Le Tesla du camion de livraison est canadien

L’usine pilote de Vicinity Motor Corp., située à environ une heure de route de Vancouver, a une capacité d’assemblage de 500 véhicules par année. Une deuxième usine devrait bientôt ouvrir pour répondre à la demande.
Photo: Vicinity Motor L’usine pilote de Vicinity Motor Corp., située à environ une heure de route de Vancouver, a une capacité d’assemblage de 500 véhicules par année. Une deuxième usine devrait bientôt ouvrir pour répondre à la demande.

On les croise partout sur la route. Ils sont responsables du tiers des émissions polluantes du secteur canadien du transport. Ils étaient les grands négligés du virage électrique de l’industrie… jusqu’à maintenant. Avec son premier camion électrique, Vicinity Motors Corp. souhaite changer la donne.

L’entreprise, d’Aldergrove en Colombie-Britannique, a inauguré la semaine dernière la prise de commandes pour son VMC 1200, un camion commercial de classe 3, considérée comme une « classe moyenne », quelque part entre une grosse camionnette et un semi-remorque. Ça a démarré sur les chapeaux de roues, sans jeu de mots : le plus important gestionnaire de camions de livraison sous-traitant pour Purolator en Colombie-Britannique a immédiatement confirmé l’achat de 1000 véhicules.

La promesse est plus que tentante : vendu à partir de 150 000 $, le VMC 1200 promet une autonomie d’un peu plus de 240 kilomètres lorsque pleinement chargé. Une version dont l’autonomie est supérieure à 300 kilomètres par charge est aussi offerte. Dans les deux cas, il est possible de brancher le véhicule à une borne de niveau 1, 2 ou 3, cette dernière permettant d’effectuer une recharge rapide en 20 minutes à peine.

Le VMC 1200 est assujetti en Colombie-Britannique à un incitatif d’aide à l’achat de 40 000 $, puis à un second incitatif fédéral d’un montant équivalent. Résultat : l’acheteur ne paie qu’environ la moitié du prix de détail, ce qui rend son nouveau véhicule plus abordable qu’un camion de même format au moteur diesel, ou même au gaz naturel.

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C’est, en kilomètres, l’autonomie du VMC 1200 lorsqu’il est pleinement chargé. Avec des bornes de niveau 3, il est ensuite possible de le recharger en 20 minutes.

« Pour une société de livraison typique, c’est quelque chose comme 1000 $ en carburant chaque mois qu’elle n’a plus à payer » en passant à l’électrique, explique en entrevue au Devoir le p.-d.g de Vicinity Motor, William Trainer. Naturellement, l’aide gouvernementale à l’achat a un effet décisif pour accélérer l’adoption par les entreprises de ce type de véhicules commerciaux, ajoute M. Trainer.

Premiers en Amérique du Nord

Vicinity Motor a un autre atout dans sa manche pour se tailler une place dans le marché nord-américain du transport : peu de constructeurs, sinon aucun autre constructeur, vendent à l’heure actuelle des véhicules comme les siens, qui ont été entièrement conçus à partir d’un groupe électrique.

William Trainer et son vice-président responsable des ventes, John LaGourgue, également au bout du fil durant l’entrevue, s’esclaffent quand on leur dit qu’ils sont peut-être en train de devenir le Tesla du camion commercial intermédiaire. Ils redeviennent rapidement sérieux. « Il y a des préparateurs qui font des conversions électriques, mais nous sommes vraiment les premiers à offrir un camion comme le nôtre et à avoir passé les étapes des tests et de la certification [auprès des autorités] », assurent-ils.

Il se vend annuellement 400 000 camions de classe 3 au Canada et aux États-Unis. Le potentiel d’électrification est grand pour ce petit constructeur canadien. Son usine pilote, située à environ une heure de route de Vancouver, a une capacité d’assemblage de 500 véhicules par année, ce qui est bien insuffisant pour combler les attentes. Une seconde usine, dont la capacité sera de 10 000 exemplaires par année et qui sera située dans l’État de Washington, un peu au sud de l’endroit où le siège social de Vicinity Motors se trouve, devrait entrer en activité incessamment.

La prochaine étape pour Vicinity Motor est de trouver des représentants d’un océan à l’autre. Le constructeur est présent en Ontario et souhaite percer le marché québécois aussi tôt que possible. Une fois la commercialisation du VMC 1200 en route, un camion un peu plus costaud de classe 5 est dans les plans.

Les dirigeants de Vicinity Motor voient d’un bon oeil ce que leurs homologues chez Lion électrique sont en train d’accomplir à partir de Saint-Jérôme, au nord de Montréal. Les deux constructeurs illustrent bien les gains potentiels que l’industrie canadienne du transport pourra faire partout sur le continent si elle parvient à mettre sur la route rapidement et en nombre suffisant des véhicules zéro émission. Le gouvernement fédéral a d’ailleurs répété à plus d’une reprise sa volonté de renforcer cette industrie en aidant des constructeurs comme Lion et Vicinity Motor.

Les deux entreprises ne sont pas des rivales, précise d’ailleurs William Trainer, étant donné que Lion se spécialise dans des camions électriques plus imposants, de classe 7 et 8 plus. Lion fabrique par ailleurs des autobus scolaires électriques. Vicinity Motor produit lui aussi des autobus, mais il s’agit plutôt de navettes de taille intermédiaire destinées au marché municipal ou commercial. On trouve d’ailleurs des exemplaires de son autobus Lightning EV à l’aéroport Billy Bishop de Toronto.

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