Le temps est venu pour Montréal de changer de recette économique

Longtemps à la traîne, le taux d’emploi dans la région montréalaise a aujourd’hui rattrapé et même dépassé celui de sa rivale torontoise, de même que les moyennes canadienne et américaine. Mais si la main-d’oeuvre montréalaise touche de moins bons salaires, c’est principalement parce qu’elle est moins productive.
Olivier Zuida Le Devoir Longtemps à la traîne, le taux d’emploi dans la région montréalaise a aujourd’hui rattrapé et même dépassé celui de sa rivale torontoise, de même que les moyennes canadienne et américaine. Mais si la main-d’oeuvre montréalaise touche de moins bons salaires, c’est principalement parce qu’elle est moins productive.

L’économie montréalaise s’est remarquablement bien tirée d’affaire ces dernières années, mais elle doit changer de cap sans plus attendre, admettent les acteurs politiques, économiques et sociaux de la région qui en appellent à un urgent virage commun « vers une économie plus productive, plus inclusive et plus verte ».

Longtemps à la traîne, le taux d’emploi dans la région d’un peu plus de 4 millions d’habitants a aujourd’hui rattrapé et même dépassé celui de sa rivale torontoise, de même que les moyennes canadienne et américaine. Et il y a sept ans, on se croyait ambitieux de viser un taux de croissance annuelle moyen de 1 % du produit intérieur brut (PIB) par habitant, alors qu’on a vraisemblablement atteint 1,5 % en dépit de la pandémie de COVID-19.

Cette belle performance a notamment tenu à l’attrait que Montréal exerçait sur les entreprises en raison, notamment, de son bassin de travailleurs qualifiés, ses entreprises technologiques, ses nombreuses universités et sa qualité de vie. Mais peut-être plus encore en raison de ses faibles coûts de production et de sa main-d’oeuvre bon marché, souligne la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) dans son nouveau plan de développement économique pour 2022 à 2031, qui doit être dévoilé ce mardi et dont Le Devoir a obtenu une copie.

Et si la main-d’oeuvre montréalaise touche de moins bons salaires, c’est principalement parce qu’elle est moins productive. Et si la métropole a quand même pu compter sur de nombreux travailleurs jusqu’à présent, il faut s’attendre à ce que cela devienne de plus en plus difficile avec le vieillissement rapide de sa population, la diminution du flot d’immigrants de plusieurs grands pays, la chasse aux talents de plus en plus féroce livrée par les entreprises étrangères, notamment américaines, ainsi que les possibilités offertes par le télétravail.

« Lorsque l’on regarde les résultats des dernières années, on parle quasiment d’un miracle économique », a résumé en entretien téléphonique au Devoir lundi l’économiste en chef de la CMM, Sylvain Giguère. « Mais aujourd’hui, on ne peut plus garder la même recette. On doit vraiment se concentrer sur l’amélioration de notre productivité. Mais ça tombe bien, parce qu’il nous faut aussi, de façon urgente, effectuer un virage écologique. »

Priorité au virage vert

En élaboration depuis deux ans, durant lesquels les responsables du développement économique et les élus des trois agglomérations (Montréal, Laval et Longueuil), 11 municipalités régionales de comté et 82 municipalités de la CMM se sont concertés et ont mené des consultations publiques, le nouveau Plan métropolitain de développement économique (PMDE) s’articule autour de 4 grands axes stratégiques, de 13 objectifs et de 30 actions concrètes.

Le premier axe est le virage vert. « Le changement climatique doit être placé au sommet des préoccupations en matière de développement économique », dit-on dans le document d’un peu plus de 160 pages. Le deuxième axe vise à « organiser le territoire de manière intelligente et écoresponsable ». Le troisième axe est de renforcer les capacités d’innovation des entreprises, grandes et petites, en adoptant notamment de nouvelles technologies, mais par l’entremise également du quatrième axe : l’accroissement des qualifications des travailleurs et leur meilleure adéquation avec les besoins du marché.

Les trois PMDE précédents avaient un horizon de cinq ans, mais le double du temps ne sera pas de trop cette fois-ci, estime Sylvain Giguère. « C’est le plan le plus ambitieux et qui en couvre plus large à ce jour. » Il vient également avec des indicateurs de références et des objectifs chiffrés.

Lorsque l’on regarde les résultats des dernières années, on parle quasiment d’un miracle économique. Mais aujourd’hui, on ne peut plus garder la même recette. On doit vraiment se concentrer sur l’amélioration de notre productivité. Mais ça tombe bien, parce qu’il nous faut aussi, de façon urgente, effectuer un virage écologique.

 

On entend, entre autres, faire passer Montréal de l’avant-dernier rang parmi les 40 grandes régions métropolitaines d’Amérique du Nord à l’une des dix premières places en ce qui a trait au PIB par habitant. On vise le même sommet du classement en ce qui concerne le revenu médian des ménages. On s’engage, au même moment, à réduire, d’ici 2031, de 37,5 % les émissions de gaz à effet de serre de la CMM par rapport à son niveau de 1990, soit un an plus tard que la cible du gouvernement du Québec, et bien en dessous de la réduction de 55 % d’ici 2030 promise par la Ville de Montréal.

Mais on ne s’en tient pas là. Chaque grand axe se subdivise en plusieurs domaines d’actions et cibles. On souhaite, par exemple, atteindre, d’ici dix ans, le taux actuel de grades universitaires des jeunes de 25 à 34 ans à Toronto, ce qui voudrait dire un bond de diplomation de 38 % à 48 %. On s’engage aussi à trouver des moyens pour mieux organiser le transport de marchandises afin de réduire son empreinte carbone.

Pour ce faire, on compte sur les « leviers » à la disposition de la CMM, comme sa dizaine de grappes industrielles, l’agence de promotion des investissements Montréal International ou le forum de concertation appelé le Conseil emploi métropole.

S’aider à travailler ensemble

Mais plus encore, la CMM entend être le lieu et l’intermédiaire qui facilitera la coopération et la coordination des actions dans la région montréalaise, tant des gouvernements locaux, québécois et fédéral que des entreprises privées ou des autres acteurs concernés. Le nouveau PMDE en est un bon exemple, explique Sylvain Giguère. Bien plus qu’un autre document d’orientation émanant d’une quelconque autorité et qui serait rapidement oublié, c’est un outil de coopération qu’ont voulu se donner des acteurs aux objectifs en commun.

« Les choses ne peuvent pas se coordonner toutes seules. Il faut des lieux où l’on peut discuter ensemble et convenir de la route à suivre », dit l’économiste. Or, « il n’y a jamais eu un aussi grand appétit de la part des élus, comme de plusieurs autres acteurs, pour aller de l’avant et travailler ensemble sur ces enjeux communs. Il faut profiter de cet esprit de coopération et l’aider à se mettre en marche. »

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