Climat: Les villes du Québec invitées à innover davantage

Les capteurs de Jakarto utilisent des caméras et des lidars.
Photo: Jakarto Les capteurs de Jakarto utilisent des caméras et des lidars.

Les municipalités du Québec ont un rôle important à jouer dans la lutte contre les changements climatiques. La plupart ignorent cependant que les solutions pour réduire leur empreinte environnementale se trouvent souvent très près d’elles. La grappe québécoise des technologies propres souhaite corriger cette situation… un arbre à la fois.

L’organisme Écotech Québec représente cette grappe. Son président, Denis Leclerc, déplore les difficultés qu’ont le secteur public et le secteur des technologies propres à se rejoindre dans des appels d’offres publics inaccessibles aux petites entreprises qui sont souvent de jeunes pousses, et qui ne parlent pas le langage des administrations publiques.

« On essaie depuis longtemps de forcer tous les ordres de gouvernement à accélérer l’utilisation de technologies propres créées ici. C’est beau à dire, mais on a aussi décidé d’agir pour leur montrer concrètement ce qui est déjà disponible », explique Denis Leclerc.

Écotech Québec a lancé mercredi dernier un premier projet de démonstration de ces technologies. Au cours des huit prochains mois, la jeune pousse de cartographie numérique Jakarto dressera pour le compte de la municipalité de Sainte-Julie, sur la Rive-Sud, un inventaire numérique et évolutif des arbres situés sur son territoire jouxtant le parc national du Mont-Saint-Bruno.

 

Ce partenariat avec une jeune pousse technologique est une première dans le monde municipal au Québec, assure Écotech Québec. L’inventaire permettra de recenser les essences d’arbres présentes dans ce quartier. Il aidera à évaluer leur état de santé assez rapidement pour prévenir d’éventuelles propagations de maladies ou de parasites qui menaceraient leur croissance. Cela pourrait aussi aller jusqu’à prévenir la formation d’îlots de chaleur.

Les données qu’on peut tirer du secteur public sont un actif très important pour les innovateurs. Bien utilisées, on pense que ces données peuvent avoir un bénéfice économique et environnemental et qu’elles amélioreront notre qualité de vie.

 

La technologie serait suffisamment avancée pour également mesurer l’impact humain et résidentiel sur cette partie du mont Saint-Bruno. Il serait par exemple possible de détecter la création non autorisée de sentiers sur des terres protégées se trouvant à proximité des quartiers visés. Mais ce n’est pas l’objectif de ce projet, a indiqué au Devoir la directrice générale de la Ville de Sainte-Julie, Mélanie Brisson.

« Le projet est de faire un inventaire des arbres pour analyser leur état de santé », dit-elle. Certaines espèces uniques à cette zone de la montagne montérégienne pourraient ainsi être mieux protégées.

À qui profite le numérique ?

Des caméras et des capteurs lidars installés sur des drones commandés à distance créeront ce que Jakarto appelle un « jumeau numérique » des parcs du quartier ciblé par ce partenariat. Cette représentation informatisée s’apparente à ce que fait Google dans son application Street View, mais en beaucoup plus précis et détaillé : la marge d’erreur est inférieure à 3 centimètres, dit-on. Jakarto recevra, pour réaliser ce projet, une aide de 130 000 $ du ministère de l’Économie et de l’Innovation dans le cadre du Défi innovation Québec piloté par Écotech Québec. Il s’agit pour l’entreprise d’une vitrine qui démontre l’utilité de sa technologie dans un contexte municipal. « Notre jumeau numérique permet de planifier le déploiement de différentes infrastructures sans avoir à se déplacer en personne. On peut éviter jusqu’à 80 % des coûts de déplacement nécessaires à la planification », dit Félix Laroche, fondateur et p.-d.g. de Jakarto.

À terme, Jakarto espère cartographier l’ensemble du Québec. Des sociétés comme Hydro-Québec, Bell ou d’autres pourraient être intéressées par une telle application pour réduire le coût de gestion de leurs infrastructures présentes partout dans la province, croit M. Laroche. Le jeune entrepreneur espère que son partenariat avec la Ville de Sainte-Julie démontrera la valeur commerciale de son jumeau numérique.

Écotech Québec en souhaite autant, car elle a trois autres projets de maillage entre de jeunes entreprises d’ici et des organismes publics qu’elle espère annoncer au cours des prochains mois. Un de ceux-là pourrait mener la SEPAQ, qui gère les parcs nationaux de la province, à produire sa propre électricité à partir de résidus de biomasse.

Le secteur québécois des technologies vertes sent l’urgence d’agir pour se tailler rapidement une place auprès d’un secteur public qui est également grandement courtisé par les multinationales technologiques. La clé : accéder aux données du secteur public pour créer de nouveaux produits et services numériques fort lucratifs. C’est quelque chose qui fait également rêver le gouvernement Legault, qui jongle depuis plusieurs mois avec l’idée de monnayer les données qui appartiennent à certains de ses ministères.

« Les données qu’on peut tirer du secteur public sont un actif très important pour les innovateurs », confirme Denis Leclerc. Il présente d’ailleurs Écotech Québec comme « le Tinder de l’innovation verte » au Québec. « Bien utilisées, on pense que ces données peuvent avoir un bénéfice économique et environnemental et qu’elles amélioreront notre qualité de vie. »

Celle des arbres également.

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