Hydro-Québec a déjà dépassé son bénéfice record de 2021

Le bond spectaculaire du bénéfice d’Hydro-Québec au troisième trimestre s’explique en grande partie par le gonflement des prix sur les marchés d’exportation.
Olivier Zuida Archives Le Devoir Le bond spectaculaire du bénéfice d’Hydro-Québec au troisième trimestre s’explique en grande partie par le gonflement des prix sur les marchés d’exportation.

Après seulement neuf mois en 2022, Hydro-Québec avait déjà dépassé son bénéfice record de 2021, mais les consommateurs ne doivent pas s’attendre à un gel des tarifs pour autant, s’il n’en tient qu’à la société d’État.

Les résultats du troisième trimestre, présentés vendredi, font état d’un bond spectaculaire du bénéfice net d’Hydro-Québec. Il atteint 3,604 milliards de dollars depuis le début de 2022, soit une augmentation de plus de 47,6 % par rapport à celui de 2,441 milliards enregistré lors des trois premiers trimestres de 2021.

Hydro-Québec a donc déjà dépassé le bénéfice net record de 3,546 milliards de dollars qu’elle avait affiché pour l’année 2021 entière ; il est ainsi assuré que 2022 établira un nouveau record.

Pour la seule période de juillet à septembre, soit le troisième trimestre lui-même, le bénéfice net a presque doublé, passant de 448 millions à 862 millions, notamment en raison d’une augmentation de 508 millions de dollars des ventes hors Québec. Pour les neuf premiers mois, cette augmentation des exportations a rapporté 891 millions.

« 862 millions de dollars, c’est un record de tous les temps », a affirmé Jean-Hugues Lafleur, vice-président exécutif et chef de la direction financière chez Hydro-Québec, en présentant ces résultats en conférence de presse virtuelle.

L’équité intergénérationnelle avant les gels

Jean-Hugues Lafleur avertit toutefois que la société d’État entend maintenir le cap en matière de hausses de tarifs. « Est-ce qu’un gel des tarifs a du sens dans un contexte où les produits d’Hydro-Québec sont très élevés ? La réponse, c’est que [ce serait] pelleter en avant et ça ne serait pas équitable de façon intergénérationnelle. Ce serait de passer, dans le fond, une augmentation de tarifs beaucoup plus élevée aux générations futures si on fait ça », a-t-il fait valoir.

Le gouvernement Legault, qui a déjà écarté la possibilité de geler les tarifs plus tôt cette année, s’est toutefois tiré dans le pied en 2019 en adoptant la Loi visant à simplifier le processus d’établissement des tarifs de distribution d’électricité, qui venait aligner ces hausses de tarifs à l’inflation. La poussée inflationniste des derniers mois, qu’il n’avait pas prévue, l’oblige maintenant à légiférer à nouveau afin de plafonner les hausses, plafond qu’il a déjà indiqué vouloir situer à 3 %.

À elles seules, les hausses tarifaires d’avril 2021 (qui se répercutent sur le premier trimestre) et celles d’avril 2022, ajustées à une inflation de 2,6 %, ont permis d’augmenter les entrées de fonds de 163 millions de dollars pour les neuf premiers mois de cette année.

Forte hausse des prix internationaux

Les résultats exceptionnels d’Hydro-Québec s’expliquent en grande partie par le gonflement des prix sur les marchés d’exportation. Depuis le début de l’année, la société d’État a obtenu en moyenne 7,6 ¢/kWh sur neuf mois, soit une augmentation de plus de 70 % par rapport aux 4,4 ¢/kWh obtenus durant les neuf premiers mois de 2021.

Mais pour le seul troisième trimestre, le prix de vente avait encore augmenté, pour atteindre le double de celui d’il y a un an, a précisé M. Lafleur. « On a vendu en moyenne à 8,2 ¢ le kilowattheure sur les marchés d’exportation, alors que l’an dernier, à pareille date, c’était 4 ¢ le kilowattheure. »

Évidemment, Hydro-Québec subit elle-même l’impact de la flambée des prix de l’énergie. En d’autres termes, son propre résultat, aussi spectaculaire soit-il, aurait pu être encore plus élevé si ses achats d’électricité ne lui avaient pas coûté 131 millions de dollars de plus au troisième trimestre, pour une augmentation totale de 496 millions depuis le début de l’année 2022.

Jean-Hugues Lafleur dit d’ailleurs s’attendre à ce que les prix de l’énergie restent élevés sur le marché, notamment en raison du conflit européen.

« La guerre en Ukraine a certainement un effet sur toute la structure des coûts énergétiques », a-t-il expliqué. Il a invoqué, par exemple, la construction de cinq ports méthaniers en Allemagne, qui serviront plus tard à recevoir du gaz naturel, principalement en provenance des États-Unis. « Ça fait en sorte que ce gaz est moins disponible pour les États-Unis, donc ça fait augmenter les prix sur le long terme du gaz naturel et, donc, de l’électricité. Cet élément-là, ça va perdurer. »

Un hiver 2022 plus froid qu’en 2021

Les exportations n’expliquent pas à elles seules la hausse du bénéfice net de la société d’État. Les températures très basses de l’hiver dernier et la croissance de la demande intérieure ont également entraîné une augmentation de 848 millions de dollars des ventes au Québec, qui atteignent 8,985 milliards depuis le début de l’année.

Mais ce froid a aussi coûté cher lorsqu’est venu le temps d’aller acheter de l’électricité pour combler la demande de pointe. « Il a fallu faire des achats à 12 ¢ le kilowattheure qui ont coûté en tout 153 millions pour faire face à la forte demande », a précisé le dirigeant d’Hydro-Québec.

Aussi, les pannes majeures, surtout celles causées par le derecho du printemps dernier, ont laissé une facture de 75 millions de dollars entre ses mains.

L’inflation touche aussi Hydro-Québec

Bien que la société d’État jouisse d’une certaine protection contre l’inflation en raison de nombreuses ententes conclues dans le passé, « le coût de certains projets commence à augmenter en raison de la rareté de la main-d’oeuvre et la rareté des entrepreneurs », a reconnu M. Lafleur.

Il note aussi que le coût des transformateurs est en hausse de 25 %, celui de l’acier de 50 %. La maîtrise de la végétation, les coûts d’entretien des actifs, ainsi que les pressions sur la chaîne d’approvisionnement, notamment en matière de transport, ont également un effet inflationniste.

Et à long terme, le vice-président ne se fait pas d’illusions : « On a beaucoup d’ententes qui sont fixes, mais c’est tantôt qu’on va payer davantage », soupire-t-il.

Dans les autres faits saillants du troisième trimestre, la direction d’Hydro-Québec se félicite de l’achèvement du complexe de la Romaine et de la mise en service du deuxième et dernier groupe turbine-alternateur de la centrale de la Romaine-4, en septembre 2022.

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