L’inflation reste stable malgré la hausse des prix de l’essence

Le Québec a eu droit à un quatrième ralentissement de suite, mais de justesse, avec un taux d’inflation sur 12 mois qui a diminué de 6,5 % à 6,4 %, de septembre à octobre, alors qu’il s’élevait encore à 8 % en juin.
Photo: Justin Sullivan Agence France-Presse Le Québec a eu droit à un quatrième ralentissement de suite, mais de justesse, avec un taux d’inflation sur 12 mois qui a diminué de 6,5 % à 6,4 %, de septembre à octobre, alors qu’il s’élevait encore à 8 % en juin.

Poussée vers le haut par un rebond des prix de l’essence et les intérêts hypothécaires, mais tirée vers le bas par le coût du logement et de l’épicerie, l’inflation a finalement maintenu le même rythme au Canada le mois dernier.

L’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté en octobre de 6,9 % par rapport au même moment l’an dernier, a rapporté mercredi Statistique Canada. C’est le même rythme de croissance que celui de septembre, qui venait marquer une pause après trois mois consécutifs d’un ralentissement amorcé après le sommet de 8,1 % atteint en juin.

Le Québec a eu droit, de son côté, à un quatrième ralentissement de suite, mais de justesse, avec un taux d’inflation sur 12 mois qui a diminué de 6,5 % à 6,4 %, de septembre à octobre, alors qu’il s’élevait encore à 8 % en juin.

Ce développement découle de tendances contradictoires, a expliqué Statistique Canada. D’un côté, les prix de l’essence ont connu un rebond de 9,2 % en octobre, après trois mois de baisse. La hausse des taux d’intérêt se fait aussi sentir de plus en plus sur le coût des intérêts hypothécaires (+11,4 % sur un an, du jamais vu depuis février 1991), tout comme les augmentations passées de la valeur des maisons se font sentir sur les impôts fonciers (+3,6 %) et la reprise de l’enseignement en personne dans les universités et l’augmentation de l’immigration sur le coût des loyers (+4,7 %).

La laitue 30 % plus chère

D’un autre côté, l’augmentation du prix des aliments sur un an a légèrement ralenti, passant de 10,3 % à 10,1 %, à la faveur de hausses moins marquées dans les viandes (5,5 % plutôt que 7,6 %), les fruits frais (8,9 % plutôt que 12,7 %) ou encore le beurre (14,3 % plutôt que 20,2 %), et en dépit d’autres produits pour lesquels la hausse des prix s’est accélérée, comme le riz (de 13,6 % à 14,7 %), les pâtes alimentaires (de 22,5 % à 27,4 %) ou la laitue (de 21,1 % à 30,2 %).

La hausse des taux d’intérêt a aussi pesé sur la vigueur du marché immobilier, réduisant par le fait même la croissance des coûts liés à la propriété d’un logement neuf (de 7,7 % sur un an à 6,9 %). Les prix de l’hébergement des voyageurs (-8,6 % sur un mois) et du transport aérien (-5,9 %) ont aussi bénéficié aux ménages canadiens.

11,4 %
C’est la hausse du coût des intérêts hypothécaires sur un an, du jamais vu depuis février 1991. De plus, les augmentations passées de la valeur des maisons se font sentir sur les impôts fonciers (+3,6 %) et la reprise de l’enseignement en personne dans les universités et l’augmentation de l’immigration sur le coût des loyers (+4,7 %).

Établi chaque mois, l’IPC est calculé en fonction d’un panier de 700 biens et services dont le poids relatif a été fixé en fonction des habitudes de consommation des Canadiens.

À 6,9 % sur 12 mois, l’augmentation du coût de la vie en octobre reste supérieure à celle du salaire horaire moyen (5,6 %), note Statistique Canada. Cet écart est un peu moins prononcé au Québec, avec une inflation de 6,4 % et une hausse moyenne du salaire horaire de 5,6 %.

D’autres hausses des taux d’intérêt

L’écart reste toutefois beaucoup plus grand encore entre l’inflation et la cible à moyen terme de la Banque du Canada, qui se situe à l’intérieur d’une fourchette allant de 1 % à 3 %.

Le décalage est légèrement moindre si l’on extrait de l’IPC ses éléments les plus volatils que sont l’énergie et les aliments (5,3 %). Il diminue encore si l’on porte attention aux deux mesures de l’inflation fondamentale privilégiées par la Banque du Canada, qui ont affiché, les trois derniers mois, un taux annualisé d’un peu plus de 3,3 %, ont fait valoir plusieurs analystes mercredi.

« Ces chiffres sont encore élevés et constituent un niveau quelque peu inconfortable pour la banque centrale, mais ils représentent une nette amélioration par rapport au début de l’année », ont constaté Matthieu Arseneau et Alexandra Ducharme, de la Banque Nationale, dans une brève analyse.

« Ils semblent que la hausse globale des prix relève davantage du bruit que du signal, ont déclaré de leur côté Royce Mendes et Tiago Figueiredo, du Mouvement Desjardins. Les mesures traditionnelles et plus dynamiques de l’inflation fondamentale laissent croire que les pressions sur les prix s’estompent. »

Ces derniers s’attendent ainsi, de la part de la Banque du Canada, « à une seule nouvelle hausse de 25 points de base » de son taux directeur, à sa prochaine annonce, le 7 décembre, c’est-à-dire un passage de 3,75 % à 4 %. Claire Fan, économiste à la Banque Royale, partage cette opinion.

Avery Shenfeld, de la Banque CIBC, et Leslie Preston, de la Banque TD, penchent de leur part pour une hausse de 50 points. Les derniers chiffres de Statistique Canada « soulignent le besoin pour la Banque du Canada de maintenir la pression sur les taux d’intérêt afin d’aider à ramener l’inflation vers le bas », a fait valoir la seconde.

La banque centrale canadienne a réduit son principal outil d’intervention monétaire à son plancher absolu de 0,25 % au début de la pandémie de COVID-19 afin de stimuler l’activité économique. Son taux directeur était encore au même point au début du mois de mars lorsqu’elle a pris conscience de la nécessité de remonter rapidement les taux d’intérêt pour refroidir l’ardeur des consommateurs et des entreprises et ramener aussi vite que possible l’inflation à sa cible de 2 %.

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