Après la faillite de FTX, le secteur des cryptomonnaies joue sa survie

La faillite de FTX, encore considérée début novembre comme l’une des plateformes les plus fiables, rappelle aux investisseurs l’incertitude qui règne dans le secteur des cryptomonnaies.
Stefani Reynolds Agence France-Presse La faillite de FTX, encore considérée début novembre comme l’une des plateformes les plus fiables, rappelle aux investisseurs l’incertitude qui règne dans le secteur des cryptomonnaies.

La faillite de la plateforme FTX sape la confiance des investisseurs et menace le jeune secteur des cryptomonnaies, poussant ses principaux acteurs à se mobiliser pour le sauvegarder.

Le patron de la plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies, Binance, faisait tout pour rassurer mardi. « Les projets qui survivront à cette période difficile seront beaucoup plus forts dans l’avenir », a ainsi affirmé Changpeng Zhao en réponse à des questions d’internautes sur Twitter.

Pour l’instant, toutefois, le marché tangue. L’ensemble des cryptomonnaies est évalué à 870 milliards $US, selon les données de Coingecko, un site qui recense plus de 13 000 d’entre elles à travers 600 échanges.

Il y a moins de 10 jours, il était évalué à plus de 1000 milliards de dollars, et à son plus haut, il y a un an, à 3000 milliards, dont la plus grande partie s’est évaporée avec l’effondrement des cours du bitcoin (-74 % sur un an), mais aussi de l’ethereum (-73 %) ou du dogecoin (-67 %).

La faillite de FTX, laquelle était encore considérée début novembre comme l’une des plateformes les plus fiables, rappelle aux investisseurs l’incertitude qui règne dans le secteur. Mais elle a aussi un effet plus direct : la compagnie doit liquider ses cryptoactifs et ses participations dans des entreprises pour rembourser ses créanciers, inondant le marché. Et ce, alors que les cryptomonnaies sont déjà en convalescence après une crise similaire au premier semestre, quand la cryptomonnaie terra avait vu son cours s’écrouler, entraînant le bitcoin dans sa chute.

Un « crypto-Lehman Brothers » ?

Cette fois-ci, toutefois, FTX était un acteur encore plus important. « Il y a des parallèles à faire avec Lehman Brothers », le géant de Wall Street dont la faillite en 2008 avait amplifié la crise financière, dit Walid Koudmani, analyste chez XTB, qui confirme à l’AFP que la question d’une fin pure et simple des cryptomonnaies peut se poser.

Le plongeon des cryptomonnaies survient toutefois dans un marché mondial en hausse et semble indiquer que les cryptoactifs ne sont pas encore corrélés de manière significative à l’économie réelle. « Je ne pense pas que l’industrie ou le concept » des cryptomonnaies « va cesser d’exister », dit Walid Koudmani.

Pour beaucoup d’observateurs, la survie du secteur passera par un assagissement, loin des idéaux décentralisés et dérégulés des premières heures.

Déjà, en 2017, le bitcoin avait vu son prix s’envoler avant de s’écrouler. Mais après plusieurs années de vaches maigres, surnommées « hiver crypto », il était reparti de plus belle fin 2020, montant jusqu’à un record de presque 65 000 $ début 2021.

Marion Laboure, analyste chez Deutsche Bank, estime dans une note que les déboires de FTX permettront d’assainir le secteur : « nous pensons que ce second “hiver crypto” sera positif, car la chute de FTX va pousser l’écosystème crypto à adopter des normes et une forme d’autorégulation » s’apparentant à la finance traditionnelle. Pour l’instant, « la concentration du marché est plus forte que jamais, avec Binance comme grand gagnant », remarque-t-elle.

Plateformes instables

Reste à savoir si les principaux acteurs actuels, les plateformes d’échange comme Binance ou Coinbase, feront partie des survivants.

Ces plateformes permettent aux utilisateurs d’acheter et de vendre des cryptoactifs, mais proposent également des produits dérivés plus ou moins complexes sur ces actifs déjà très volatils et sont au coeur de l’écosystème. Elles sont cependant souvent basées dans des régions aux législations souples : FTX a son siège social aux Bahamas, tandis que Binance n’a pas de siège centralisé, ce qui rend le travail des régulateurs difficile.

La faillite de FTX pousse certains utilisateurs à retirer leurs fonds, car ils craignent que leur plateforme d’achat ait également utilisé leurs cryptoactifs pour investir. « Il faut se méfier des plateformes, car ce qu’on voit, c’est l’équivalent d’une panique bancaire », prévient M. Koudmani.

Parmi les plateformes dans la tourmente, la plus importante est désormais Crypto.com, dont le patron a reconnu un transfert d’un portefeuille interne vers l’extérieur de plusieurs centaines de millions de dollars. Mais il affirme avoir récupéré les fonds.

Binance assure pour sa part avoir les liquidités nécessaires pour faire face à la crise, se dit prête à en publier des « preuves » et affirme ne pas prêter l’argent de ses clients à leur insu.

Changpeng Zhao, le patron de Binance, a annoncé lundi le lancement d’un fonds de recours et a aussi proposé la création d’un corps d’industrie qui regrouperait les plus grands acteurs du secteur. Mais il avait aussi affirmé qu’il allait secourir FTX en début de semaine dernière, avant d’abandonner devant l’ampleur de la tâche.



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