Y a-t-il une fuite dans l'avion?

Une navette à hydrogène actuellement utilisée par Airbus à l’aéroport de Toulouse-Blagnac, en France.
Photo: Airbus Une navette à hydrogène actuellement utilisée par Airbus à l’aéroport de Toulouse-Blagnac, en France.

Ce texte est tiré du Courrier de l’économie du 5 décembre 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

Connaissez-vous l’histoire du fou qui repeint son plafond ? C’est un peu aussi celle de l’aviation mondiale et de ses promesses climatiques.

L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et ses 193 pays membres se sont engagés à Montréal l’été dernier à ce que tous les avions en service en 2050 soient entièrement carboneutres. Des cibles intermédiaires à partir de 2030 sont aussi en place pour assurer une transition aussi douce que possible vers un monde où l’industrie se sera débarrassée des quelque 240 milliards de litres de kérosène qu’elle consomme annuellement ces jours-ci.

Et cela, c’est parce que la COVID a réduit le nombre de voyageurs. En 2019, l’aviation mondiale a consommé 400 milliards de litres de carburant. Ses besoins en carburant sont appelés à doubler d’ici 20 ans.

Des solutions imparfaites

 

Les deux options actuellement sur la table pour décarboner les avions commerciaux sont le carburant SAF, produit à partir de biomasse, et l’hydrogène. Or, ces deux solutions sont produites en quantité nettement insuffisante. En fait, elles ne sont pas les solutions miracles espérées par l’ensemble du secteur du transport.

« L’hydrogène est la mode du jour », résumait la semaine dernière à Munich dans les installations de la division militaire d’Airbus Peter Krupp, le président de l’Environmental Defense Fund (EDF), une ONG pro-environnement.

À court terme, Krupp craint qu’il soit impossible de produire assez de carburant SAF pour que cela fasse changer les choses. Il s’en est produit 125 millions de litres dans la dernière année. L’objectif est d’en produire 5 milliards de litres en 2025. Une goutte d’eau dans un réservoir de kérosène.

L’hydrogène a un tout autre problème : il fuit. Et personne ne peut quantifier ces fuites, durant sa production, dans sa distribution ou même dans son utilisation à bord d’un avion.

Ces fuites, une fois dans l’atmosphère, réchauffent la planète. L’hydrogène forme de la vapeur d’eau. Il se combine aussi avec des radicaux hydroxyles troposphériques qui sinon élimineraient le méthane ambiant.

La solution ? « Il faudra penser à trouver un catalyseur qui convertira en eau les fuites d’hydrogène avant qu’elles ne quittent les avions », avance la directrice technique d’Airbus, Sabine Klauke. Un très petit pansement sur une plaie ouverte.

Autrement dit, les avions prétendument carboneutres de demain pourraient accélérer le réchauffement climatique.

 

Et ce fou qui repeint son plafond ? Un autre fou passe par là et lui dit : « Accroche-toi au pinceau, j’enlève l’échelle ! »

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