À Davos, une course à «l’argent» pour lutter contre le changement climatique

« Le déclic dont nous avons besoin est le déploiement de centaines de milliards de dollars à la recherche de bons investissements, mais surtout rentables », a affirmé l’émissaire américain pour le climat, John Kerry.
Markus Schreiber Associated Press « Le déclic dont nous avons besoin est le déploiement de centaines de milliards de dollars à la recherche de bons investissements, mais surtout rentables », a affirmé l’émissaire américain pour le climat, John Kerry.

L’émissaire américain pour le climat, John Kerry, a résumé en un mot cette semaine à Davos ce dont la planète a besoin pour éviter un réchauffement dramatique : de l’argent.

Le rendez-vous annuel des élites internationales, organisé par le Forum économique mondial en Suisse, a été l’occasion pour les hommes politiques, grands patrons, chercheurs et militants de débattre de la façon de lutter contre le dérèglement climatique.

La facture est monumentale : John Kerry et d’autres intervenants ont lancé l’alerte sur la nécessité de débloquer des centaines de milliards de dollars afin d’accélérer les efforts mondiaux visant à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 et à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C.

Mais ce rendez-vous annuel dans les Alpes suisses a exposé les fractures sur la manière de parvenir à cet objectif, à l’heure où le monde se débat avec la guerre en Ukraine, le ralentissement économique, l’inflation et la crise du coût de la vie.

Les affaires d’abord ?

Malgré les 369 milliards de dollars débloqués par les États-Unis dans leur plan « Inflation Reduction Act » (IRA), qui prévoit notamment de subventionner la fabrication de véhicules électriques et d’autres technologies vertes sur leur sol, M. Kerry a insisté sur l’importance du secteur privé.

« Le déclic dont nous avons besoin est le déploiement de centaines de milliards de dollars à la recherche de bons investissements, mais surtout rentables », a-t-il affirmé, reconnaissant avoir pris des accents du personnage de Gordon Gekko dans le film Wall Street lorsqu’il avait affirmé peu auparavant que pour rester sous la barre de 1,5 °C de réchauffement, il faudrait « de l’argent, de l’argent, de l’argent, de l’argent, de l’argent, de l’argent, de l’argent ».

Également présente à Davos, la militante équatorienne pour le climat Helena Gualinga a déploré la priorité mise sur les profits plutôt que sur la santé de la planète.

« Quand j’entends les échanges ici, j’ai le sentiment que ce sont les affaires d’abord, et ensuite seulement le climat et les pertes de biodiversité », a-t-elle affirmé. Le rapport « doit être inversé ».

Cavalier seul

D’autres désaccords ont occupé le devant de la scène à Davos.

Là où de nombreux participants ont loué l’IRA américain comme essentiel à la lutte contre le changement climatique, les Européens ont à nouveau dénoncé ce qu’ils décrivent comme étant des subventions discriminatoires.

« Nous sommes amis », a indiqué M. Kerry, notant que « l’écoute et les discussions sont au rendez-vous afin d’aborder ces préoccupations ».

À l’inverse, certains industriels européens ont appelé à ce que l’Union européenne (UE) montre les muscles et adopte sa propre version de l’IRA pour rester concurrentielle.

« Oui, nous irons aux États-Unis. Nous prendrons le chèque de l’IRA, et c’est normal », a affirmé Ilham Kadri, qui dirige le groupe chimique belge Solvay, au cours d’un événement organisé à Davos par le premier ministre de cet État, Alexander De Croo.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a de son côté réaffirmé mardi en Suisse son projet de « fonds de souveraineté européen » qui viendrait soutenir l’industrie de l’UE face à Pékin et à Washington, ainsi que son intention de légiférer pour viser « une industrie à zéro émission nette » en gaz à effet de serre.

Le cavalier seul des trois zones les plus riches du monde inquiète toutefois le Fonds monétaire international, la directrice générale Kristalina Georgieva affirmant vendredi qu’il risque de « desservir les marchés émergents et le monde en développement ».

« Nous sommes cuits »

« Si nous nous efforçons de verdir les [pays] industrialisés et que nous ne pensons pas aux marchés émergents, nous sommes tous cuits », a-t-elle dit au cours d’une table ronde sur l’économie mondiale.

D’autant que les États riches ont déjà échoué dans leur promesse faite il y a plusieurs années d’offrir chaque année 100 milliards de dollars afin d’aider les pays en développement à verdir leur économie.

Le président de la République démocratique du Congo, Felix Tshisekedi, a d’ailleurs fustigé le « comble de l’hypocrisie » que représente, dans le contexte où de grands pollueurs ont échoué à débourser l’argent promis, la critique de sa volonté d’exploiter les énergies fossiles pour le développement national.

« Si tout le monde tenait sa parole […] je crois que cet argent nous permettrait de faire avancer au plus vite la technologie », a-t-il affirmé.

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