Une hausse du taux directeur qui fait mal à plusieurs propriétaires

C’est le retour du balancier. Les acquisitions conclues au prix d’une surenchère et d’un taux d’intérêt minime durant la pandémie rattrapent les nouveaux propriétaires. La hausse du taux directeur, bien qu’attendue, va jusqu’à provoquer une certaine panique chez des détenteurs de prêts hypothécaires.

« Cette hausse-là fait mal, observe Sylvain Poirier, président de l’Association des courtiers hypothécaires du Québec. À quelques jours de Noël, avec l’inflation par-dessus ça [6,9 % en octobre], ça crée une pression incroyable. Tout arrive en même temps. On parle de l’augmentation la plus importante de la Banque du Canada de l’histoire en si peu de temps. »

Ceux qui ont contracté un prêt hypothécaire à prix fort durant la pandémie et qui ont opté pour un taux variable commencent à se mordre les doigts. « Pour un prêt de 400 000 $, cette augmentation d’un demi-point de pourcentage représente 2000 $ pour l’année, calcule M. Poirier. Et ça fait plusieurs demi-points de 1 % cette année ! »

Ceux qui possèdent un prêt à taux fixe devraient aussi revoir leur budget, analyse le courtier Denis Doucet, de Multi-Prêts. Un prêt accordé en 2020 avec un taux établi sur trois ans doit bientôt être renouvelé. L’année « 2023 est proche », rappelle-t-il, « et rien n’indique qu’en 2023 les taux vont diminuer, avec l’inflation qui va sans doute se maintenir ».

« On reçoit des appels de gens paniqués, en panique sans trop savoir quoi faire, dit-il. Mais c’est du cas par cas. C’est une discussion beaucoup plus budgétaire qu’autre chose. »

Les saisies d’immeuble resteront rares, selon le spécialiste. Seuls les marchés en surchauffe aux loyers exorbitants, comme Toronto et Vancouver, pourraient faire les frais de ce nouveau taux directeur.

Taux variable

Des prêts hypothécaires franchissent maintenant « un point de rupture », relate Hugo Leroux, président d’Hypotheca. Certains de ses clients avaient choisi le taux variable, mais à paiement fixe. Autrement dit, la hausse du taux directeur ne modifie pas le montant de leur paiement mensuel, mais augmente tout de même le montant total d’intérêts à payer.

« On a atteint maintenant le point de rupture où leur paiement mensuel n’est même pas assez gros pour couvrir l’intérêt. Chaque mois, la facture augmente ! C’est spécial », s’inquiète-t-il.

Les banques ne se laisseront pas faire. Elles pourraient imposer à ces propriétaires une hausse radicale de 700 $ ou de 800 $ dans leur paiement mensuel afin d’éviter que le montant total à payer ne devienne plus élevé que le montant initial du prêt.

« Des clients ont commencé à être appelés par leur institution financière. Ça met le client dans l’embarras, mais c’est à peu près ces taux-là qu’on a pris pour vérifier s’ils étaient admissibles à un prêt, à l’origine », soupèse M. Leroux.

L’augmentation du coût des prêts hypothécaires place bien des nouveaux propriétaires « dans des positions très inconfortables », confirme Sylvain Poirier. « On coupe dans les voyages, dans les activités des enfants. Mais là, on peut plus couper là où il n’y a plus rien. Tu coupes dans l’épicerie… »

Jusqu’où ira la Banque du Canada ?

Bien malin celui qui saura prédire où s’arrêtera cette hausse. Le contexte géopolitique est inédit depuis un siècle et le monde n’a pas fini de digérer les perturbations de la pandémie.

Un « petit consensus » semble toutefois émerger dans le marché, note Hugo Leroux. « On a encore peut-être un demi-point à aller chercher. » Selon lui, la Banque du Canada voudra « aller le plus vite possible pour pouvoir arrêter d’augmenter ses taux ».

« Je ne serais pas surpris que [la Banque du Canada] saute une période et augmente à nouveau à l’autre période, pour laisser une pause aux gens un petit peu, sinon ça risque de compliquer la vie même des institutions financières », avance de son côté Denis Doucet.

Ces montées abruptes « n’ont jamais duré longtemps », relativise Sylvain Poirier. L’incertitude plane encore, mais l’atterrissage pourrait se faire en douceur au deuxième trimestre de 2023, croit-il.

La principale intéressée a en effet laissé entendre qu’une pause était peut-être en vue. L’inflation ralentit, et une stagnation économique est même prévisible pour les premiers mois de 2023. Or, l’inflation est « encore trop forte », a noté la Banque du Canada, ce qui indique qu’une nouvelle hausse est certainement à prévoir.

Avec La Presse canadienne



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