Choisir une hypothèque, un vrai casse-tête !

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Plusieurs raisons pourraient pousser un propriétaire à mettre fin à son hypothèque avant terme, d’où l’intérêt de bien regarder les clauses et les pénalités.
Getty Images Plusieurs raisons pourraient pousser un propriétaire à mettre fin à son hypothèque avant terme, d’où l’intérêt de bien regarder les clauses et les pénalités.

Ce texte fait partie du cahier spécial Immobilier

Plusieurs futurs acheteurs et propriétaires existants se questionnent aujourd’hui sur la meilleure hypothèque à choisir, constatent des experts, alors que la Banque centrale continue à relever ses taux et que le spectre d’une récession plane sur l’économie canadienne et le marché immobilier.

« Où est-ce que ça va s’arrêter ? » C’est la question qui revient le plus souvent dans le bureau de Jean-Philippe Fortin, autant de la part des nouveaux clients que de ceux existants. Le courtier hypothécaire pour le cabinet Groupe Gestion hypothécaire et associés chez Consortium Hypothécaire peut seulement leur répondre qu’il n’y a pas de limite à la hausse de taux. « C’est du jamais vu, les augmentations qu’on a vues au cours de 2022 », indique-t-il.

Depuis mars, la Banque du Canada a procédé à six hausses, faisant passer son taux directeur de 0,25 % à 3,75 %. D’autres augmentations pourraient également survenir d’ici le début de l’année 2023.

Certains clients craignent le scénario où les taux remonteraient autour de 20 % comme il y a 40 ans. Toutefois, la hausse actuelle des tauxne devrait pas inquiéter les acheteurs, croit Dominic Paquette, planificateur financier et président de Partenaire-Conseils Groupe financier. « On est loin du 18 % ou du 20 % qu’on a vécu dans les années 1980 », dit-il.

Un taux fixe ou variable ?

Avec la hausse des taux, vaut-il mieuxprotéger son budget en choisissant un taux fixe ou opter pour un taux variable en espérant qu’il soit revu à la baisse éventuellement ?

« C’est la question à un million de dollars qu’on se fait beaucoup poser depuis plusieurs mois. Il n’y a pas de bonne réponse parce que chaque client a son profil, sa tolérance au risque, des objectifs différents », explique M. Fortin.

Si le taux variable peut changer, le taux fixe comporte tout de même des risques de son côté, estime le courtier hypothécaire. Changement d’emploi, séparation, déménagement, plusieurs raisons pourraient pousser un propriétaire à mettre fin à son hypothèque avant terme. « Les pénalités pour briser une hypothèque à taux fixe sont beaucoup plus élevées que les trois mois d’intérêt de celle avec un taux variable », résume-t-il. Il précise que les clauses ne sont pas les mêmes selon les prêteurs.

M. Fortin recommande donc des’attarder aux avantages et aux inconvénients de chaque produit. Il ajoute également que des baisses de taux pourraient éventuellement avoir lieu après les hausses successives. « Il n’y a rien d’assuré là-dedans, mais les économistes parlent beaucoup de récession », avance-t-il.

À ceux qui préféreraient le taux variable, M. Paquette conseille de son côté de payer plus que le montant imposé par la banque. Ainsi, un propriétaire dont l’hypothèque serait de 1700 $ par mois pourrait choisir de hausser son paiement à 2000 $. Il rembourserait alors plus de capital lorsque les taux sont plus bas et protégerait du même coup son budget d’une éventuelle hausse des taux. « Il est démontré que, à long terme, souvent, quelqu’un qui opte pour un taux variable et qui ne change pas de stratégie en cours de route va être gagnant », ajoute-t-il.

Renouveler tout de suite ou attendre ?

À force de voir les taux monter depuis le début de l’année, certains propriétaires pourraient être tentés de renouveler leur hypothèque avant terme afin d’éviter une potentielle hausse de taux. Dans plusieurs cas, cette stratégie serait pénalisante, estime M. Paquette.

Il cite en exemple la situation d’un propriétaire qui aurait choisi son taux il y a deux ans pour un terme de cinq ans. « Si vous l’avez pris en 2020, vous avez un taux d’intérêt qui est faible, possiblement très compétitif. Si vous renouvelez maintenant pour éviter une hausse plus tard, vous allez payer beaucoup plus cher au cours des prochaines années », illustre le planificateur financier.

M. Fortin abonde dans le même sens. « Si un client a un taux de 2,5 % et qu’il passe à un taux de 5,5 % ou de 6 %, est-ce que ça vaut la peine de payer sa pénalité et d’aller chercher un taux plus élevé tout de suite ? Parce que si, finalement, les taux stagnent ou baissent un peu d’ici son échéance, il va avoir payé une pénalité pour rien et avoir un taux plus élevé en tant que tel », met-il en garde.

Garder des liquidités

 

Certains propriétaires pourraient également être tentés de s’acquitter le plus possible de leur prêt hypothécaire, à défaut de garder des liquidités. M. Paquette suggère aux gens de regarder l’ensemble de leur situation avant de prendre une décision.

Si le propriétaire estime que le fait de rembourser sa maison est « une bonne chose en soi », tout est « une question d’équilibre ». Ainsi, un particulier gagnerait à mettre en place un fonds d’urgence et de cotiser à un REER pour payer moins d’impôts. « Et si on a un pépin, une maladie, une perte d’emploi, un événement majeur pour lequel on a besoin d’avoir des liquidités, je vous garantis qu’il est fort possible que votre banque vous dise non », prévient-il.

Le planificateur financier encourage la population à « garder confiance à long terme ». « Souvent, les gens vont se précipiter, mais la sécurité a un prix à payer. Il faut que vous soyez vraiment convaincu que c’est le bon choix à faire. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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