Québec pense à resserrer la protection des terres agricoles

Les discussions du gouvernement se font à la suite de la construction, à Longueuil, d’un complexe agricole par GoodLeaf, dont les installations grugent 12 hectares d’excellentes terres agricoles.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les discussions du gouvernement se font à la suite de la construction, à Longueuil, d’un complexe agricole par GoodLeaf, dont les installations grugent 12 hectares d’excellentes terres agricoles.

La disparition d’excellentes terres cultivables à cause de la construction, à Longueuil, de la ferme verticale de GoodLeaf trouve écho à Québec. Le cabinet du ministère de l’Agriculture et des représentants de la Commission de protection du territoire agricole du Québec ont tenu des discussions pour trouver un moyen de préserver les sols agricoles de qualité tout en développant la filière serricole.

L’enjeu est de taille alors que le gouvernement veut en effet doubler les superficies de fruits et de légumes de serre sur une période de cinq ans, selon sa stratégie publiée en janvier 2021. Est-ce qu’on devrait baliser l’implantation de serres ou de fermes verticales en terres agricoles ? Si oui, est-ce que cela pourrait se faire en fonction de la qualité des sols cultivables où un projet veut s’implanter ? Toutes les possibilités sont envisagées, se contente-t-on de dire au ministère.

Ces discussions se font à la suite de la construction, à Longueuil, d’un complexe agricole par GoodLeaf, composé d’une ferme verticale, de stationnements et d’espace de manutention pour les camions. Les installations grugent 12 hectares d’excellentes terres agricoles.

Ces pertes ont suscité de vives réactions. D’autant plus que pour acquérir ces terres, Le Devoir révélait que les dirigeants de GoodLeaf ont créé une compagnie à numéro québécoise, dirigée et financée depuis l’extérieur de la province, alors qu’il est interdit à ce type de compagnies d’acheter en zone agricole.

« On ne peut tout simplement pas se permettre de gaspiller des terres agricoles, tranche Charles-Félix Ross, directeur général de l’Union des producteurs agricoles (UPA). C’est une bonne chose qu’il y ait des réflexions. Au Québec, on a environ 2,2 millions d’hectares en culture, ce qui représente moins de 2 % du territoire québécois. On doit tout faire pour protéger les bonnes terres agricoles. Plus que jamais, la terre, on va en avoir besoin pour nourrir le monde dans les années à venir. »

Des avenues sont envisageables pour assurer la cohabitation de l’agriculture traditionnelle et le développement de la filière serricole, selon lui : « Pourquoi ne donnerait-on pas aux serres qui s’installent en zone blanche — hors zone agricole — les [mêmes] avantages financiers qu’en zone agricole ? La question mérite d’être explorée, parce qu’à part le coût du terrain [qui est plus élevé en zone industrielle], ça réduirait les autres incitatifs qui les poussent à s’installer en territoire agricole. »

Michel Saint-Pierre abondait dans le même sens lors d’une récente entrevue. Le coprésident de l’Institut Jean-Garon, un groupe de réflexion québécois spécialisé en agriculture, soutenait que la filière serricole devrait occuper les terres les moins performantes, mais surtout inoccupées. Selon les estimations de l’Institut Jean-Garon, 40 % du territoire agricole protégé n’est pas exploité et des pans complets de régions sont en voie d’être désertés par leur agriculture.

GoodLeaf voulait s’installer en zone industrielle

D’ailleurs, avant de construire sur des sols cultivables et cultivés à Longueuil, GoodLeaf voulait s’installer en zone industrielle. En 2018, l’entreprise avait fait une promesse d’achat d’une valeur de 1,12 million de dollars, selon les informations obtenues par Le Devoir, pour un terrain situé dans l’Écoparc industriel de Saint-Bruno-de-Montarville.

Directeur financier de l’entreprise, Jeff McKinnon explique ainsi dans un courriel le désintérêt de GoodLeaf pour Saint-Bruno : « En 2019, après avoir exploré les opportunités d’expansion dans plusieurs villes canadiennes, nous avons décidé de recentrer notre stratégie et de renforcer plutôt notre marque dans les marchés existants de l’entreprise. »

À noter : le prix des terres agricoles s’est révélé moins élevé que celui en zone industrielle. Un exemple ? Le prix au m2 des terres était 10 fois moins cher à Longueuil (5,82 $/m2) qu’à Saint-Bruno (53,81 $/m2). GoodLeaf a acheté 38 hectares de terres agricoles à Longueuil pour 2,21 millions de dollars, non loin de l’aéroport Saint-Hubert.

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