Loblaw et Empire se défendent de profiter de l’inflation

Les marges bénéficiaires moyennes des magasins d’alimentation sont passées de 2,2 % en 2020 à 3,5 % pour les trois premiers trimestres de 2022, selon une étude récente de Statistique Canada.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Les marges bénéficiaires moyennes des magasins d’alimentation sont passées de 2,2 % en 2020 à 3,5 % pour les trois premiers trimestres de 2022, selon une étude récente de Statistique Canada.

Devant un comité parlementaire fédéral se penchant sur l’inflation alimentaire, les représentants de Loblaw et d’Empire Company (IGA) ont affirmé lundi faire tout en leur pouvoir pour garder les prix les plus bas possibles.

« Les prix en épicerie ont augmenté parce que les coûts des produits achetés à nos fournisseurs ont augmenté. Nous négocions en vue d’avoir les meilleurs coûts possibles et, grâce à ces négociations, nous avons fait reculer de près d’un demi-milliard de dollars les coûts supplémentaires cette année », a soutenu Jodat Hussain, vice-président aux finances pour Loblaw, qui détient notamment les bannières Provigo et Maxi.

M. Hussain a vanté le gel de prix de son entreprise sur les produits Sans nom, ainsi que le nombre record de points de fidélisation accordés aux clients. Pour justifier les hausses de prix, le vice-président a cité le prix du carburant et la pénurie de main-d’oeuvre, alors que le Conseil canadien du commerce de détail a ajouté la guerre en Ukraine et les conditions météorologiques à la liste des coupables.

Le comité, formé de députés fédéraux, siégeait le jour même de la publication d’un rapport annuel concocté par des chercheurs de plusieurs universités selon lequel le prix des aliments devrait augmenter de 5 à 7 % supplémentaires au Canada en 2022. Une étude récente de Statistique Canada a également établi que les marges bénéficiaires moyennes des magasins d’alimentation sont passées de 2,2 % en 2020 à 3,5 % pour les trois premiers trimestres de 2022.

Un code de conduite solide pour le secteur de l’épicerie serait un pas dans la bonne direction.

 

Lorsque les députés présents ont souligné les profits records de Loblaw, profits qui ont par exemple été 30 % plus élevés au troisième trimestre de 2022 par rapport à la même période en 2021, le représentant de la compagnie a affirmé que l’augmentation de sa marge bénéficiaire dans les dernières années était due à la vente de produits non alimentaires, comme les cosmétiques, notamment dans les Pharmaprix. M. Hussain assure que la marge de profit pour la nourriture est « stable », mais il n’a pas voulu divulguer ce chiffre.

Le député Ryan Turnbull lui a demandé si Loblaw ne pouvait pas en faire plus pour aider les Canadiens. L’entreprise ne pourrait-elle pas, par exemple, profiter des marges plus élevées du côté des pharmacies pour diminuer celles des épiceries ? M. Hussain a plutôt exprimé une volonté de poursuivre les actions déjà entreprises.

Le chef de l’exploitation chez Empire, Pierre St-Laurent, a pour sa part affirmé que les augmentations de prix au détail étaient nécessaires au maintien de la rentabilité. Il a précisé que la marge bénéficiaire d’Empire était restée presque la même, soit 2,6 %, ce qui est faible au sein de son industrie et en comparaison avec la majorité des autres industries.

Il a indiqué : « 2,6 % de profit, je n’appelle pas ça exagéré. »

Pertes du côté des producteurs

 

Les agriculteurs, de leur côté, vivent des moments difficiles. Selon un sondage effectué par les Producteurs de fruits et légumes du Canada auprès de leurs membres, la majorité des répondants n’ont pas été capables de transférer à leurs prix de vente toute la hausse des coûts, en particulier ceux des engrais, du transport, du carburant et de la main-d’oeuvre.

La directrice générale de l’organisme, Rebecca Lee, a aussi dénoncé la superposition d’audits sur la main-d’oeuvre et la sécurité alimentaire, de même que le manque de soutien du gouvernement relativement à la taxe carbone.

« Il faut veiller à ce que les risques, les coûts et les gains soient répartis tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Un code de conduite solide pour le secteur de l’épicerie serait un pas dans la bonne direction », a affirmé Mme Lee.

Des discussions sont en cours au sein de l’industrie pour établir un code de conduite ayant notamment pour but de rendre plus transparentes, stables et équitables les relations entre fournisseurs et épiciers, a précisé Michael Graydon, chef de la direction de l’association Produits alimentaires, de santé et de consommation du Canada. M. Graydon a aussi demandé au gouvernement fédéral de soutenir la numérisation des chaînes d’approvisionnement et de traiter plus rapidement les dossiers des nouveaux immigrants qui souhaitent venir travailler dans son secteur.

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