Vers un budget d’austérité à Londres

Le premier ministre britannique, Rishi Sunak, (à gauche) et le chancelier de l’Échiquier, Jeremy Hunt, lors d’une réunion du Cabinet, le 26 octobre.
Stefan Rousseau Pool via Associated Press Le premier ministre britannique, Rishi Sunak, (à gauche) et le chancelier de l’Échiquier, Jeremy Hunt, lors d’une réunion du Cabinet, le 26 octobre.

Le gouvernement britannique se préparait à dévoiler jeudi un budget mêlant hausses d’impôts généralisées et coupes dans les dépenses de l’État pour donner des gages de sérieux aux marchés, sonnant le retour de l’austérité outre-Manche. En pleine crise du coût de la vie et alors que le pays semble s’acheminer vers la récession, la présentation du chancelier de l’Échiquier, Jeremy Hunt, au Parlement devra achever de réparer les dégâts causés par le « minibudget » du gouvernement de l’éphémère première ministre Liz Truss.

Alliant aides massives aux factures énergétiques et baisses d’impôts tous azimuts, ce projet d’une ampleur colossale, estimé à entre 100 à 200 milliards de livres, devait être financé essentiellement par emprunt sur les marchés en pleine poussée de l’inflation et des taux d’intérêt. Il avait affolé les marchés et s’était soldé par un plongeon de la livre sterling à son plus bas historique, tandis que les taux d’emprunt du gouvernement avaient bondi, avec dans leur sillage les conditions de crédit des ménages et des entreprises. La Banque d’Angleterre avait dû intervenir en urgence.

« Lutter contre l’inflation est ma priorité absolue, et cela guide les décisions difficiles sur les impôts et les dépenses que nous annoncerons jeudi », a dit mardi M. Hunt, en réaction à une légère hausse du chômage entre juillet et septembre.

Situation très difficile

Ces accents rappellent aux Britanniques la sévère cure d’austérité imposée dans la foulée de la crise financière de 2008, qui s’était traduite par des coupes sombres dans les services publics dont l’impact se fait encore sentir, en particulier dans la santé. Le gouvernement du premier ministre Rishi Sunak assure toutefois que les plus défavorisés seront moins mis à contribution, alors que de nombreux Britanniques doivent parfois choisir entre se chauffer et se nourrir.

« Cela va être une présentation [budgétaire] très difficile, car nous allons demander à tout le monde de contribuer davantage. Mais nous demanderons aux personnes qui possèdent plus de contribuer plus », a précisé M. Hunt mardi devant les députés britanniques.

Les patrons des plus grands supermarchés ont publié mardi une lettre ouverte exhortant le gouvernement à étendre un programme de repas scolaires gratuits à tous les enfants des familles les plus pauvres. En attendant, le gouvernement cherche entre 50 et 60 milliards de livres de hausses d’impôts et baisses de dépenses, selon la presse britannique.

Les géants énergétiques, qui ont engrangé des bénéfices records avec l’envolée des prix sur les marchés, devraient être mis à contribution : une taxe exceptionnelle, initialement fixée à 25 % des profits, mais comprenant d’énormes exonérations, et prévue jusqu’en 2025, pourrait être augmentée et prolongée. Le chancelier se préparerait aussi à introduire une taxe de 40 % visant l’ensemble des producteurs d’électricité, qui ont également bénéficié de la flambée des prix de l’énergie et de l’électricité, a assuré le Financial Times mardi.

Récession profonde

Autre levier d’action pressenti : le gel de certains seuils d’imposition, notamment sur le revenu. Avec une inflation à 10 %, cela veut dire que les ménages dont les revenus ont été gonflés par des hausses de salaire, même inférieures à l’inflation, vont se retrouver projetés automatiquement dans la tranche d’imposition supérieure : une augmentation d’impôt de facto.

Résultat attendu, selon Deutsche Bank : « Une récession profonde en 2023 avec une croissance probablement anémique jusqu’en 2025 au moins. »

La Banque d’Angleterre prévoit une contraction économique qui pourrait être la plus longue que le Royaume-Uni ait jamais connue.

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