Les PME se mettent à la formation de leurs employés

Le fait que plus de 80 % des PME estiment également que la formation est un investissement important pour leur entreprise et qu’elle a un effet positif sur leur productivité n’est pas un hasard, remarque la FCEI.
Photo: Getty Images Le fait que plus de 80 % des PME estiment également que la formation est un investissement important pour leur entreprise et qu’elle a un effet positif sur leur productivité n’est pas un hasard, remarque la FCEI.

La pénurie de main-d’oeuvre pousse les PME à surmonter leurs réserves en matière de formation des employés.

Bien qu’elles craignent toujours que leur personnel en profite pour aller chercher ensuite de l’avancement professionnel ailleurs, quatre PME québécoises sur cinq lui offrent une forme ou l’autre de formation, rapporte la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) dans une analyse d’une dizaine de pages dévoilée ce lundi.

Le fait que plus de 80 % des PME estiment également que la formation est un investissement important pour leur entreprise et qu’elle a un effet positif sur leur productivité n’est pas un hasard, remarque la FCEI. Cela indique qu’on y voit une forme de réponse au problème de pénurie de main-d’oeuvre, qui en force le quart à annuler ou à reporter des projets, près de 40 % à refuser des contrats et qui contraint presque les deux tiers des propriétaires à travailler plus d’heures pour compenser le manque de bras.

Les propriétaires de PME voient-ils dans l’offre de formation une façon d’augmenter l’attrait de leur entreprise aux yeux des travailleurs, de pallier le manque de compétence de ceux qu’ils arrivent à trouver ou d’augmenter la productivité des employés qu’ils ont déjà, le vice-président pour le Québec à la FCEI, François Vincent, ne saurait le dire. « C’est probablement un peu de tout cela à la fois. »

Réticences

Ce qui est certain, c’est que cela se fait en dépit d’une certaine réticence naturelle, a-t-il dit lors d’un entretien téléphonique au Devoir vendredi. D’une part, parce que la moitié des entreprises au Québec comptent moins de cinq employés et que, lorsque l’un d’eux est en formation, cela signifie que tous les autres doivent travailler un peu plus fort durant son absence. D’autre part, parce qu’on a peur qu’aussitôt leur formation terminée, les travailleurs mettent en avant leurs nouvelles compétences pour aller décrocher de meilleurs emplois ailleurs. Presque la moitié des PME québécoises exprimaient cette crainte en 2014 au point qu’une sur dix préférait ne pas offrir de formation formelle.

Mais ce n’est manifestement pas le cas pour grande majorité d’entre elles, se félicite aujourd’hui la FCEI. En fait, seulement 10 % disent offrir uniquement de la « formation formelle », c’est-à-dire assurée par une institution, une firme ou un professionnel spécialisé à l’intérieur ou à l’extérieur des murs de l’entreprise et qui mène à une forme de reconnaissance officielle. Dans 40 % des cas, il s’agit plutôt de « formation informelle », c’est-à-dire offerte directement par l’entreprise, que ce soit par son propriétaire lui-même, un employé ou un mentor. Et pour les 31 % restants, on parle d’une combinaison des deux.

L’analyse de la FCEI s’appuie essentiellement sur un sondage omnibus réalisé du 8 au 22 avril dernier auprès de 406 propriétaires et dont la marge d’erreur serait de plus ou moins 4,9 %. Les taux de formation qu’on y rapporte apparaissent plus élevés que ceux mesurés notamment par Statistique Canada dans une enquête réalisée auprès des entreprises québécoises du 4 janvier au 7 février. Invitées à dire ce qu’elles entendent faire « pour surmonter les obstacles liés à la main-d’oeuvre », 8 % des entreprises de moins de 5 employés et 40 % de celles de 100 employés et plus ont répondu : « Accorder aux employés du temps rémunéré pour suivre des programmes d’apprentissage et de perfectionnement », alors que 13 % des plus petites entreprises et 40 % des plus grandes ont répondu : « Encourager les employés à suivre une formation en cours d’emploi. »

Quels programmes ?

À la FCEI, on se félicite généralement de l’offre de formations disponibles pour les PME ainsi que de programmes gouvernementaux pour les encourager à y faire appel. On déplore, en revanche, que ces programmes soient si obscurs ou si mal publicisés que seulement le quart des entreprises disent les connaître et que presque la moitié ne les estiment d’aucune aide.

La FCEI en a notamment contre la « loi du 1 % » qui oblige les entreprises dont la masse salariale dépasse 2 millions à consacrer chaque année au moins 1 % de ces montants à la formation, sans quoi elles doivent verser la différence à un fonds qui va, entre autres, à la Commission des partenaires du marché du travail. Elle préférerait, à la place, une réduction du fardeau fiscal global, ses enquêtes révélant que, contrairement à certaines grandes entreprises, cet argent irait à la rémunération de leurs employés (63 %), au remboursement de leurs dettes (49 %) ou encore à la formation des employés (33 %) et à l’automatisation (30 %), bien avant l’augmentation des dividendes ou du salaire du propriétaire (12 %).

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