La transition énergétique entraînera de nouveaux déchets

Selon l’étude de Recyc-Québec, les deux secteurs où il y aura davantage de matériaux à gérer en 2050 sont l’éolien (environ 49 % des 296 000 tonnes) et la mobilité électrique (environ 47 %).
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon l’étude de Recyc-Québec, les deux secteurs où il y aura davantage de matériaux à gérer en 2050 sont l’éolien (environ 49 % des 296 000 tonnes) et la mobilité électrique (environ 47 %).

La transition énergétique devrait permettre de réduire les gaz à effet de serre, mais elle entraînera aussi l’apparition de nouveaux types de déchets. Dans une étude publiée mardi, Recyc-Québec souhaite stimuler la réflexion sur la gestion des centaines de milliers de tonnes de nouveaux matériaux qui devront éventuellement être récupérés et valorisés.

Le Québec doit réfléchir dès maintenant aux stratégies d’économie circulaire qui seront utilisées relativement à l’abondance de déchets et de matériaux en fin de vie provoquée par la transition énergétique, selon Recyc-Québec.

Le document publié par l’organisme, intitulé Matériaux de la transition énergétique : état de la situation et pistes de solution, souligne que la quantité de matériaux à gérer passerait d’un peu plus de 4000 tonnes en 2021 à 296 000 tonnes en 2050, soit environ 70 fois plus. D’ici 2030, c’est environ 142 000 tonnes de matériaux qui proviendront des secteurs de l’énergie éolienne, de l’énergie solaire, de l’hydrogène vert et de la mobilité électrique. « Si on aborde la transition énergétique, écologique avec la mentalité de l’économie linéaire, c’est-à-dire qu’on met en marché, on utilise et on jette, alors on s’éloigne de notre objectif », a souligné la p.-d.g. de Recyc-Québec, Sonia Gagné, en entrevue avec La Presse canadienne.

« Il faut que la ressource qu’on utilise devienne un déchet le plus tard possible et, lorsqu’elle en est un, il faut trouver comment on en dispose. Donc, il faut y réfléchir dès maintenant et en y pensant à l’avance. On a le temps de développer des solutions qui sont acceptables, locales, en boucle courte », a expliqué Mme Gagné.

La « boucle courte » est une stratégie d’économie circulaire qui vise à privilégier les marchés locaux pour réutiliser, réparer, rénover ou encore recycler un produit pour que son cycle de vie soit le plus long possible. À l’inverse, la gestion des matières en boucle longue va privilégier l’exportation de produits en fin de vie à l’étranger, comme c’est le cas pour de grandes quantités de déchets, comme certains plastiques que l’on charge sur des bateaux vers des pays asiatiques, en ignorant parfois s’ils seront brûlés, recyclés ou enfouis.

L’éolien et la mobilité électrique

Selon l’étude de Recyc-Québec, les deux secteurs où il y aura davantage de matériaux à gérer en 2050 sont l’éolien (environ 49 % des 296 000 tonnes) et la mobilité électrique (environ 47 %).

Si on considère que la durée de vie moyenne d’une éolienne est entre 20 et 25 ans, une quantité importante de celles qui sont installées dans les premiers parcs éoliens du Québec au début des années 2000 arriveront en fin de vie ces prochaines années. Recyc-Québec souligne que les principaux freins au recyclage des éoliennes sont liés aux pales, car elles sont composées de matériaux composites plus difficiles à revaloriser.

Pour la mobilité électrique, en 2050, les bornes et les batteries du secteur devraient générer 20 fois plus de matériaux qu’actuellement, environ l’équivalent du secteur de l’éolien, selon Recyc-Québec. Parmi les 296 000 tonnes de matériaux produits par la transition énergétique et qui devront être revalorisés en 2050, l’organisme a identifié du béton, de l’aluminium, des métaux ferreux, ainsi que divers minéraux critiques et stratégiques.

Mais pour la p.-d.g. de Recyc-Québec, une grande partie de la solution repose sur l’écoconception. Ce principe, qui consiste à intégrer la protection de l’environnement dès la conception d’un produit, devrait être pris en compte dans les appels d’offres. Parmi les freins à la bonne gestion des matériaux de la transition, le rapport de l’organisme mentionne également qu’« il n’existe pas [au Québec] d’incitatifs pour les fabricants ou d’obligation de recyclabilité poussant les fabricants à écoconcevoir les composantes d’éoliennes ».

Selon la Commission européenne, 80 % des impacts et 70 % des coûts environnementaux et sociaux des produits et services peuvent être déterminés au cours de la conception.

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