Appel à forcer la main du secteur financier en matière de climat

«Le secteur financier est une pièce manquante clé», selon Julie Segal.
Photo: Mlenny / Getty Images «Le secteur financier est une pièce manquante clé», selon Julie Segal.

Le secteur financier canadien a besoin de réglementations strictes pour l’inciter à agir en matière de changements climatiques, car l’action volontaire n’arrive pas assez vite pour respecter les obligations du pays.

C’est la conclusion que dressent des groupes comme Environmental Defence, Ecojustice et Shift: Action, qui ont présenté mercredi un rapport pressant le gouvernement fédéral d’exiger que les entreprises du secteur se dotent de plans climatiques « crédibles » — visant à limiter le réchauffement à 1,5 °C — et de soumettre ces derniers à l’évaluation des régulateurs.

Les banques et autres acteurs financiers se sont déjà engagés à atteindre des émissions nettes nulles d’ici 2050. Ils ont défini cette année des objectifs à plus court terme de réduction des émissions financées pour les secteurs à fortes émissions d’ici 2030, comme l’exige leur adhésion à la Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ), dirigée par Mark Carney.

Les environnementalistes soulignent cependant la décision prise la semaine dernière par l’alliance de se distancer discrètement d’un autre club climatique, la campagne Objectif zéro, soutenue par l’ONU, comme preuve que les engagements volontaires ne sont pas assez forts. La scission est survenue après que cette dernière eut introduit en juin des critères plus stricts concernant les réductions d’émissions et le financement des combustibles fossiles, ce qui a entraîné un recul de la part de nombreux acteurs et a finalement conduit GFANZ à ne plus exiger que ses membres fassent également partie d’Objectif zéro.

« Une lacune fondamentale »

Julie Segal, responsable principale du programme de financement climatique chez Environmental Defence, affirme que tout plan climatique crédible a un pic d’émissions d’ici 2025, alors que le secteur financier consacre encore trop d’argent à l’expansion de la production de combustibles fossiles.

« Nous avons besoin que le secteur financier s’aligne sur l’engagement climatique juridique actuel du Canada de maintenir le réchauffement en dessous de 1,5 degré. Et cela doit arriver maintenant », clame-t-elle.

Elle ajoute que les réglementations et la surveillance proposées pourraient être mises en oeuvre au sein des agences et des pouvoirs existants, tout en laissant à chaque institution la possibilité de décider de sa propre voie, mais les plans climatiques fédéraux actuels ne se concentrent pas suffisamment sur le secteur financier. « Le secteur financier est une pièce manquante clé, précise Mme Segal. Il s’agit d’une lacune fondamentale dans la politique climatique canadienne et d’un point vraiment central. »

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