Que faut-il comme hausse des taux d’intérêt pour produire une récession?

Des employés sur le parquet de la Bourse de New York, en octobre 2022. Si l’économie se dirige vraiment vers une récession, le marché boursier pourrait avoir encore plus à perdre.
Seth Wenig Archives Associated Press Des employés sur le parquet de la Bourse de New York, en octobre 2022. Si l’économie se dirige vraiment vers une récession, le marché boursier pourrait avoir encore plus à perdre.

Ce texte est tiré du Courrier de l’économie du 14 novembre 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

Les taux d’intérêt montent et vont continuer de monter jusqu’à ce qu’ils déclenchent une récession et que la récession règle le problème de l’inflation ! Que faut-il comme hausse pour produire une récession ? se demande un lecteur, Wilfred Alliston. Peut-être la récession est-elle déjà en chemin. Les États-Unis sont déjà là, le Canada ne peut pas être loin derrière…

Il n’y a pas de niveau d’intérêt à partir duquel une récession est déclenchée. Mais on peut se rabattre sur le taux dit neutre, défini comme étant le taux compatible avec une production qui se maintient durablement à son niveau potentiel et un taux d’inflation demeurant à la cible. Ce taux est présentement compris dans l’intervalle 2-3 %. Il se situe normalement au milieu de l’intervalle, mais l’on retient actuellement la barre de 3 % comme référence. Toute hausse du taux directeur de la Banque du Canada au-dessus de ce niveau amène l’austérité monétaire en zone restrictive, là où elle a un effet de contraction ressenti notamment sur la demande des ménages et sur les investissements des entreprises.

Dans leur lutte contre une inflation se maintenant au-delà de leur cible (de 2 %, milieu de l’intervalle 1-3 %), les banques centrales ne visent pas à déclencher une récession, mais tentent plutôt de pratiquer ce que l’on appelle un atterrissage en douceur de l’activité économique. Or, l’histoire nous enseigne qu’au cours des cinquante dernières années, il n’y a eu que deux périodes de resserrement monétaire de la Banque du Canada qui n’ont pas engendré de récession, nous dit la firme d’analyses Oxford Economics.

Pour sa part, Hyun Song Shin, conseiller économique et chef de la recherche à la Banque des règlements internationaux, a recensé 70 épisodes d’austérité monétaire durant la période 1980-2018 parmi 19 économies avancées et 6 économies émergentes. En règle générale, une action proactive de la banque centrale et un cycle haussier du loyer de l’argent rapide mais court ou modéré conduisent à un atterrissage en douceur. C’est la stratégie adoptée par la Banque du Canada. Or, dans l’actuelle austérité monétaire, les banques centrales ont réagi sur le tard en amorçant leur phase de resserrement.

Grossièrement, cette lutte contre la hausse désordonnée des prix se résume à un arbitrage inflation-chômage. Or la Banque du Canada doit composer avec une demande excédentaire combinée à un choc d’offre nourri par les distorsions sur la chaîne d’approvisionnement. Avec aussi les reliquats de l’effet de richesse sur les ménages engendré par la pandémie, combinés à une pénurie de main-d’oeuvre maintenant la tension sur le marché du travail. S’y mêle l’impact économique de cette guerre non provoquée que mène la Russie contre l’Ukraine, notamment sur les cours énergétiques et le prix des matières de base.

Et aux États-Unis

 

Quant à la fin de votre question, oui, les États-Unis ont connu deux trimestres consécutifs de recul du PIB cette année. Mais pour ensuite renouer avec la croissance au troisième trimestre avec une progression de 2,6 % en rythme annuel de son PIB, selon une première estimation publiée le 27 octobre.

Précisons qu’aux États-Unis on ne se base pas sur la définition classique d’une récession, soit au moins deux trimestres consécutifs d’un recul du PIB. Il revient plutôt au Bureau national de recherche économique (NBER, en anglais) de la déclarer officiellement. « Une récession est la période entre un pic d’activité économique et son point le plus bas », écrit sur son site le NBER, qui souligne qu’« une récession implique un déclin significatif de l’activité économique, répandu à travers l’économie et qui dure plus longtemps que quelques mois ».

Pour le Canada, le scénario le plus récent de la banque centrale prévoit que la croissance du PIB va revenir autour de 1,5 % au troisième trimestre pour décélérer davantage et s’établir entre 0 et 0,5 % jusqu’à la fin de 2022 et au premier semestre de 2023. « Cela donne à penser que, durant quelques trimestres, la croissance pourrait tout aussi bien être un peu en deçà de zéro qu’être légèrement positive », a-t-elle écrit dans son Rapport sur la politique monétaire publié le 26 octobre. Elle n’utilise pas le mot récession, mais…

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