Le Québec se prépare à l’arrivée des camions lourds électriques

Des camions électriques étaient à l’essai mardi à Mirabel.
Alain McKenna Le Devoir Des camions électriques étaient à l’essai mardi à Mirabel.

Hasard du calendrier, Hydro-Québec et l’Institut du véhicule innovant (IVI) ont tous deux choisi la journée de mardi pour tenir chacun de leur côté un événement visant à convaincre les entreprises d’électrifier leurs flottes de véhicules lourds. Si le moment choisi est anecdotique, la cible l’est moins : les camions lourds sont les plus gros producteurs de gaz à effet de serre sur roues.

Et contrairement à ce qu’on peut penser, la plupart des camions lourds peuvent être électrifiés sans perte d’efficacité pour l’exploitant, assure le directeur de l’IVI, François Adam. « Les véhicules lourds électriques sont un moyen réaliste de décarboner » le camionnage, a-t-il affirmé au Devoir en marge d’une journée de formation qui réunissait quelques dizaines de représentants du secteur . « Au Québec, environ 60 % des déplacements que font ces véhicules ont lieu en situation urbaine dans un rayon de moins de 160 kilomètres par jour. »

Les poids lourds sont les véhicules qui émettent le plus de gaz à effet de serre (GES) de tout le secteur québécois du transport, qui est par ailleurs le plus important générateur de pollution atmosphérique dans la province. Pour atteindre ses cibles de réduction des GES, le Québec a intérêt à cibler ce secteur, qui est en quelque sorte le plus polluant parmi les plus polluants.

Comme on peut le soupçonner, vu la popularité montante des véhicules électriques, la curiosité des entreprises est grande et les questions, nombreuses. Mais ces dernières mettent vite en évidence ce qui semble devenir le principal écueil de l’électrification des transports, tant souhaitée par le gouvernement québécois. « Le plus gros problème est le manque d’infrastructures, poursuit François Adam. On a besoin de bornes de recharge destinées aux véhicules lourds. Il faut aussi mieux expliquer la technologie aux gestionnaires de parcs de véhicules en entreprise pour les amener à prendre la bonne décision. »

Avec des journées comme celle de mardi, l’IVI amorce une campagne d’information qui devrait s’étaler sur trois ans. L’institut installé à Saint-Jérôme choisira ensuite une trentaine d’entreprises avec lesquelles bâtir des plans d’électrification sur mesure, qui serviront ensuite de cas d’étude. Une troisième et dernière étape consistera à prêter des camions électriques pendant 30 jours à ces entreprises afin de déterminer la faisabilité de l’électrification de leur propre flotte.

Le programme est financé par le ministère de l’Environnement, qui a remis 1,2 million de dollars à l’IVI en 2021 dans le cadre de son programme Action-Climat.

Le projet prendra encore quelques années avant d’arriver à terme, d’autant que les cibles de décarbonation du transport lourd sont plus lointaines que celles du reste du secteur. À partir de 2035, seuls des véhicules légers à zéro émission pourront être vendus au Canada. Pour les poids lourds, l’échéance est de 2040, et encore là, la mesure ne s’appliquera pas à tous les types de véhicules.

Une première station de recharge pour camions à Laval

À 20 minutes d’autoroute d’où l’IVI laissait quelque 70 participants piloter pour une première fois un camion électrique signé Lion, Peterbilt ou Volvo, Hydro-Québec inaugurait justement mardi à Laval une station de recharge conçue pour accueillir ces véhicules surdimensionnés et leurs remorques.

Là encore, cette station fait partie d’un projet pilote visant à déterminer les usages des camions lourds électriques et les comportements des propriétaires.

La société d’État se fixe comme objectif de construire entre 15 et 20 stations à travers la province d’ici 2024. « Notre objectif est de stimuler l’essor du transport électrique, explique par communiqué France Lampron, directrice du développement des offres énergie et mobilité chez Hydro-Québec. Les prochaines années verront de nombreux types de véhicules électriques arriver sur nos routes. Nous avons l’intention d’être au rendez-vous en matière de recharge afin de donner l’impulsion nécessaire au marché. »

La prochaine station de recharge pour camions devrait être, selon un porte-parole de la société d’État, « à l’autre bout de l’autoroute 20 » — dans la région de Québec, donc. Laval a été choisie pour accueillir la première, car la Ville utilise déjà des véhicules électriques : elle représente ainsi ce qui pourrait devenir la norme d’ici 2040 dans bien d’autres municipalités.
 



Une version précédente de ce texte, qui indiquait que les poids lourds émettent près des deux tiers des gaz à effet de serre du secteur québécois du transport, a été modifiée.

 

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