Les inégalités financières minent les conditions de vie des aînés

Jean Décary
Collaboration spéciale
L’écart entre le revenu médian des personnes âgées de 65 ans et plus et le reste de la population a quadruplé en 20 ans, indique l’étude de l’Observatoire des inégalités.
Photo: iStock L’écart entre le revenu médian des personnes âgées de 65 ans et plus et le reste de la population a quadruplé en 20 ans, indique l’étude de l’Observatoire des inégalités.

Ce texte fait partie du cahier spécial Vivre pleinement

Les inégalités de nature financière affectent la qualité de vie d’un nombre grandissant de personnes aînées au Québec, particulièrement les femmes et les groupes de minorités visibles, selon une étude de l’Observatoire des inégalités. Un phénomène qui est appelé à s’intensifier alors qu’on évalue que les personnes de 65 ans et plus représenteront 27 % de la population québécoise d’ici 2050, soit une hausse de 7 points de pourcentage.

« Le vieillissement de la population soulève des enjeux intergénérationnels de taille. Il y a aussi des inégalités importantes à l’intérieur même du groupe des personnes aînées », explique Elmer van der Vlugt, l’un des auteurs de l’étude intituléeBien vieillir au Québec. Portrait des inégalités entre générations et entre personnes aînées.

L’étude relève entre autres que l’écart entre le revenu médian des personnes âgées de 65 ans et le reste de la population a quadruplé en 20 ans. Les données sur le revenu net (après impôt) s’élevaient en 2017 à près de 24 000 $, contre 33 000 $ chez les 15 à 64 ans. « C’est donc dire que le revenu des aînés n’a pas suivi la croissance des revenus de travail à travers les années », peut-on lire dans l’étude.

Les femmes aînées ont un revenu plus faible que celui des hommes du même groupe d’âge. Pour la même période, les chercheurs ont observé que les femmes avaient un revenu médian de 21 000 $, soit un écart de 10 000 $ avec les hommes aînés. L’écart du revenu médian est encore plus marqué chez les personnes aînées appartenant à une minorité visible. Leur revenu net est de 17 900 $, une différence de plus de 6000 $ avec le revenu médian chez le reste des personnes âgées de 65 ans et plus. « Quand tu cumules les inégalités sur plusieurs années, tu arrives bien souvent à la retraite avec un revenu plus faible et donc un plus petit patrimoine. C’est le cas notamment des femmes, des personnes issues de la diversité et des gens avec des handicaps », mentionne Elmer van der Vlugt.

Les inégalités de richesse sont par ailleurs prononcées et persistantes à l’intérieur même du groupe des personnes aînées au Québec, encore plus qu’au Canada, selon le rapport. Ainsi, les ménages québécois aînés les mieux nantis détiennent un patrimoine médian plus de 180 fois supérieur à celui des aînés les moins nantis. Et l’écart entre le patrimoine moyen et médian chez les 20 % des aînés les plus nantis s’élève à plus de 550 000 $. Les sources de richesse varient d’un ménage à l’autre, mais les catégories d’actifs les plus populaires sont les dépôts dans des institutions financières, les comptes enregistrés de retraite, la résidence principale, les régimes de pension de l’employeur et le CELI (compte d’épargne libre d’impôt).

Endettement et retour au travail

 

Les personnes aînées sont aussi de plus en plus endettées, une tendance à la hausse au Québec ainsi qu’au Canada. « 40 % des ménages aînés avaient des dettes en 2016, comparativement à moins de 30 % en 1999 », indique l’étude. La part des ménages canadiens avec une dette représentant 100 % de leur revenu annuel a crû de 15 % depuis 1999, s’élevant à 36 % en 2016. Plus de 21 % des familles aînées canadiennes avaient des dettes représentant au moins deux fois leur revenu annuel en 2016, soit le double qu’en 1999.

Un nombre grandissant de personnes aînées retourne sur le marché du travail. Depuis 2000, cette proportion a triplé, passant de 3 % à 10 %. Cette hausse du taux d’activité chez les personnes aînées s’explique, selon l’étude, par le niveau d’endettement, l’offre d’emplois intéressants et le fait que ces personnes soient en bonne santé.

Après avoir diminué entre 1976 et 1998, passant de 65 à 58 ans, pour se stabiliser ensuite, l’âge moyen de départ à la retraite est en augmentation depuis la récession de 2008-2009. Selon les données colligées dans l’étude, les hommes prenaient leur retraite à 63 ans et les femmes, à 61 ans. « Peut-être qu’avec la pandémie, la tendance à la hausse s’est affaiblie temporairement, mais sur le long terme, je m’attends à ce qu’elle se poursuive, surtout dans le contexte de pénurie de main-d’oeuvre », affirme Elmer van der Vlugt.

Le Québec et le Canada ont mis de l’avant, au fil des ans, un certain nombre de mesures pour freiner ces inégalités économiques. Les chercheurs recommandent la bonification des prestations existantes, l’amélioration des politiques incitant le maintien ou le retour au travail et des mesures afin d’améliorer la littératie financière de ce groupe d’âge. « Il y a différents acteurs concernés pour chacune des recommandations. Certaines peuvent être plus longues à mettre en place, pour des raisons politiques par exemple, mais d’autres peuvent l’être plus rapidement », rappelle Elmer van der Vlugt.

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