Un automne sombre pour les technos montréalaises

Les technos sont-elles le canari dans la mine économique ? Si la cascade de licenciements des derniers jours chez Twitter, Meta et Microsoft et au sein des entreprises montréalaises ne présage pas une récession imminente, elle témoigne d’une perte de patience aussi soudaine que manifeste des investisseurs à l’égard du secteur technologique.

« C’est une période qui n’est pas super réjouissante pour les entreprises technologiques, indique Guillaume Lajoie, porte-parole de l’organisme sectoriel Startup Montréal. À l’échelle mondiale, on voit des licenciements assez importants au sein des grandes entreprises en raison de la chute de leur valeur boursière. Du côté des plus petites entreprises, on supprime des postes pour répondre aux nouveaux désirs des investisseurs, qui sont moins patients et qui espèrent un rendement plus rapide. »

La semaine dernière a été particulièrement pénible pour l’industrie montréalaise des technologies. Invoquant un contexte économique qui s’est rapidement détérioré, la plateforme d’approvisionnement en matériaux de construction RenoRun a licencié 43 % de ses quelque 500 employés. Elle en avait remercié 70 en août dernier.

Suppressions tous azimuts

Quelques jours plus tard, le producteur suédois de jeux vidéo Embracer annonçait la fermeture définitive de son studio montréalais Onoma. Après deux années d’acquisitions multiples, Embracer dit vouloir se serrer la ceinture et a décidé de sortir du jeu vidéo mobile, la spécialité d’Onoma, mieux connue sous son ancien nom de Square Enix Montréal. Une partie de ses 200 employés ont été déplacés au sein des autres divisions montréalaises de l’entreprise, mais la majorité ont perdu leur emploi.

Au même moment, Microsoft et Twitter procédaient eux aussi à des licenciements. Cette semaine, ce sera apparemment au tour de Meta, rapportent des sources américaines. La société mère de Facebook envisagerait de licencier « quelques milliers » de ses 87 000 employés de par le monde.

Les raisons de ces suppressions de postes varient d’une société à l’autre, mais la prémisse est identique partout : les technos cotées en Bourse ont perdu plus du tiers de leur valeur depuis le début de l’année. Les prévisions économiques pour l’année à venir continuent d’être sombres. Cela impatiente les investisseurs.

Mark Zuckerberg, le p.-d.g. de Meta, prédisait à la fin octobre que « nous devrions terminer 2023 avec à peu près la même taille, ou nous serons peut-être une organisation un peu plus petite que nous le sommes actuellement ». Le fondateur de l’entreprise dit vouloir « concentrer nos efforts sur un petit nombre de projets prioritaires en 2023 ».

Microsoft voit la demande pour ses produits infonuagiques atteindre un plateau ces jours-ci. Twitter a un nouveau patron qui vient d’allonger 44 milliards de dollars américains pour acquérir un réseau social déficitaire que les analystes évaluent plus près des 25 milliards de dollars américains.

Incidence incertaine au Québec

Tout cela a des échos jusqu’au Québec. Twitter n’a pas officiellement de bureaux ici, mais deux de ses principaux dirigeants canadiens établis à Toronto ont été remerciés, en plus d’un bon nombre d’autres télétravailleurs répartis un peu partout au pays, y compris au Québec.

L’incidence chez nous du recentrage prévu par Meta sur l’intelligence artificielle, les courtes vidéos et le métavers est moins certaine. Les activités de Meta à Montréal orbitent essentiellement autour de la recherche et développement de technologies d’intelligence artificielle. Une partie de cette R-D est également liée au métavers, l’environnement virtuel immersif sur lequel le p.-d.g. Zuckerberg gage le futur de sa société.

Autrement dit, les employés de Meta à Montréal ne devraient pas trop s’inquiéter pour leur avenir proche. Des sources au sein de l’industrie montréalaise consultées par Le Devoir disent elles aussi n’avoir rien entendu de négatif relativement aux activités de Meta dans la métropole québécoise.

Ce qui inquiète davantage dans les technos montréalaises est une récente perte d’appétit des investisseurs pour un certain niveau de risque. Des investisseurs plus frileux espèrent revoir leur argent plus tôt que tard, ce qui force les entrepreneurs à adapter leurs plans en conséquence, explique Guillaume Lajoie, de Startup Montréal.

« On sent que le capital se fait plus rare, alors les start-up suppriment des postes et accélèrent la mise en marché de leur produit ou service, pour répondre aux attentes des investisseurs », dit-il.

Les professionnels en technologies qui seraient subitement en recherche d’emploi ne devraient pas trop s’en faire non plus, ajoute Guillaume Lajoie. Il manque toujours autant de main-d’oeuvre dans l’industrie pour pourvoir tous les postes vacants au sein d’entreprises financièrement plus stables. « En fait, si du talent est libéré par les grandes entreprises, ça pourrait même aider les start-up d’ici », conclut-il.

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