«Révolution» chez Renault, qui met en avant ses véhicules électriques

Alors qu’elle visait, sous Carlos Ghosn, à «pousser de la tôle», Renault doit devenir une «entreprise anticyclique», a lancé son directeur général, Luca de Meo.
Photo: Éric Piermont Agence France-Presse Alors qu’elle visait, sous Carlos Ghosn, à «pousser de la tôle», Renault doit devenir une «entreprise anticyclique», a lancé son directeur général, Luca de Meo.

Le constructeur automobile français Renault a présenté mardi une réorganisation profonde dans le but d’attirer les investisseurs dans l’électrique, à l’instar d’autres constructeurs ayant besoin de financer des milliards d’euros pour le virage électrique voulu dès la prochaine décennie par l’Europe.

Sa nouvelle filiale, baptisée Ampere — sans accent —, rassemblera 10 000 salariés en France pour produire un million de véhicules électriques sous marque Renault à horizon 2031, a annoncé le groupe lors d’une journée consacrée aux investisseurs à Paris. Elle produira notamment les nouvelles Renault 5 et Renault 4 dans les Hauts-de-France.

Cette filiale se veut aussi étincelante que Tesla : elle vise plus de 30 % de croissance annuelle dans les huit prochaines années et l’équilibre financier en 2025.

L’américaine Ford a aussi annoncé la création d’une filiale électrique, Model E, tandis que l’allemande Volkswagen a lancé en Bourse sa marque Porsche pour financer son électrification.

Mais Renault veut jouer à la fois sur un avenir électrique et sur la persistance des moteurs thermiques hors de l’Union européenne, zone la plus ambitieuse sur le climat et où les seules voitures neuves autorisées à la vente en 2035 devront ne produire aucune émission de gaz à effet de serre.

Financer l’électrique

Renault va donc s’associer à 50-50 au géant chinois Geely, déjà propriétaire de Volvo, dans une nouvelle filiale appelée Horse, et qui produira des moteurs, des boîtes de vitesses et des systèmes d’hybridation destinés aux voitures thermiques (essence et diesel) et hybrides.

Cet attelage franco-chinois comptera 19 000 employés en Europe (Espagne, Roumanie et Suède), en Chine et en Amérique du Sud, avec 17 usines et 5 centres de recherche et développement. Son chiffre d’affaires, estimé à plus de 15 milliards d’euros, devrait croître de 4 % jusqu’en 2027. Une nouvelle entité, Power (« puissance »), rassemblera toutes les activités thermiques et hybrides de la firme au losange : la filiale Horse, mais aussi les voitures non électriques de la marque Renault, ses utilitaires et Dacia.

Ce nouveau volet de son plan stratégique, qualifié de « révolution », doit amener Renault à une marge opérationnelle supérieure à 8 % au niveau du groupe, en 2025 et supérieure à 10 % en 2030.

Alors qu’elle visait, sous Carlos Ghosn, à « pousser de la tôle », Renault doit devenir une « entreprise anticyclique », a lancé son directeur général, Luca de Meo. Le groupe compte ainsi introduire Ampere à la Bourse de Paris « au plus tôt au second semestre 2023 » et financer ainsi, grâce à l’apport de capitaux frais, son coûteux virage électrique tout en conservant « une forte majorité » dans la filiale.

La valorisation des groupes automobiles traditionnels fait pâle figure face à celle de nouveaux entrants spécialisés dans les voitures électriques, comme l’américaine Tesla d’Elon Musk ou la chinoise BYD. Séparer les activités électriques permet d’attirer des investisseurs avec des taux de rentabilité attendus plus élevés. Le fabricant américain de puces électroniques Qualcomm, fournisseur de Renault, s’est d’ailleurs déjà positionné comme actionnaire d’Ampere.

Et Nissan ?

Une grande question reste en suspens : Renault, dont l’État français et Nissan possèdent chacun 15 %, doit encore préciser la part que prendra son partenaire japonais dans sa nouvelle filiale électrique.

Cette réorganisation précède en effet une refonte profonde de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, avec une réduction de la part de Renault au capital de Nissan qui doit être précisée « dans les prochaines semaines », a souligné M. de Meo.

Renault, dont les finances restent fragiles, compte également rétablir un dividende en 2023 alors qu’elle n’en a pas versé depuis 2019. Elle entend porter l’actionnariat salarié à 10 % du capital en 2030, alors qu’il est de 3 % actuellement.

Ces objectifs financiers sont « bien plus ambitieux qu’attendu », mais « soulèvent des questions », a commenté l’analyste Tom Narayan, de RBC. « De quelle manière Ampere sera-t-elle séparée de Power, vu que ces entités partagent des opérations ? »

La marque sportive Alpine va aussi prendre de l’ampleur en s’ouvrant aux investisseurs et en s’étendant notamment en Amérique du Nord ou en Chine. Le groupe a également annoncé un renforcement de son partenariat avec Google pour un nouveau système d’infodivertissement à partir de 2026.

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