Le rêve réalisé de Gilles Tchianga

Gilles Tchianga a longtemps eu une fibre ingénieuse. Enfant, il concevait des objets pour accomplir plus rapidement les tâches agraires que lui demandait son père.
Lucy Lu Gilles Tchianga a longtemps eu une fibre ingénieuse. Enfant, il concevait des objets pour accomplir plus rapidement les tâches agraires que lui demandait son père.

Au mois d’octobre, l’entrepreneur torontois d’origine camerounaise Gilles Tchianga est reparti du plateau de l’émission Dragon’s Den (Les dragons), sur les ondes de CBC, avec une cagnotte de 600 000 $… et une pensée pour tous ceux qui n’avaient pas cru en lui. Gilles Tchianga dit parfois « on » en parlant de son entreprise agroalimentaire, Taltis Foods, mais il est le seul et unique concepteur des produits alimentaires qu’il vend et le seul à répondre aux appels téléphoniques. Taltis Foods, c’est Gilles Tchianga.

L’entrepreneur a participé à la populaire émission de téléréalité à la recherche d’un investissement de 60 000 $ pour 10 % des parts de son entreprise, mais a obtenu bien plus. Les dragons (ces personnalités du monde des affaires qui agissent comme investisseurs) ont finalement validé ses années de travail en solitaire, dit-il. L’entrepreneur Wes Hall — qui a investi dans son projet — est devenu un mentor. « Je n’ai pas souvent eu la chance d’avoir des gens qui me donnent de la rétroaction », confie-t-il. Les fonds aideront Gilles Tchianga à rendre ses produits plus accessibles sur le marché en augmentant la production.

En 2018, certains de ses amis ne comprenaient pas sa décision de quitter l’enseignement — un emploi stable — pour travailler sur un produit qu’on ne trouve pas en magasin. Ces commentaires n’ont servi qu’à démontrer qu’un besoin existait, dit-il. Avant la pandémie, il a lancé une ligne de boissons à l’hibiscus et il s’apprête maintenant à mettre sur le marché des sauces pour le riz jollof, un mets traditionnel en Afrique occidentale. Des produits que Gilles Tchianga avait expérimentés les fins de semaine quand il enseignait.

Tout est possible au Canada, peu importe d’où on vient. Il suffit de ne pas baisser les bras.

 

Le francophone arrivé au Canada en provenance de l’Italie en 2008, en pleine tempête hivernale, a bâti les bases de son succès. « Tout est possible au Canada, peu importe d’où on vient », lance-t-il avec espoir. « Il suffit de ne pas baisser les bras ». Gilles Tchianga voit grand pour son entreprise qui a eu des échos jusqu’en Chine depuis la diffusion de l’émission. La demande pour ses produits est grandissante. « On veut conquérir le monde », poursuit-il plein d’ambition.

Long chemin

 

Gilles Tchianga a longtemps eu une fibre ingénieuse. Enfant, il concevait des objets pour accomplir plus rapidement les tâches agraires que lui confiait son père. « Chaque fois qu’il me donnait une tâche, lorsqu’il revenait, j’avais trouvé une façon de rendre ça un peu automatique », explique-t-il. Ses efforts à l’école ne se traduisaient pas toujours par de bonnes notes, mais M. Tchianga a tout de même fini parmi les premiers de sa classe au secondaire.

Grâce à l’aide financière de son père, le Camerounais a eu la chance d’aller étudier à Milan, en Italie. « Avant de partir, j’ai rencontré un conseiller en orientation et je lui ai demandé ce que je pouvais étudier pour aider mon pays », raconte l’entrepreneur. La plupart de ses camarades partis à l’étranger ont choisi d’étudier la médecine ou l’ingénierie, se rappelle-t-il. « J’ai dit au conseiller “Je souhaite faire de l’agro-industrie, est-ce que ça a du sens ?”. Et il m’a encouragé », poursuit le Franco-Torontois.

Après avoir travaillé environ deux ans en Italie, le Camerounais immigre à Toronto en 2008. Mais à son arrivée, même s’il détient une maîtrise en technologie alimentaire, « ça ne mord pas » sur le marché de l’emploi, dit-il. Il a choisi d’étudier dans un collège universitaire pour comprendre l’expérience canadienne. Constatant par la suite qu’il y a une pénurie d’enseignants francophones en Ontario, Gilles Tchianga se tourne vers le seul métier qu’il ne se voyait jamais avoir. « J’ai compris le dicton “Ne jamais dire jamais” », dit-il.

Toujours en apprentissage

 

Gilles Tchianga répète le dicton tel un discours motivationnel. « La chose que j’ai retenue au collège Centennial, c’est de ne jamais dire non », dit-il. Son parcours depuis 2018 fait foi de sa motivation : des cours en ligne sur la gestion durant la pandémie (parfois avec deux ordinateurs en même temps) et l’écoute de toutes les émissions de Dragon’s Den (ou ses équivalents) diffusées au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni. « Lorsque je me réveillais, j’écoutais une émission. Lorsque je me rendais au travail, j’écoutais une émission. »

La semaine dernière, Gilles Tchianga a envoyé un mot à Wes Hall, qui a cru en lui sur le plateau. « Lorsqu’on vous a constamment dit que vous ne pouvez réussir et que vous perdez votre temps et qu’un des meilleurs entrepreneurs au pays vous dit : “J’aime ce que vous faites”, je ne sais pas quoi dire. C’est tout ce qui compte, et je pense que plusieurs personnes ne comprennent pas ça », a écrit l’entrepreneur francophone.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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