Sommes-nous en train de voir la bulle immobilière exploser?

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Au Québec, le Mouvement Desjardins prévoit une correction totale des prix de 17 % d'ici la fin de 2023.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Au Québec, le Mouvement Desjardins prévoit une correction totale des prix de 17 % d'ici la fin de 2023.

Ce texte fait partie du cahier spécial Immobilier

Les premiers effets des augmentations successives du taux directeur par la Banque du Canada se font sentir sur le marché immobilier. Avec une chute des transactions et une hausse du nombre de propriétés à vendre, les prix ont déjà entamé leur baisse au Québec. Doit-on craindre l’explosion de la bulle immobilière ? Portrait de la situation.

Les prix ont déjà commencé à diminuer avec la baisse du nombre de ventes de propriétés, observe Hélène Bégin, économiste principale au Mouvement Desjardins. Contrairement aux autres provinces canadiennes, le Québec a atteint son pic des prix en avril plutôt qu’en février dernier. « Par la suite, on a connu de faibles diminutions, un peu chaque mois », pour se chiffrer à 5,5 % en septembre 2022 par rapport au sommet, calcule-t-elle.

La situation s’explique surtout par une chute de la demande due à l’incapacité des acheteurs de se qualifier pour l’acquisition d’une propriété, estime le directeur du service de l’analyse du marché à l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ), Charles Brant. « Il est certain qu’avec des niveaux de prix aussi élevés et des taux d’intérêt qui remontent vite, le pouvoir d’achat des ménages est réduit », constate-t-il.

Des baisses de prix moins grandes qu’ailleurs au Canada

Au Canada, certaines municipalités s’exposent à une bulle immobilière. La banque suisse UBS a d’ailleurs listé Toronto au premier rang de son palmarès mondial des villes qui sont à risque, alors que Vancouver figure en sixième position.

Les marchés les plus sujets à une telle correction sont ceux qui ont connu le plus d’excès de surenchères, explique Mme Bégin. Hors Québec, les prix moyens ont par ailleurs baissé : environ 15 % en Ontario et près de 10 % en Colombie-Britannique. Le Mouvement Desjardins prédit que la chute des prix se poursuivra pour atteindre 23 % au Canada d’ici la fin de 2023. « Les marchés sont déjàquand même pas mal corrigés. Ils vont continuer à le faire à un rythme un peu moins rapide », avance l’économiste.

Au Québec, le Mouvement Desjardins prévoit une correction totale des prix de 17 %. « C’est du sérieux », résume Mme Bégin, qui précise que les prix n’ont pas baissé dans la province depuis une vingtaine d’années. La chute des prix sera plus importante dans les endroits où la surenchère a été plus présente, comme le Grand Montréal, l’Outaouais et l’Estrie.

Toutefois, la correction des prix sera moins sévère au Québec qu’ailleurs au pays, croit M. Brant. « Les prix sont quand même relativement moins élevés que ceux que l’on voit dans les autres provinces », dit-il.

Un marché plus équilibré, mais inabordable

 

Alors que les propriétaires avaient le gros bout du bâton au cours des dernières années, les acheteurs commencent enfin à avoir un certain pouvoir de négociation.

Le marché reste tout de même encore à l’avantage des vendeurs, croit M. Brant, qui observe néanmoins un processus de rééquilibrage rapide. « Les clients peuvent de plus en plus imposer une inspection du bâtiment, demander une promesse d’achat conditionnelle à du financement. Les gens sont moins enclins à acquérir des propriétés sans garantie légale », explique-t-il.

« On est presque à l’équilibre », résume de son côté Mme Bégin. « En début d’année, il y avait souvent 15, 20, voire 30 acheteurs pour la même maison. Là, ce n’est plus ça du tout », même si les propriétés continuent tout de même de se vendre « relativement bien », observe-t-elle. Elle précise toutefois que l’acquisition d’une maison reste « inabordable » partout au pays, incluant au Québec.

L’économiste prévoit d’ailleurs que la Banque du Canada haussera de nouveau son taux directeur cet automne, et peut-être cet hiver, avant une stabilisation des taux d’intérêt. « Si l’économie canadienne tombe en récession, on pourrait assister à une diminution des taux d’intérêt à compter de la fin de 2023. L’abordabilité, à ce moment-là, pourrait être un peu meilleure », avance Hélène Bégin.

Les propriétaires actuels n’ont pas à craindre la forte correction des prix, précise-t-elle. « Ça semble épouvantable que les prix chutent de 17 % au Québec. Mais même avec une telle baisse, le prix des propriétés à la fin de 2023 va être supérieur, et de loin, au niveau prépandémique », dit l’économiste.

Toutefois, certains propriétaires qui ont fait l’acquisition d’une maison en surenchère durant la crise sanitaire, qui sont endettés et qui sont forcés de revendre rapidement, pourraient être à risque de perdre de l’argent. « Ça, c’est la pire des situations. Par contre, pour les gens qui ont acheté il y a quelques années, avant la pandémie, même si les prix baissent de 17 % au Québec, ils vont quand même avoir fait un gain important. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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