Le Québec est de plus en plus robotisé

En 2020, la densité robotique du secteur manufacturier de la province a dépassé la moyenne canadienne.
Photo: iStock En 2020, la densité robotique du secteur manufacturier de la province a dépassé la moyenne canadienne.

Vues comme une solution à la pénurie de main-d’oeuvre, l’automatisation et la robotisation des entreprises manufacturières québécoises se sont accélérées à vitesse grand V dans les dernières années.

Le nombre de robots installés annuellement dans les usines au Québec a connu une hausse de 275 % entre 2014, qui représentait un creux en 10 ans, et 2019, le sommet. C’est ce qu’on peut lire dans un rapport réalisé par l’Institut de recherche en économie contemporaine pour le compte d’Investissement Québec (IQ) publié jeudi, dont Le Devoir a obtenu copie. Pour cette période, il s’agit d’un rythme de croissance plus soutenu que ceux de l’Ontario, de la Chine, du Japon, des États-Unis, de la France et de l’Allemagne.

« On est sur un très bel élan », a déclaré le président-directeur général d’IQ, Guy LeBlanc. Il fait notamment le lien entre ce phénomène et l’augmentation de la productivité au Québec entre 2018 et 2021.

Il faut dire qu’on partait de loin. En 2014, le Québec représentait 7,5 % des installations de robots au Canada, loin de son poids démographique au sein du pays, qui dépasse les 20 %. Ce ratio était devenu beaucoup plus représentatif en 2020. La densité robotique du secteur manufacturier de la province, c’est-à-dire le nombre de robots par 10 000 employés, a d’ailleurs dépassé la moyenne canadienne. Elle est toutefois encore beaucoup plus faible que celle des chefs de file asiatiques et européens en la matière.

Les données de 2020 à 2022 ne sont pas disponibles, mais plusieurs facteurs indiquent que cette progression se serait poursuivie pendant la pandémie. IQ a soutenu dans les deux dernières années 688 projets de numérisation, de robotisation, d’impression 3D ou d’intelligence artificielle d’entreprises de divers secteurs par le biais de son programme Productivité innovation, lancé il y a deux ans. L’organisme a déjà octroyé 2 milliards de dollars en prêts pour ces projets, sur un objectif initial de 2,4 milliards sur quatre ans.

« Si on doit dépasser cette cible, on va le faire. Il n’y a pas de frein », a assuré M. LeBlanc.

Une planche de salut

Les Industries Cresswell font partie des sociétés qui ont entamé récemment de grandes transformations technologiques. Des équipements de pointe sont en cours d’installation dans deux usines de la région de Montréal, l’une de poutres et l’autre de godets de pelles mécaniques.

« Cette année, on a été obligés de refuser entre 35 % et 40 % des demandes de nos clients principaux, parce qu’avec les équipements qu’on a, surtout en période de pénurie de main-d’oeuvre, on n’a pas pu augmenter notre production autant qu’on aurait voulu », a rapporté le président de l’entreprise, Pierre Jauvin.

Ainsi, les Industries Cresswell comptent multiplier leur production jusqu’à six fois, mais elles n’auront besoin que d’une hausse plus modeste de leur nombre d’employés. « Le marché des soudeurs est difficile. On savait qu’on pouvait grossir notre main-d’oeuvre, mais qu’il y aurait une limite », a expliqué M. Jauvin. Plusieurs soudeurs vont ainsi devenir opérateurs de robots.

Selon lui, l’adoption de nouvelles technologies pourra même permettre une rétention du personnel. « Un employé de 63 ans m’a dit : “Tu as prolongé ma carrière de cinq ans, car je n’aurai plus besoin de me pencher” », a raconté le président.

Le projet de M. Jauvin, qui représente un investissement de 30 millions de dollars, a bénéficié d’une contribution substantielle de Productivité innovation. Mais c’est surtout l’accompagnement offert par le programme, en collaboration avec le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ), qui change la donne.

« On n’avait pas les ressources en automatisation et en robotique à l’interne. Si je n’avais pas eu le soutien du CRIQ pour planifier le projet, ça aurait été très difficile. »

Une demande accrue

Le Regroupement des entreprises en automatisation industrielle (REAI) constate aussi que ses membres, qui proposent des biens et des services en la matière, sont plus occupés que jamais.

« Les gens nous contactent et demandent : “As-tu un système pour remplacer ces trois postes que j’arrive difficilement à pourvoir ?” », a relaté Carl Fugère, directeur général du REAI.

M. Fugère salue les efforts concertés faits par IQ et plusieurs acteurs financiers pour soutenir cette transition technologique, qui prend du temps, qui est coûteuse et qui n’est pas rentable immédiatement.

Est-ce donc la solution miracle pour lutter contre la pénurie de main-d’oeuvre ? Selon la p.-d.g. de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), Véronique Proulx, l’automatisation et la robotisation constituent un levier important et stratégique. Dans le cadre d’un sondage, ses membres ont toutefois répondu avoir reporté ou annulé des investissements, en grande partie technologiques, de l’ordre de 3 milliards de dollars lors de la dernière année. Elle souligne que ces projets nécessitent aussi des travailleurs, souvent spécialisés et difficiles à trouver au Canada.

MEQ réitère donc sa demande au gouvernement provincial de rehausser les seuils d’immigration, ainsi que de prioriser et d’accélérer le traitement des dossiers d’immigration des travailleurs de son secteur. L’association croit aussi qu’il serait possible d’en faire plus pour sensibiliser et accompagner les petites et moyennes entreprises, qui manquent de ressources pour se lancer dans de tels projets.

De son côté, le p.-d.g. d’IQ est déterminé à faire en sorte que toutes les entreprises qui en ont besoin soient soutenues. La société d’État veut continuer de passer le mot grâce à une tournée régionale, à des laboratoires entre entrepreneurs et à un balado, entre autres.

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