Hydro-Québec prévoit une multiplication des centres de données

L’une des premières multinationales à avoir choisi le Québec pour installer son centre de données est la française OVHcloud. Installée depuis 10 ans dans l’ancienne aluminerie de Rio Tinto à Beauharnois, elle y exploite huit centres de données, et un neuvième est prévu pour 2024.
Photo: OVHcloud Agence France-Presse L’une des premières multinationales à avoir choisi le Québec pour installer son centre de données est la française OVHcloud. Installée depuis 10 ans dans l’ancienne aluminerie de Rio Tinto à Beauharnois, elle y exploite huit centres de données, et un neuvième est prévu pour 2024.

Hydro-Québec ne veut plus de cryptomonnaies, mais pense poursuivre sa percée auprès des centres de données, qui font eux aussi rouler des ordinateurs à fond de train. Selon un plan déposé la semaine dernière, la société d’État prévoit quintupler les ventes d’électricité à cette industrie d’ici 2032. Elle consommera alors une quantité d’énergie équivalente à celle de 300 000 ménages.

L’électricité québécoise devrait donc circuler de plus en plus abondamment dans les serveurs des multinationales de l’informatique — Microsoft, Amazon, Google — qui cherchent à décarboner leurs activités. Dans son plus récent plan d’approvisionnement, Hydro-Québec prévoit que les centres de données lui achèteront 5,1 térawattheures (TWh) d’électricité en 2032, par rapport à 0,9 TWh cette année.

Cette bonification attendue de la demande exercera une pression considérable sur la puissance réclamée au réseau électrique québécois lors des périodes de pointe hivernale. Hydro-Québec estime que, dans une décennie, les centres de données utiliseront 688 mégawatts (MW) lors des grands froids, soit 1,5 % de la puissance totale du réseau. L’hiver dernier, ils n’ont nécessité que 128 MW en période de pointe.

En fait, la croissance prévue de la puissance requise par les centres de données en période de pointe (+561 MW) sera si forte que seuls l’électrification des transports (+1709 MW) et le chauffage des bâtiments (+1037 MW) la surpasseront lors de la prochaine décennie. Les secteurs des batteries, de l’hydrogène et des serres croîtront moins, selon les prévisions d’Hydro-Québec.

Les centres de données demanderont donc autant de puissance en pointe que les gains que compte faire Hydro-Québec par l’intermédiaire de sa filiale vouée à l’efficacité énergétique des ménages, Hilo. Le Devoir écrivait la semaine dernière que, pour l’instant, elle ne répondait pas aux attentes et coûtait très cher par kilowatt effacé en période de pointe — une période dont la gestion est d’ailleurs de plus en plus serrée.

L’argument de la carboneutralité

Pourquoi une telle croissance des centres de données ? Parce que la plupart des grands fournisseurs infonuagiques promettent d’être carboneutres d’ici 2030, rappelle Maxime Guévin, le patron des activités canadiennes de Vantage Data Centers. « C’est pour ça que le Québec est aussi intéressant », explique-t-il. L’entreprise exploite déjà quatre sites hébergeant des serveurs de ces multinationales dans la province.

Vantage fait partie des entreprises qui achèteront de plus en plus d’électricité à Hydro-Québec. Elle a annoncé en mars dernier des investissements de 900 millions d’ici cinq ans qui serviront à accroître ses capacités au Québec. À terme, elle consommera 143 MW de puissance et emploiera 300 personnes. « Au rythme où vont les choses, on va probablement avoir investi cet argent-là en seulement trois ans », souligne M. Guévin.

Les propriétaires de centres de données choisissent par ailleurs le Québec en raison de son électricité à bon prix et de son climat. Le froid hivernal refroidit leurs serveurs. Chez Vantage, cela permet des économies d’énergie d’environ 25 % en hiver. La pointe de la consommation électrique des centres de données ne survient donc pas en janvier, mais en plein été, en raison de la climatisation.

Le secteur des chaînes de blocs est très volatil, contrairement à l’industrie des centres de données, qui crée de la richesse

 

L’une des premières multinationales à s’être établies au Québec, la française OVHcloud, compte elle aussi augmenter ses capacités dans la province en y quadruplant le nombre de serveurs dans les prochaines années. Installée depuis 10 ans dans l’ancienne aluminerie de Rio Tinto à Beauharnois, elle y exploite huit centres de données. Un neuvième est prévu pour 2024.

« Cela représente environ 80 000 serveurs en fonctionnement aujourd’hui sur le site, qui pourra à terme en héberger près de 360 000. Il y a donc une belle marge de progression au Québec sur le même site », indique l’entreprise par courriel. Elle précise qu’elle ne projette pas acquérir de deuxième site pour le moment, mais ne l’exclut pas à moyen terme.

Ce qui explique son intérêt pour le Québec ? Tout d’abord, le positionnement géographique favorable pour aborder le marché nord-américain, mais également l’encadrement canadien, qui assure une meilleure protection des données personnelles. Et évidemment, il y a l’accès à l’hydroélectricité ; l’entreprise veut elle aussi être carboneutre d’ici 2030.

La multiplication des centres de données au Québec — on en compte 54 actuellement — exerce non seulement une pression sur le réseau électrique, mais aussi sur les terres. Évoquons par exemple l’achat par Google de 62 hectares de terres agricoles à Beauharnois afin d’y construire des infrastructures informatiques carburant à l’énergie propre.

Pas de traitement spécial, dit Hydro

Bien qu’Hydro-Québec prévoie un quintuplement de l’énergie vendue aux centres de données en 10 ans, elle ne travaille « plus du tout » à attirer des acteurs de l’industrie « étant donné le contexte de croissance importante de la demande en électricité au Québec », explique le porte-parole Maxence Huard-Lefebvre.

La société d’État évalue donc les projets de centres de données en fonction de ses lignes directrices générales.

Néanmoins, pourquoi fermer la porte aux cryptomonnaies tout en continuant d’accueillir des centres de données ? « Ces deux industries ne sont pas du tout comparables. Le secteur des chaînes de blocs est très volatil, contrairement à l’industrie des centres de données, qui crée de la richesse », répond le porte-parole d’Hydro-Québec, citant des études économiques.

Maxime Guévin, le patron canadien de Vantage, considère que le gouvernement a bien fait de se détourner de la filière crypto. De plus, soutient-il, les centres de données sont essentiels pour soutenir l’univers numérique dont toute la population bénéficie. « L’énergie a beaucoup de valeur, elle devient de plus en plus limitée. On comprend tout à fait Hydro-Québec, qui choisit d’être plus sélective dans les projets. »

À voir en vidéo