Combien de nouveaux rôles pour le CRTC?

La nouvelle présidente et première dirigeante du CRTC, Vicky Eatrides
Photo: Photo fournie La nouvelle présidente et première dirigeante du CRTC, Vicky Eatrides

La nouvelle présidente et première dirigeante du CRTC, Vicky Eatrides, mise sur la séduction. Entrée en poste il y a deux semaines, elle veut devenir l’alliée des consommateurs. Des producteurs et des fournisseurs. Des anglophones et des francophones. Même quand tout ce monde s’oppose.

Arrivée en poste le 5 janvier dernier, Vicky Eatrides ne manque manifestement pas d’ambition. Il lui en faudra, pour diriger un organisme qui, ces jours-ci, cumule des tâches qui l’envoient dans toutes les directions. Le tribunal administratif des secteurs de la télévision et de la radio doit aussi gérer l’accès aux infrastructures du réseau Internet et des réseaux sans fil. Bientôt, il s’assurera que les YouTube, Netflix et Spotify de ce monde mettent suffisamment en valeur le contenu canadien.

Il doit faire tout ça en respectant les industries culturelles anglophone et francophone, qui s’opposent souvent dans leur vision de l’univers numérique.

Les prix doivent baisser

Peut-être pour préparer le terrain, et certainement pour faire oublier cinq années de décisions à la faveur des principales entreprises de télécommunications du pays et où l’accès aux services numériques a pris du recul par rapport au reste du monde, Mme Eatrides, qui a travaillé plusieurs années au sein du Bureau de la concurrence, a passé la fin de la semaine dernière à rencontrer les médias.

Son message a été répété assez souvent pour sonner comme un slogan : « Je veux obtenir des résultats pour les Canadiens », a-t-elle affirmé dans un entretien avec Le Devoir. Les prix doivent baisser, ajoute-t-elle. « C’est clair. »

« On va réexaminer nos politiques. Des décisions seront prises dans les prochains mois, pas les prochaines années. »

Pour l’Internet résidentiel, ces décisions pourraient quand même arriver tard. Les prix de gros exigés par les propriétaires des réseaux nationaux ont été relevés par le CRTC en 2021. Des fournisseurs indépendants parmi les plus agaçants pour les géants nationaux ont disparu ou ont été rachetés. Sinon, ils ont réduit leur développement ou haussé leurs prix à un niveau qui les rend moins concurrentiels que certaines grosses entreprises.

S’il nous faut d’autres ressources, je vais les demander

 

Pour le sans-fil, le règlement du projet de rachat de Shaw par Rogers, qui ferait passer le réseau Freedom Mobile sous propriété de Québecor, n’est pas terminé. Le CRTC est sur la ligne de touche, le dossier est devant le Tribunal de la concurrence. Son rôle sera de faciliter l’arrivée d’un quatrième acteur national, et de forcer l’entrée en scène de fournisseurs régionaux comme, peut-être, Cogeco.

« Dans le sans-fil, notre décision [sur les opérateurs virtuels] a été prise en octobre. Ça ne fait que trois mois. On va voir, mais j’aimerais faire une mise à jour avec les fournisseurs », dit Mme Eatrides.

Les deux solitudes… numériques

Le projet de loi C-11 sur les plateformes de diffusion en ligne sera une autre priorité pour la dirigeante ottavienne. Le gouvernement veut donner au CRTC des moyens de réglementer la présence au Canada des géants mondiaux du numérique qui auront un impact sur ce que produisent des milliers d’utilisateurs de YouTube, TikTok et d’autres réseaux.

Naturellement, ceux-ci s’opposent. Google effectue depuis des mois une énorme campagne publicitaire contre C-11. Cela inquiète des gens qui vivent de la production de contenu vidéo en ligne.

Le rôle du CRTC dans tout ça n’est pas encore clair. Sa présidente veut consulter le public. Elle risque de tomber sur des opinions divergentes au Québec et ailleurs au Canada. Comme d’autres sujets qui touchent aux industries culturelles, la position sur la façon de promouvoir la création locale n’est pas la même d’une langue à l’autre.

Mme Eatrides se veut rassurante. « Je connais la différence entre les deux cultures, les deux marchés et leurs principaux acteurs », dit-elle. « Je compte rencontrer les parties prenantes partout au pays. Mon premier arrêt sera au Québec, dans les prochaines semaines. »

Plus de ressources ?

Ce n’est pas tout. Le projet de loi C-18 en est un autre qui pourrait exiger des efforts de surveillance supplémentaires du CRTC. Ce projet de loi veut encadrer la façon dont les plateformes numériques utilisent le contenu créé par des organisations médiatiques canadiennes pour générer des revenus.

L’organisme fédéral compte déjà quelque 550 employés. Au rythme où les choses progressent, il lui en faudra plus. Heureusement, Vicky Eatrides a ses entrées au gouvernement. L’avocate de formation était dans son rôle précédent sous-ministre adjointe à Innovation, Sciences et Développement économique Canada.

« S’il nous faut d’autres ressources, je vais les demander. Les dossiers sont grands et complexes, alors oui, c’est compliqué. Je ne sais pas si nous avons tous les outils nécessaires, on verra. Nous sommes un tribunal administratif indépendant, mais j’espère développer une bonne relation avec le gouvernement. »

Une relation sans cesse plus intime, vu la variété croissante des rôles que le CRTC sera appelé à jouer dans les cinq prochaines années. Mme Eatrides espère profiter de l’effervescence du moment pour transformer son organisme : plus moderne, plus inclusif et plus rapide dans son exécution.

Alors, la question se pose inévitablement : le CRTC en aura-t-il trop dans son assiette ? Sa présidente esquive : après tout, elle n’est là que depuis deux semaines… « Mais je vois déjà que nous allons être très occupés ! »
 



Une version précédente du bas de vignette accompagnant ce texte, qui indiquait que Vicky Eatrides est la première femme à diriger le CRTC, a été modifiée. Elle est la deuxième: Françoise Bertrand a dirigé le CRTC de 1996 à 2001.

 

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