Longueuil s’oppose aux vols internationaux à Saint-Hubert

L’aéroport Montréal-Saint-Hubert ne souhaite pas « pousser » l’idée des destinations soleil avec autant de vigueur qu’auparavant.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’aéroport Montréal-Saint-Hubert ne souhaite pas « pousser » l’idée des destinations soleil avec autant de vigueur qu’auparavant.

Près d’un an après son élection, la mairesse de Longueuil prend position dans le délicat dossier d’Aéroport Montréal Saint-Hubert en se déclarant « fortement défavorable » à l’accueil de vols internationaux. Catherine Fournier veut plutôt faire de ce territoire un pôle en aéronautique d’envergure internationale pour faire de la recherche et du développement de technologies moins polluantes.

« On ne croit pas que [l’avenir de l’aéroport] se fasse en passant par le projet de développement de vols internationaux à bas prix avec de vieux avions. Ce n’est pas une vision à laquelle on souscrit », a tranché la mairesse Catherine Fournier lors d’un entretien avec Le Devoir à l’hôtel de ville de Longueuil, situé à un jet de pierre du premier aéroport canadien.

Sa position, elle le sait, sera perçue comme « une rupture » avec celles des administrations précédentes. Celles-ci appuyaient le désir de Développement aéroport Saint-Hubert de Longueuil (DASH-L), un organisme à but non lucratif propriétaire de l’aéroport, d’étendre ses activités en accueillant des vols internationaux.

Une volonté confirmée au printemps 2021 par DASH-L, qui a présenté les grands axes d’un plan de développement qui, outre les vols régionaux et nationaux, travaillaient sur une offre de vols internationaux, particulièrement vers les destinations soleil. L’objectif étant d’assurer ces liaisons grâce à la venue de compagnies aériennes à bas coût. Ni le plan de développement ni les études sur lesquelles il s’appuyait n’ont été rendus publics.

« Est-ce qu’il y a réellement un besoin de développer les vols internationaux à Longueuil ? Aucune étude ne le démontre. Et nous, on a besoin de données et d’informations pour prendre des décisions et pour développer des orientations. Il n’y a jamais eu d’études des répercussions économiques en matière d’emplois ou d’autres types de retombées », précise-t-elle.

Contre tout changement législatif

Qui plus est, légalement, l’aéroport de Saint-Hubert ne peut accueillir de vols internationaux. Un bail entre Transports Canada et Aéroports de Montréal (ADM) octroie leur exclusivité à ce dernier jusqu’en 2072. Et ADM s’est récemment prononcé contre tout changement législatif qui permettrait à Aéroport Montréal Saint-Hubert d’assurer des liaisons internationales.

Au sujet de l’opposition de la Ville aux vols internationaux, le directeur des communications de DASH-L, Bernard Gervais, avance que l’organisme a récemment révisé sa position. Sans mettre une croix sur les vols internationaux, l’aéroport ne souhaite pas « pousser » l’idée des destinations soleil avec autant de vigueur qu’auparavant.

M. Gervais estime que la demande des consommateurs dictera la position à prendre. « Si des gens prennent des vols régionaux, de Gaspésie par exemple, et qu’ils trouvent qu’un changement d’aéroport pour faire leurs liaisons vers les États-Unis pose problème, ils vont le dire et selon la demande, on verra. »

Attendue, la prise de position de la Ville fait suite à la publication cette semaine d’un premier rapport de l’Office de participation publique (OPPL) portant justement sur l’avenir de l’aéroport. Enchâssé dans la Charte de la Ville de Longueuil depuis juin, cet organisme indépendant a pour mission de sonder les résidents afin de formuler des recommandations.

On y apprend que la majorité des résidents de Longueuil ne s’oppose pas à l’augmentation du nombre de vols. Par ailleurs, la donne change lorsqu’on s’attarde aux commentaires et craintes formulés par les citoyens qui résident à proximité de l’aéroport. Des 8050 personnes ayant répondu à un questionnaire en ligne, 53 % résident dans l’arrondissement de Saint-Hubert, dont 61 % à moins de trois kilomètres de l’aéroport. Résultat : 54 % se disent défavorables à une augmentation de la circulation et 77 % anticipent des impacts environnementaux potentiels.

« Mais les gens ne sont pas fermés au développement de l’aéroport, a assuré la mairesse. Encore faut-il que le développement se fasse de façon responsable d’abord, avec une gouvernance transparente [de l’organisme qui gère l’aéroport]. »

Développer des appareils moins polluants

Elle confirme avoir un plan dans ses cartons pour la zone aéroportuaire. Son administration compte transformer cette dernière en un pôle d’innovation en aéronautique et en aérospatiale s’articulant autour de la recherche sur des appareils moins polluants, « un projet qui pourrait devenir le plus important de l’histoire de Longueuil ».

Pour lui donner un souffle, la municipalité compte s’appuyer sur les terrains qu’elle détient, qui dépassent les 400 000 m2. Elle est aussi en discussion pour acquérir des lots dont la superficie atteindrait 93 000 m2. Si les transactions se confirment, la Ville détiendra une superficie de terrain équivalant à 75 terrains de football en vue du développement de ce pôle.

C’est la conseillère Geneviève Héon qui présidera la table de travail, dont le mandat sera cette année d’élaborer un plan de développement de la zone aéroportuaire. Le but, c’est de faire « le maillage entre le milieu économique, celui de la recherche et l’innovation, et le milieu du savoir en général ». Longueuil n’exclut pas d’intégrer à ce pôle les organisations de la mobilité durable et intégrée, précise-t-elle.

« On se réjouit de la position de la Ville », a dit pour sa part Sylvain Lambert, directeur général du cégep Édouard-Montpetit et de l’École nationale d’aérotechnique (ENA), établissement qui offre des formations en avionique, en génie aérospatial et en maintenance d’aéronefs.

Déjà, les établissements qu’il dirige planchent sur le développement d’une zone d’innovation dans le secteur. Ils ont des projets avec Pratt & Whitney et Héroux-Devtek, déjà dans le secteur, mais également avec CAE, en lien avec la filière des avions électriques. « Il y a également l’Agence spatiale canadienne qui est là, avec qui on pourrait collaborer. L’idée ce serait de créer une zone d’innovation autour de nouvelles technologies et des avions verts, du développement d’appareils qui s’appuient sur de nouveaux carburants. »

Avec la volonté de la Ville, d’autres centres de recherche devraient se greffer prochainement au projet, comme l’ETS et l’Université de Sherbrooke, déjà présente à Longueuil.

Quant à la position de DASH-L au sujet d’une zone d’innovation ? « On serait 100 % derrière une initiative de la Ville qui irait en ce sens, a lancé Bernard Gervais. Que ce soit des projets allant dans le sens de l’électrification ou tout autre projet du genre, on est derrière ça. On ne peut pas être contre, c’est là que se trouve l’avenir de l’aviation. »

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