilée mercredi, la Banque prévoit que l’économie canadienne passera d’une croissance moyenne de 3,6 % l’an dernier à seulement 1 % cette année et à 1,8 % en 2024, à raison d’une « stagnation jusqu’autour du milieu de 2023 », alors que Tiff Macklem a plutôt parlé « des deux ou trois prochains trimestres ».

Le Canada ira-t-il jusqu’à basculer en récession ? Peut-être, a répondu Tiff Macklem, parce que lorsque la croissance est si près de zéro, il est facile de basculer dans le négatif. « Mais alors, une bien modeste récession », a-t-il précisé dans le même souffle.

« Les prix plus bas de l’énergie, l’amélioration des chaînes d’approvisionnement mondiales et le ralentissement de la demande [au Canada] devraient faire baisser considérablement l’inflation cette année », a-t-il promis. On s’attend ainsi à ce que l’IPC descende « autour de 3 % » dès le milieu de cette année et « atteigne la cible de 2 % en 2024 ».

Les prochains mois seront loin d’être faciles pour les Canadiens, a admis sans ambages Tiff Macklem. « Les prix plus bas de l’essence sont une bonne nouvelle, mais les prix des biens et des services essentiels, comme l’épicerie et les loyers continuent [pour le moment] de monter trop vite. » De l’autre côté, l’augmentation des taux d’intérêt vient aussi durement frapper les ménages canadiens, surtout les plus endettés. Tout le monde risque de faire les frais du ralentissement économique à venir.

« Ce ne sera pas agréable », a constaté le gouverneur de la Banque du Canada. « Mais ça va en valoir la peine », a-t-il ajouté, parce que cela jettera les bases d’une croissance plus saine et plus durable.

À quand une baisse des taux ?

Tiff Macklem n’avait aucune envie de parler du moment où pourrait venir la première baisse de son taux directeur. « Il est beaucoup trop tôt pour parler de diminution des taux d’intérêt. Il reste encore beaucoup de chemin à faire. »

En fait, la Banque du Canada a plus peur qu’une remontée des prix mondiaux de l’énergie, un maintien d’attentes inflationnistes élevées au Canada ou de hausses annuelles des coûts de la main-d’oeuvre de 4 % à 5 % freine le retour de l’inflation à sa cible. « Si ces risques à la hausse se matérialisent, nous sommes prêts à augmenter encore les taux d’intérêt. »

Ce ne sera probablement pas nécessaire, ont estimé mercredi la plupart des analystes. Ceux des banques de Montréal, Royale, CIBC et TD parient que les taux resteront inchangés jusqu’à l’an prochain.

Du côté de la Banque Nationale, on trouvait déjà que la hausse de mercredi n’était pas nécessaire. « La Banque du Canada pourrait être surprise par la vitesse à laquelle les pressions sur les prix fléchiront en 2023 », ont écrit ses économistes Taylor Schleich, Jocelyn Paquet et Warren Lovely, qui pensent que l’inflation pourrait être revenue à la cible en seconde moitié d’année, ouvrant la porte à une première baisse de taux.

Leur confrère au Mouvement Desjardins, Randall Bartlett, le pense aussi. Surtout si l’économie canadienne se retrouve en récession, comme il le craint.

Avec La Presse canadienne

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