Les banques centrales n’en ont pas encore fini avec l’inflation

Le rythme d’augmentation du coût de la vie ralentit depuis quelques mois, au Canada comme aux États-Unis.
Photo: Getty Images Le rythme d’augmentation du coût de la vie ralentit depuis quelques mois, au Canada comme aux États-Unis.

La guerre des banques centrales contre l’inflation n’est pas terminée, et on aurait tort de se laisser endormir par les premiers signes de victoire, met en garde le gestionnaire de fonds Amundi.

Le rythme d’augmentation du coût de la vie ralentit depuis quelques mois, au Canada comme aux États-Unis, et de plus en plus d’analystes se demandent désormais quand viendra la dernière hausse des taux d’intérêt des banques centrales. Plusieurs évoquent même déjà d’éventuelles premières baisses dans un an, qui viendraient redonner un peu de tonus à l’économie après un début d’année qui s’annonce difficile.

Pourtant, lorsqu’on lui demande quel dossier économique ou financier reste à ces yeux le plus important, Pierre Blanchet répète que cela reste l’inflation et le resserrement des politiques monétaires des banques centrales destiné à la contrer. « L’inflation est toujours à un niveau exceptionnel, a rappelé mardi en entretien téléphonique au Devoir le responsable de l’intelligence économique chez Amundi, l’un des 10 plus grands gestionnaires de fonds au monde. En Europe, l’inflation est toujours en train de progresser, et pas seulement à cause de la situation dans l’énergie, mais aussi dans les autres sphères de l’économie, comme les services. »

Possible soubresaut

 

« Il est vrai que l’inflation a commencé à baisser en Amérique du Nord, poursuit-il. Mais le chemin sera encore long entre les niveaux actuels et l’objectif de 2 %, et l’on n’est pas à l’abri d’un soubresaut. […] On a déjà connu, dans les années 1970, des phases identiques, où la Réserve fédérale pensait aussi avoir jugulé l’inflation, mais où elle était repartie aussi vite vers le haut. Il faut rester prudent. »

Chez Amundi, on s’attend ainsi à ce que les grandes banques centrales augmentent encore leurs taux d’intérêt d’au moins un autre point de pourcentage, sinon plus encore, avant de s’arrêter. Cela porterait ces taux à 5,25 % aux États-Unis (contre entre 3,75 % et 4 % aujourd’hui), à 2,5 % en Europe (contre 1,5 %) et à 4,75 % au Royaume-Uni (contre 3 %). Contrairement aux autres, la Banque du Canada apparaît, quant à elle, beaucoup plus près du but, avec seulement une dernière hausse d’un quart de point de pourcentage en banque de son taux, présentement à 3,75 %.

Les gouvernements devront se garder également de défaire ce qu’essaient de faire les banques centrales par des dépenses ou des baisses d’impôts inconsidérées, prévient Pierre Blanchet. « Le Royaume-Uni nous a récemment rappelé quelles sont les conséquences d’une mauvaise coordination entre la politique monétaire et la politique fiscale. »

Ralentissement à venir

Filiale du groupe français Crédit Agricole, Amundi est le premier gestionnaire d’actifs européen, avec près de 100 millions de clients et plus de 1800 milliards d’euros d’actifs sous gestion l’an dernier. En croissance, sa présence au Canada reste plus modeste, avec 10 milliards de dollars d’actifs.

Cette lutte coordonnée des banques centrales contre l’inflation plombera tant et si bien la consommation des ménages et l’investissement des entreprises que la croissance aux États-Unis sera pratiquement nulle l’année prochaine et que l’économie européenne accusera un léger repli. La contraction économique est d’ailleurs déjà commencée en Europe, et devrait se poursuivre durant la première moitié de l’année 2023, dit Pierre Blanchet.

« Le ralentissement ne sera pas tellement violent. Il n’y a pas de raison de se faire peur. Mais la reprise sera également molle, parce que les conditions monétaires ne vont pas tellement se desserrer en 2024 et que la crise énergétique en Europe va continuer de se faire sentir. »

Transition verte

 

L’escalade de la tension entre la Russie et l’Europe dans le domaine énergétique depuis l’invasion de l’Ukraine a fait craindre, pendant un certain temps, la fermeture forcée cet hiver de certains secteurs de l’économie européenne faute de gaz naturel russe. Le ralentissement de l’activité économique en Chine, les conditions météorologiques favorables ainsi que les efforts déployés par les Européens pour reconstituer leurs réserves de gaz devrait permettre d’éviter le pire cette année, se réjouit Pierre Blanchet. Mais tout cela sera à refaire l’hiver prochain, en 2024.

« Malheureusement, ou heureusement, la crise énergétique que traverse l’Europe a aussi pour effet d’accélérer la transition [verte]. Elle la rend même obligatoire, et de façon très large, quels que soient les pays et leurs bouquets énergétiques. »

Mais pour que l’économie ne pique pas trop du nez, l’an prochain, on aura aussi besoin d’un coup de pouce de la Chine, qui devrait avoir vu sa croissance ralentir à seulement 3,2 % cette année, selon le Fonds monétaire international. « Elle est censée être le principal contributeur de la croissance en 2023. Si elle ne parvient pas à revenir à un taux de croissance de 4,5 % à 5 % en 2023, l’économie mondiale se portera beaucoup plus mal. »

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