Leblanc regrette la fin de Jetsgo

La déconfiture de Jetsgo a laissé en plan quelque 17 000 voyageurs au Canada, aux États-Unis et dans les Antilles.
Photo: Agence Reuters La déconfiture de Jetsgo a laissé en plan quelque 17 000 voyageurs au Canada, aux États-Unis et dans les Antilles.

Le transporteur Jetsgo était sur le point de réorganiser ses activités et de mettre en vente quelques uns de ses appareils quand il a été acculé à la faillite par des créanciers agressifs dont Nav Canada, a soutenu hier son fondateur et p.-d.g., Michel Leblanc.

À sa première sortie publique depuis que son entreprise s'est mise à l'abri de ses créanciers, l'homme d'affaires a confié à la Presse canadienne qu'il s'apprêtait à réduire ses liaisons et à se départir de cinq Fokker 100 la semaine dernière.

La transaction lui aurait permis d'amasser 10 millions et d'éviter la déconfiture de sa compagnie aérienne qui a laissé en plan quelque 17 000 voyageurs au Canada, aux États-Unis et dans les Antilles.

D'après lui, c'est Nav Canada qui a asséné le coup de grâce à Jetsgo en menaçant de saisir certains de ses avions au début de la semaine dernière. La manoeuvre n'a été évitée qu'au prix d'un versement en argent.

Michel Leblanc soutient pourtant qu'il n'était pas en retard dans ses paiements et que ses créances étaient bien inférieures à la limite de quatre millions fixée par l'organisation. Un porte-parole a confirmé hier que Jetsgo devait environ 1,6 million à Nav Canada. «Ils ont décidé d'être extrêmement draconiens, a insisté Michel Leblanc. Quand vous avez un problème avec un créancier, vous essayez d'en arriver à un arrangement raisonnable. Vous ne lui mettez pas un fusil sur la tempe.»

L'entrepreneur s'estime par ailleurs victime de la concurrence déloyale de l'albertaine WestJet, qui aurait même fait de l'espionnage industriel à ses dépends. «Je suis prêt à prendre la responsabilité de l'échec, a-t-il insisté. Mais dans notre plan d'affaires, nous n'avions pas prévu qu'on nous espionnerait, que les gens mentiraient et répandraient des faussetés à notre sujet.»

Michel Leblanc affirme que les gestes de WestJet ont été «le facteur le plus important» dans la déconvenue de sa compagnie qui employait 1325 personnes. Il a d'ailleurs déposé l'automne dernier une poursuite de 50 millions contre l'entreprise et son président, Clive Beddoe.

Excuses aux clients

En entrevue à ses bureaux de Montréal, Michel Leblanc a défendu sa décision de mettre fin aux activités de son entreprise, de même que sa façon de procéder que certains employés et clients floués ont qualifiée de «brutale». «Je suis clairement très désolé pour les gens dont les plans de relâche scolaire ont été bouleversés, mais je n'avais pas le choix», a-t-il insisté.

À son avis, une fermeture graduelle était impossible pour des raisons de sécurité. «Nous avons pris la décision de mettre fin à nos activités parce que nous ne pouvions plus assurer un service fiable», a-t-il expliqué.

S'ils avaient été mis au courant des intentions de la compagnie, les machinistes et les équipages auraient pu décider de ne pas se présenter au travail, modifiant les horaires et mettant en péril le fonctionnement, a-t-il fait valoir.

La Cour supérieure a accepté de mettre Jetsgo à l'abri de ses créanciers pendant un mois pour lui permettre de préparer un plan d'arrangement. Le p.-d.g. espère sauver une partie de l'entreprise dont il détient la quasi-totalité des actions. Il mise notamment sur son faible taux d'endettement ainsi que sur ses actifs, dont une quinzaine d'appareils Fokker 100.

Aux analystes qui considèrent que Jetsgo est seule responsable de ses malheurs, Michel Leblanc rétorque qu'avec 10 % du marché, l'entreprise n'était pas en mesure de fixer les prix. Il dit avoir englouti sept millions de sa fortune personnelle dans Jetsgo, mise sur pied en 2002.

Cet «entrepreneur en série» qui a notamment dirigé Intair et Royal Air Club ne sait pas encore s'il lancera un jour une nouvelle compagnie aérienne. Mais il continue à croire qu'il faut un troisième joueur dans l'industrie canadienne afin d'éviter la formation d'un duopole nuisible aux consommateurs. «J'aime l'industrie de l'aviation, tout le monde le sait, a-t-il confié. Mais pour revenir dans le décor, il faut une occasion, un plan, une clientèle. Ce n'est pas le cas en ce moment, mais qui sait?»