Les banques canadiennes carburent aux actifs polluants

Le poids d’émissions polluantes financées par les banques canadiennes représente 2,6 fois le poids carbone total du Canada.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse Le poids d’émissions polluantes financées par les banques canadiennes représente 2,6 fois le poids carbone total du Canada.

Les institutions bancaires canadiennes font piètre figure au chapitre climatique, démontre Oxfam-Québec dans un nouveau rapport. Si les huit principales banques canadiennes formaient un pays, celui-ci serait le cinquième émetteur de gaz à effet de serre dans le monde, révèle l’organisme, qui appelle le gouvernement à réglementer le secteur pour forcer celui-ci à réduire son empreinte environnementale.

Dans un nouveau rapport réalisé en collaboration avec l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) et la firme Carbon4 Finance, l’organisme à but non lucratif Oxfam-Québec s’est intéressé à l’ampleur de la pollution produite grâce au soutien financier des banques canadiennes. Résultat : lorsqu’on étudie l’ensemble des actifs des huit grandes banques canadiennes, on se rend compte que ceux-ci ont servi à financer l’équivalent de près de deux milliards de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2020.

« Spontanément, quand on pense aux responsables de la pollution, on pense au secteur pétrolier ou à celui des transports, mais il ne faut pas oublier la responsabilité de ceux qui les financent », souligne Catherine Caron, coordonnatrice à Oxfam-Québec.

« Les banques sont un acteur incontournable de la transition, ajoute-t-elle. Au Canada, le poids d’émissions polluantes qu’elles financent représente 2,6 fois le poids carbone total du Canada. C’est à la fois décourageant et porteur d’espoir. Cela veut dire que si on met nos énergies à faire changer ce secteur, l’impact sur l’empreinte carbone sera gigantesque. »

Très loin de la carboneutralité

 

« Derrière chaque projet polluant, il y a une banque qui l’a financé. Mais derrière chaque projet d’avenir aussi. Alors ça aussi, on l’a calculé sous forme d’émissions économisées », souligne Mme Caron. Ces « émissions économisées » sont le résultat du financement versé par les banques dans des projets d’efficacité énergétique, d’énergies renouvelables ou encore de capture du carbone.

Lorsqu’on compare les « émissions économisées » des différentes institutions bancaires par rapport à celles qu’elles financent, les premières sont loin d’être équivalentes aux secondes, note Hubert Rioux, chercheur à l’IREC et auteur principal du rapport.
 

Par exemple, à la Banque Royale du Canada, pour 100 tonnes de GES financées, seulement 7 tonnes sont économisées grâce aux projets d’efficacité énergétique financés. Sur ce plan, c’est la Banque Laurentienne qui est le plus à la traîne parmi les banques canadiennes, alors que pour l’équivalent de 100 tonnes de GES financées, moins de 4 tonnes sont économisées.

Pour qu’on atteigne la carboneutralité, les émissions économisées doivent être équivalentes à celles financées. « Or, aucune banque n’a un ratio supérieur à 10 %. Autrement dit, aucune des huit grandes banques canadiennes n’a fait ne serait-ce qu’un dixième du chemin vers la carboneutralité », explique M. Rioux.

« Si on attend que chaque institution fasse des efforts de manière volontaire, ça n’arrivera pas assez vite pour limiter le réchauffement climatique », indique Mme Caron. C’est pourquoi Oxfam-Québec demande aux pouvoirs publics d’élaborer un cadre réglementaire pour la finance durable.

Entre autres, l’organisme demande que les banques aient l’obligation de publier d’ici 2025 un plan d’action visant l’atteinte de la carboneutralité de leurs portefeuilles en 2050 — qui détaillerait de manière précise les moyens d’y arriver — et que les gouvernements instaurent des normes claires pour réglementer les produits financiers considérés comme « verts », durables ou responsables.

Oxfam-Québec plaide aussi pour l’adoption du projet de loi fédéral sur la finance alignée sur le climat (S-243), déposé au printemps dernier par la sénatrice indépendante Rosa Galvez.

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