L’inflation met la consommation responsable à l’épreuve

La consommation de viande rouge, dont la production est particulièrement dommageable pour l’environnement, aurait été limitée par davantage de répondants que l’an dernier.
David Afriat Archives Le Devoir La consommation de viande rouge, dont la production est particulièrement dommageable pour l’environnement, aurait été limitée par davantage de répondants que l’an dernier.

L’inflation rend-elle les consommateurs québécois plus respectueux de l’environnement ? Difficile à dire, selon le Baromètre 2022 de la consommation responsable publié mercredi. D’une part, les Québécois ont restreint leurs achats de biens ; de l’autre, ils choisissent moins de produits locaux et durables, qu’ils perçoivent comme chers.

Un échantillon de 1000 personnes a été sélectionné pour répondre par Internet, à la fin septembre, à des questions sur leurs habitudes. Or, 57,3 % des répondants ont indiqué avoir réduit leur consommation dans le dernier mois, une hausse de 9,2 points de pourcentage par rapport à l’an dernier. La raison évoquée par 90,5 % d’entre eux est la hausse des prix.

« Cette année, la crise inflationniste a un effet positif sur la déconsommation », estime Fabien Durif, directeur de l’Observatoire de la consommation responsable de l’UQAM, qui a piloté cette étude annuelle.

Les vêtements, chaussures et accessoires, de même que les produits alimentaires emballés, font partie des biens les plus délaissés. La consommation de viande rouge, dont la production est particulièrement dommageable pour l’environnement, aurait aussi été limitée par davantage de répondants que l’an dernier, pour atteindre 46,1 % des répondants.

« Ce qui est moins encourageant, c’est que depuis le début de la pandémie, on voyait un ralentissement des modes de vie, avec le “fait maison” qui avait progressé », note M. Durif, qui fait notamment référence au jardinage et au bricolage. « Là, on voit une stagnation de ces habitudes, voire un recul. »

57,3 %
Il s’agit du pourcentage de répondants qui ont indiqué avoir réduit leur consommation dans le dernier mois.

L’engouement pour l’achat local, lui, aurait diminué de 8 points de pourcentage depuis 2021. La proportion de consommateurs choisissant fréquemment des produits à faible impact environnemental, comme des produits d’entretien ménager verts, du papier hygiénique recyclé ou des accessoires équitables, serait passée de 49 % à 46 %. « On n’est pas dans une chute majeure du secteur écoresponsable, comparativement au marché européen sur le bio, sur le vrac. Ils ont des chutes, ce sont les premières fois que ces marchés sont en baisse », nuance toutefois M. Durif. « Ici, on sent une contraction, mais il va falloir voir ce qui se passe à plus long terme. »

Depuis quelques années, la perception des Québécois de la consommation responsable a changé, pour reposer principalement sur l’optimisation — c’est-à-dire le fait d’éviter le gaspillage, les déchets et les emballages — et la prolongation de la durée de vie des objets, notamment par la réparation, la réutilisation et le partage.

M. Durif conclut qu’il est difficile de prédire quelles seront les tendances de consommation responsable des prochaines années et, par conséquent, de déterminer les façons d’impliquer davantage les citoyens. « C’est du jamais vu de subir à la fois une telle crise sanitaire suivie d’une crise énergétique et économique. Tout ça a des répercussions sur nos modes de vie et de consommation », souligne-t-il.

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