L’inflation ralentit encore au pays

Si globalement la hausse des prix ralentit, ce n’est pas le cas pour les produits alimentaires (+11,4%). Le coût de la viande a par exemple augmenté de 7,6% en un an.
Photo: David Afriat Archives Le Devoir Si globalement la hausse des prix ralentit, ce n’est pas le cas pour les produits alimentaires (+11,4%). Le coût de la viande a par exemple augmenté de 7,6% en un an.

L’inflation a ralenti pour un troisième mois d’affilée au Canada, mais sa banque centrale n’en a probablement pas encore terminé avec ses hausses de taux d’intérêt.

L’indice des prix à la consommation (IPC) avait augmenté de 6,9 % en un an le mois dernier, a rapporté mercredi Statistique Canada. C’était un peu plus que s’y attendait le choeur des analystes (6,7 %), mais cela poursuivait néanmoins une tendance à la baisse amorcée après le sommet de 8,1 % au mois de juin, à raison d’un taux de 7,6 % en juillet et de 7 % en août.

Comme les deux mois précédents, le principal facteur responsable de ce ralentissement a été la diminution des prix de l’essence (-7,4 % en septembre) à la faveur de l’augmentation de l’offre mondiale de pétrole brut. Cela a contribué à réduire la hausse des prix sur 12 mois de 22,1 % à 13,2 %.

Malheureusement, le prix des aliments a continué, pour sa part, à augmenter, la facture du panier d’épicerie affichant désormais une hausse de 11,4 % en un an, du jamais vu depuis août 1981. Généralisé, ce phénomène s’est observé aussi bien du côté de la viande (+7,6 %) que des produits laitiers (+9,7 %), de la boulangerie (+14,8 %) et des légumes frais (+11,8 %). On le doit, explique Statistique Canada, entre autres aux conditions météorologiques défavorables, à l’augmentation du prix des intrants, comme les engrais et le gaz naturel, ainsi qu’à l’instabilité géopolitique découlant de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Du côté du logement, le relèvement des taux d’intérêt par la Banque du Canada a contribué à ralentir le marché immobilier et, par le fait, la hausse des coûts associés au prix des logements neufs, de 8,4 % en août à 7,7 % le mois dernier. Il s’est toutefois traduit aussi par la plus forte augmentation du coût des intérêts hypothécaires en un mois (+2,8 %) depuis 1971.

Le prix des meubles (+13,3 %) a aussi pesé dans la balance, rapporte Statistique Canada, tout comme celui des véhicules automobiles (+8,4 %) qui, dans ce dernier cas, a notamment fait les frais de « la pénurie continue de puces à semi-conducteur ».

Salaires et tendances lourdes

Pendant ce temps, la croissance annuelle du salaire horaire moyen (+5,2 %) est demeurée inférieure à celle du coût de la vie (6,9 %) au Canada. Au Québec, les deux mesures ont été identiques le mois dernier, soit une augmentation de 6,5 % sur 12 mois, alors que le mois d’avant, c’est l’inflation qui avait été la plus élevée (7,1 % contre 6,9 %), et qu’en juillet, cela avait été le contraire (+7,3 % d’inflation et +8,1 % pour les salaires).

À 6,9 %, l’inflation au Canada se révèle bien inférieure à ce que l’on observe aux États-Unis (8,2 %), dans la zone euro (9,9 %) ou au Royaume-Uni (10,1 %), a fait remarquer dans une brève analyse l’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter.

Elle reste néanmoins beaucoup trop élevée par rapport à la fourchette cible d’inflation de la Banque du Canada, qui va de 1 % à 3 % pour que l’institution puisse avoir l’esprit tranquille. Presque les deux tiers des quelque 700 produits et services qui entrent dans la composition de l’IPC affichent une hausse de prix supérieure à 5 %, constataient mardi les analystes du Mouvement Desjardins Royce Mendes et Tiago Figueiredo. On arrive au même constat même lorsque l’on exclut de l’IPC les éléments les plus volatils que sont les aliments et l’énergie (5,4 %), ou que l’on considère la moyenne des deux différentes mesures de l’inflation fondamentale désormais privilégiées par la Banque du Canada qui a à peine reculé de 5,2 % à 5 % depuis le mois de juin.

Hausses de taux d’intérêt à venir

Pensant d’abord avoir affaire à un phénomène transitoire, les banques centrales sont longtemps restées sans bouger devant l’escalade du coût de la vie. Mais depuis mars, la Banque du Canada a brusquement relevé son taux directeur, de 0,25 % à 3,25 %, afin d’augmenter le coût du crédit et freiner la demande des consommateurs et des entreprises. Le resserrement des politiques monétaires au Canada et à l’étranger ne va toutefois pas sans peser sur les perspectives économiques et faire planer le spectre de la récession.

Mercredi prochain, la Banque du Canada doit procéder à une nouvelle annonce sur ses taux d’intérêt en plus de mettre à jour son portrait de la situation économique.

« Les développements positifs sur le front de l’inflation et la modération significative du rythme de l’économie suggèrent que les pressions sur les prix seront moins fortes dans les mois à venir », ont estimé Matthieu Arseneau et Alexandra Ducharme, de la Banque Nationale.

Cela n’empêchera pas la banque centrale de procéder à une nouvelle hausse « d’au moins 75 points de base la semaine prochaine » de son taux directeur pour le porter à 4 %, prédisent Royce Mendes et Tiago Figueiredo. « La persistance de l’inflation signifie que le travail de la Banque du Canada n’est pas encore terminé. Son plus récent sondage auprès des consommateurs a révélé une accélération des attentes d’inflation à court terme, ce qui préoccupe les décideurs, même si les attentes à long terme demeurent relativement ancrées. »

À la Nationale et à la Royale, on s’attend à ce que la banque centrale canadienne arrive, d’une manière ou d’une autre, à un taux directeur de 4 % d’ici la fin de l’année.

Douglas Porter, de la Banque de Montréal, comme Karyne Charbonneau, de la CIBC, croient, comme leurs confrères du Mouvement Desjardins, qu’on arrivera à ce point dès la semaine prochaine, après quoi il y aurait encore une autre hausse de 25 points avant la fin de l’année. « La Banque du Canada n’a de toute évidence pas encore abattu le dragon de l’inflation », a observé Karyne Charbonneau.

Avec La Presse canadienne

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