Les bleuetières devront installer plus de ruches

Seuls les producteurs qui se conformeront à ces nouvelles exigences pourront recevoir au besoin la totalité des indemnités prévues lors de mauvaises récoltes.
iStock Seuls les producteurs qui se conformeront à ces nouvelles exigences pourront recevoir au besoin la totalité des indemnités prévues lors de mauvaises récoltes.

À compter de l’an prochain, les producteurs de bleuets devront installer 2,5 ruches d’abeilles domestiques par hectare s’ils veulent être pleinement couverts par l’assurance récolte de la Financière agricole du Québec (FADQ), programme qui prévoit des indemnités lors des mauvaises saisons.

La nouvelle exigence vise tout d’abord à assurer « une pollinisation adéquate » en fonction des bonnes pratiques établies, indique la FADQ. Elle a aussi pour but d’encourager une plus grande présence d’insectes pollinisateurs sur les terres agricoles et, ainsi, soutenir l’équilibre des écosystèmes.

Seuls les producteurs qui se conformeront à ces exigences pourront recevoir au besoin la totalité des indemnités prévues lors de mauvaises récoltes. Quant à ceux qui ne se plieront pas à ces conditions, ils pourraient voir leur indemnité réduite d’un montant équivalent aux frais de pollinisation compris dans le prix unitaire, qui est de 464,70 $/ha pour 2023.

Le nombre de ruches nécessaires pour être admissibles à l’assurance change en fonction des insectes pollinisateurs privilégiés par un producteur. Établi à 2,5 ruches par hectare pour les abeilles domestiques, il augmente à quatre ruchettes pour les bourdons et à cinq gallons — équivalent d’une ruche — pour les mégachiles, un type d’abeille plus trapue.

« En temps normal, l’assurance récolte sert à couvrir les risques climatiques ou des éléments que les producteurs ne contrôlent pas : les gels, les sécheresses et le manque d’eau ou des ravageurs naturels », explique Gilbert Lavoie, cofondateur de la firme de consultants spécialisés en agriculture Forest Lavoie.

L’agronome ajoute : « Dans le fond, ce que dit la Financière agricole, c’est : “Pour assurer un rendement et freiner tes risques, on te demande comme condition de mettre des ruches”. C’est l’équivalent d’une compagnie d’assurances qui demanderait des coupe-feu près d’un foyer avant d’assurer quelqu’un. »

« Mais à l’heure actuelle, le réel enjeu est davantage dans la disponibilité des pollinisateurs », rappelle Gilbert Lavoie, qui ajoute : « Les producteurs de bleuets veulent en installer et les apiculteurs veulent en mettre dans les champs, mais on n’en trouve pas. »

Et en effet, les apiculteurs traversent des années pour le moins difficiles. Au Québec, 48 % des colonies d’abeilles n’ont pas survécu au dernier hiver, soit une mortalité deux fois plus élevée que la moyenne nationale des quinze dernières années, selon les données de l’Association canadienne des apiculteurs professionnels.

Cette année, les apiculteurs de la province ont dû refaire leur cheptel en transférant un pourcentage des ruches existantes vers de nouvelles ou en tentant d’importer davantage de reines. Celles-ci proviennent généralement de la Californie, du Chili, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande.

Les nouvelles exigences de la FADQ ne pourront à elles seules régler les problèmes des apiculteurs, estime Raphaël Vacher, propriétaire des Miels Raphaël et président de l’Association des apiculteurs et apicultrices du Québec : « Le facteur qui limite la pollinisation, c’est le manque de ruches. »

En fait, selon lui, les exigences pourraient même favoriser les apiculteurs des autres provinces. « Vers qui les producteurs de bleuets vont se tourner s’il n’y a pas assez de ruches au Québec et qu’ils veulent être assurés ? Ils pourraient aller ailleurs, comme en Ontario. »

Par ailleurs, le prix des ruches pourrait augmenter. « Le fait que la demande va augmenter, peut-être que le prix va augmenter, et tout cela dans un contexte d’inflation. »

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