La hausse des taux d’intérêt laisse de plus en plus présager une récession

La Banque du Canada à Ottawa
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La Banque du Canada à Ottawa

Et un autre tour de vis. La Banque du Canada a augmenté de nouveau son taux directeur mercredi. Ce frein aux investissements pourrait plonger le pays en récession, et de plus en plus d’observateurs critiques s’en inquiètent. Les gouvernements tentent de se faire rassurants. Comme prévu, la Banque du Canada a relevé son taux directeur d’un demi-point de pourcentage. Depuis mars, elle l’a fait passer de 0,25 % à 3,75 %, ce qui en fait l’un des cycles de resserrement monétaire les plus rapides de son histoire.

En jugulant ainsi l’accès au crédit, la banque centrale bride l’économie pour que s’arrête l’inflation galopante. « La Banque prévoit un ralentissement de la croissance du PIB, qui devrait passer de 3,25 % cette année à tout juste en deçà de 1 % l’année prochaine, et à 2 % en 2024 », a-t-elle indiqué dans sa mise à jour.

Que les nouveaux taux directeurs en soient la cause ou non, l’inflation au Canada a déjà commencé à retomber, après 10 mois consécutifs d’augmentation. La montée des prix des produits de base est passée de 8,1 % à 6,9 % au cours des trois derniers mois. Les prix des aliments, en revanche, ont augmenté de 11,4 % d’une année sur l’autre, le rythme le plus rapide depuis août 1981.

La Banque du Canada entrevoit que l’augmentation du coût de la vie ralentira à 3 % d’ici la fin de 2023, avant de revenir à sa cible de 2 % en 2024. À son arrivée aux Communes, le premier ministre Justin Trudeau a tenté de se faire rassurant devant des prix qui continuent de gonfler et une économie qui ralentit.

Son projet de loi C-30 doit faire doubler le crédit d’impôt pour la TPS et ainsi retourner 2,5 milliards de dollars dans les poches de 11 millions de ménages. Un deuxième texte législatif, le projet de loi C-31, entraînerait l’envoi d’un chèque de 500 $ aux locataires qui paient des loyers trop chers, en plus d’offrir une prestation dentaire pour les soins des enfants de moins de 12 ans. « Nous offrons le type de soutien qui fera une énorme différence », a-t-il brièvement dit aux journalistes. Le premier ministre François Legault a lui aussi rappelé l’aide financière de son gouvernement, dans le contexte où « la situation économique se détériore ».

En point de presse, il a réaffirmé que son gouvernement voulait plafonner à 3 % toute hausse éventuelle des tarifs gouvernementaux, comme le coût du renouvellement du permis de conduire, les droits d’immatriculation, la facture d’Hydro-Québec, les frais de garde, etc. En parallèle, comme promis en campagne électorale, il prévoit expédier un chèque de 600 $ aux personnes ayant un revenu inférieur à 50 000 $ et de 400 $ à celles qui gagnent entre 50 000 $ et 100 000 $. Les Québécois de 70 ans et plus devraient aussi recevoir un chèque de 2000 $.

Les critiques fusent

 

Les oppositions sur la colline du Parlement ont vertement critiqué la décision de la Banque du Canada, craignant que le remède (la récession) ne soit pire que la maladie (l’inflation). « Beaucoup trop de Canadiens sont au bord de la faillite, et cette nouvelle augmentation ne fera que les en rapprocher davantage », a clamé Pierre Poilievre, chef du Parti conservateur du Canada.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a plutôt accusé le gouvernement de laisser la banque centrale s’occuper seule de l’inflation. « À l’heure actuelle, les profits des grandes entreprises augmentent deux fois plus vite que l’inflation, mais les salaires des travailleuses et travailleurs ne suivent pas. Au cours des six derniers mois, le gouvernement libéral a passé plus de temps à se féliciter lui-même qu’à lutter contre l’inflation », a-t-il condamné par voie écrite.

Tant s’en faut, la Banque du Canada ayant prévenu la population que cette hausse du taux directeur ne serait pas la dernière. Plusieurs économistes estiment qu’un taux de 4 % pourrait être atteint lors de la prochaine mise à jour, prévue le 7 décembre.

Ce taux reste encore bien loin du sommet de 20 % atteint en 1981, souligne l’économiste Stephen Gordon, du Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l’emploi. « Les taux d’intérêt qu’on avait dans les années 2000 étaient anormalement bas. Dans une certaine mesure, les taux qu’on voit aujourd’hui, c’est un peu un retour à la normale. »

Avec Marie Vastel et La Presse canadienne

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