Faillite de FTX: le nouveau patron fustige les méthodes du fondateur

Considérée comme l’une des principales plateformes d’échange de cryptomonnaies au monde, FTX a brusquement annoncé vendredi dernier son dépôt de bilan.
Stefani Reynolds Agence France-Presse Considérée comme l’une des principales plateformes d’échange de cryptomonnaies au monde, FTX a brusquement annoncé vendredi dernier son dépôt de bilan.

Le nouveau patron de la bourse de cryptomonnaies FTX, qui s’est placée sous le régime américain des faillites la semaine dernière, a dénoncé la gestion calamiteuse de l’entreprise par son prédécesseur et cofondateur de la plateforme, Sam Bankman-Fried.

« Jamais dans ma carrière je n’ai vu un échec aussi complet des mécanismes de contrôle d’une entreprise et une absence aussi flagrante d’informations financières fiables comme cela s’est produit », a déclaré John Ray III dans un document judiciaire déposé jeudi auprès d’un tribunal des faillites du Delaware. « De l’intégrité compromise des systèmes et de la surveillance réglementaire défectueuse à l’étranger à la concentration du pouvoir entre les mains d’un très petit groupe d’individus inexpérimentés, peu avertis et potentiellement corrompus, cette situation est sans précédent », a ajouté M. Ray, qui a supervisé au début des années 2000 la faillite de l’ancien géant énergétique américain Enron.

Considérée comme l’une des principales plateformes d’échange de cryptomonnaies au monde, FTX a brusquement annoncé vendredi dernier son dépôt de bilan ainsi que la démission de M. Bankman-Fried alors que la société a dû faire face à une grave crise de solvabilité.

M. Ray a exprimé « des inquiétudes substantielles » quant à la fiabilité des déclarations financières de FTX et estimé qu’il y avait « au moins 372 millions de dollars de transferts non autorisés ». Les dirigeants de l’entreprise « n’ont localisé et sécurisé qu’une fraction des actifs numériques du groupe FTX qu’ils espèrent récupérer », a-t-il précisé.

Le nouveau patron de FTX a également dénoncé les déclarations « incohérentes et trompeuses » faites par M. Bankman-Fried depuis sa démission, précisant que ce dernier ne parlait plus au nom de l’entreprise. Dans une conversation sur la messagerie privée de Twitter avec un journaliste du site Vox, publiée jeudi, M. Bankman-Fried a dit regretter sa décision de placer FTX sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. « Tout serait réglé à environ 70 % si je n’avais pas fait cela », a-t-il indiqué.

M. Bankman-Fried s’en est également pris aux organismes de réglementation américains, jugeant que ces derniers « ne protègent pas du tout les consommateurs » et qu’ils « sont incapables de faire la différence entre ce qui est bon et ce qui est mauvais ».

Après la publication de cet échange, l’ancien patron a tenté d’expliquer ses propos. « Ce que j’ai dit était en partie irréfléchi ou grossier. Je me défoulais et je n’avais pas l’intention que ce soit publié », a-t-il écrit sur Twitter.

Binance va publier ses réserves

De son côté, le patron de la principale bourse d’échange de cryptoactifs, Binance, s’est engagé jeudi à publier ses réserves « dans deux semaines », et s’est défendu d’avoir coulé son concurrent, FTX, dont la faillite a secoué le marché.

Changpeng Zhao a plaidé pour une enquête sur la chute spectaculaire de FTX, et a lui aussi critiqué son fondateur, Sam Bankman-Fried, lors d’une conférence à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis. Répondant aux questions des participants, le milliardaire sino-canadien a assuré que Binance avait « absolument » les moyens de survivre à des retraits massifs de la part de ses clients et que l’entreprise publierait un audit de ses réserves « dans deux semaines ».

FTX a déposé le bilan la semaine dernière, alors qu’elle était considérée, début novembre, comme l’une des plateformes les plus fiables. L’effondrement de l’entreprise, autrefois évaluée à 32 milliards de dollars, a fait plonger les principales cryptomonnaies et miné la confiance des investisseurs.

« C’est le comportement normal du marché. Si vous voulez que tout le monde soit égal, alors vous revenez au communisme, et cela ne fonctionne pas bien », a déclaré le patron de Binance. Changpeng Zhao avait annoncé sur Twitter son intention de se délester des jetons FTT émis par FTX, puis avait promis de racheter la plateforme en crise avant de se désister. Jeudi, il a nié avoir joué un rôle dans la débâcle de son principal rival.

« Si je dis quelque chose de négatif sur le bitcoin, le prix ne va probablement pas beaucoup bouger […] que les gens aient réagi n’était pas de notre fait », a-t-il dit pour se défendre. « Il y avait beaucoup de suspicion, de frustration à propos du FTT en particulier, et de FTX en tant que compagnie », a-t-il ajouté. Le fondateur de FTX, s’adressant à « un certain adversaire », a gazouillé « bien joué, tu as gagné ». « Seul un psychopathe peut écrire un tel tweet », a répondu Changpeng Zhao.

Le p.-d.g. de 45 ans a appelé « les organismes de réglementation et les enquêteurs » à faire la lumière sur l’affaire. Les plateformes sont souvent basées dans des régions aux législations souples : FTX a son siège social aux Bahamas, tandis que Binance n’a pas de siège centralisé, ce qui rend le travail de ces organismes difficile.

À voir en vidéo