Le retard en environnement pourrait compromettre des années de progrès économiques et sociaux

Plus d’une quinzaine d’organisations patronales, financières, environnementales, syndicales et professionnelles ont convenu de 54 indicateurs de performance.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plus d’une quinzaine d’organisations patronales, financières, environnementales, syndicales et professionnelles ont convenu de 54 indicateurs de performance.

Le Québec a réalisé, au fil des ans, d’importants progrès sur le plan économique et social, en plus de généralement faire mieux que le reste du Canada, constate un rassemblement d’organismes de la société civile sur la base de plus d’une cinquantaine d’indicateurs de bien-être. Mais c’est en matière environnementale que les choses se gâtent, remarquent-ils, et qu’on risque de tout compromettre, y compris les anciennes avancées.

Réunies au sein du G15+, plus d’une quinzaine d’organisations patronales, syndicales, financières, environnementales et professionnelles ont convenu, avec l’aide d’experts, de 54 indicateurs de performance qui vont au-delà des habituelles mesures du produit intérieur brut (PIB) ou du taux de chômage. Une première version de leurs Indicateurs du bien-être avait déjà été dévoilée en janvier, et c’est avec une deuxième version, couvrant une période prolongée et comprenant des comparaisons avec l’Ontario et la moyenne canadienne, qu’elles sont arrivées mardi.

Remontant, dans certains cas, jusqu’au milieu des années 1970, 11 des 17 indicateurs économiques retenus révèlent une nette amélioration de la situation au Québec, contre seulement deux qui se sont détériorés. Des gains ont notamment été observés en ce qui a trait au PIB par habitant (+60 % entre 1976 et 2019), aux taux d’emploi (+30 %), au revenu disponible des ménages (+67 % entre 1981 et 2020) et à la productivité.

En matière sociale, 12 des 22 indicateurs considérés affichent également un net progrès, et seulement deux des reculs. On observe entre autres une diminution de la pauvreté, un déclin des inégalités, une réduction de la criminalité, une augmentation de l’espérance de vie et une hausse du soutien aux organismes publics.

Le péril environnemental

 

Le Québec fait aussi généralement bonne figure en comparaison avec son voisin ontarien et la moyenne canadienne. Là où il accusait un retard à l’origine, on le voit souvent resserrer l’écart et parfois même l’inverser. Le Québec est, par exemple, le seul à avoir profité d’une amélioration de la situation de son marché du travail, et se démarque désormais nettement en matière de soutien aux organismes culturels et aux artistes.

Le portrait de la situation est moins brillant du côté environnemental. Parmi les 15 indicateurs considérés, seulement 4 présentent une véritable amélioration — notamment en matière d’utilisation des terres et de l’eau —, alors que 5 sont restés stables — dont celui sur le niveau d’émissions de gaz à effet de serre (GES) — et que 2 se sont encore détériorés — dont celui sur la qualité de l’air.

« Il y a vraiment eu une amélioration de la situation économique et sociale, tant du point de vue du Québec par rapport à lui-même que par rapport à ses voisins, a observé lundi en entrevue au Devoir Emna Braham, directrice générale de l’Institut du Québec et l’une des copilotes de la démarche. Mais l’avantage de disposer d’un portrait d’ensemble comme celui-là est de mettre aussi en lumière l’énorme retard de la transition environnementale. Le danger est que cela vienne compromettre la soutenabilité et l’équité intergénérationnelle de notre système économique et social. »

Des chiffres et des cibles

 

Le cas des émissions de GES est un rare exemple où les gouvernements ont convenu d’un indicateur de référence et se sont engagés non seulement à réaliser des progrès relatifs, mais aussi à atteindre des cibles absolues. Le G15+ voudrait notamment que les gouvernements basent plus souvent leurs politiques publiques sur ce genre d’indicateurs et annoncent des cibles afin de pouvoir en débattre et mesurer les progrès plus clairement.

« Il fut un temps où c’était très facile de mesurer nos résultats dans le monde de la finance. Il suffisait de regarder la profitabilité, explique Daniel Charron, vice-président chez Fondaction. Aujourd’hui, on se rend compte qu’il n’est pas suffisant de se fier à un seul indicateur pour mesurer la performance réelle d’une entreprise ou d’un projet. On n’a pas le choix d’élever le niveau de sophistication de notre analyse. Ça devrait être vrai aussi pour les politiques des gouvernements. »

Que des organisations de la société civile aux horizons aussi diversifiés que le Conseil du patronat du Québec, la FTQ, Équiterre, le Chantier de l’économie sociale et l’organisme Vivre en ville se soient penchées sur la question et aient convenu de la liste des indicateurs qui leur apparaissent les plus pertinents devrait déjà épargner aux gouvernements la corvée de faire certains arbitrages, dit Daniel Charron.

On aurait toutefois besoin que ces gouvernements demandent à leurs agences de la statistique de creuser de nouvelles questions. En effet, le G15+ est bien obligé d’admettre que, malgré tous ses efforts, il n’a pas trouvé d’indicateurs fiables et fréquents pour presque une vingtaine de facteurs qu’il faudrait pourtant, selon lui, pouvoir suivre, comme le poids de l’économie sociale, la qualité des services de garde à l’enfance, la vitalité des langues autochtones ou la capacité de séquestration de carbone.

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