Ce qui est vrai pour l’inflation l’est aussi pour le climat

Selon le FMI, il reste huit ans au monde pour réduire ses GES d’au moins 25% et atteindre l’objectif de neutralité carbonne d’ici 2050.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Selon le FMI, il reste huit ans au monde pour réduire ses GES d’au moins 25% et atteindre l’objectif de neutralité carbonne d’ici 2050.

Il est primordial que les banques centrales soient déterminées et crédibles en matière de politique monétaire sans quoi leur lutte contre l’inflation sera beaucoup plus difficile et plus coûteuse pour tous, disent les experts. Ce principe s’applique aussi à nos pouvoirs publics et à la lutte contre les changements climatiques, dit le Fonds monétaire international (FMI).

Les banques centrales sont engagées dans une lutte sans merci contre l’accélération du coût de la vie. Elles haussent au pas de course leurs taux d’intérêt afin de forcer les consommateurs et les entreprises à réduire leur demande et ralentir ainsi la croissance des prix.

Dans certains cas, notamment au Canada, les banques centrales admettent que leurs politiques auront relativement peu d’effet sur des facteurs inflationnistes qui dépassent essentiellement leur influence, comme la flambée des prix de l’énergie et des aliments. On fait toutefois valoir que ne rien faire risquerait de semer un doute dans l’esprit des ménages et des entreprises quant à leur degré de détermination à garder le contrôle sur l’inflation, ce qui compliquerait leur tâche dans l’avenir.

Il est certain que ce coup de frein monétaire plombera la croissance économique. Il est même probable qu’elle plongera en récession des pays représentant au moins le tiers de l’économie mondiale, a admis lundi le FMI dans la dernière version de ses Perspectives de l’économie mondiale. Mais le prix à payer sera bien plus élevé encore si, plutôt que d’en faire trop, les banques centrales n’en faisaient pas assez et perdaient leur bataille contre l’inflation et, par le fait même, leur crédibilité future aux yeux des acteurs économiques, y disait-on.

Fait à noter, dans le troisième chapitre de ces mêmes Perspectives de l’économie mondiale, le FMI disait essentiellement la même chose, mais à propos, cette fois, des gouvernements et de leur lutte contre les changements climatiques.

On y commençait par un constat accablant. « Des décennies de procrastination ont transformé ce qui aurait pu être une douce transition vers des sociétés plus carboneutres en un changement qui devra maintenant être beaucoup plus abrupt », y déplorait-on.

Il reste huit ans au monde pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’au moins 25 % et avoir encore une petite chance d’atteindre son objectif de la neutralité carbone d’ici 2050, dit le FMI. Mais au rythme où vont les choses, on se dirige plus vers une hausse de la température de 3,2 °C d’ici la fin du siècle que d’environ 1,5 °C comme promis dans l’Accord de Paris sur le climat.

De l’importance de la crédibilité

Les pouvoirs publics devraient avoir compris maintenant que pour corriger la situation, ils devraient notamment recourir à une tarification du carbone, des subventions et une réglementation en mesure d’inciter les consommateurs et les entreprises à choisir des technologies propres, dit le FMI. Or, la Banque mondiale rapportait récemment que moins du quart des émissions mondiales de GES font actuellement l’objet d’une forme ou l’autre de tarification, et que cette tarification n’est suffisante pour atteindre les cibles fixées pour 2030 que pour 4 % des émissions totales.

Ces mesures n’auraient pas à venir avec un coût économique tellement élevé, si, par exemple, les recettes de la tarification du carbone sont reversées aux ménages qui en ont le plus besoin ou en subventions à la transition verte, explique le FMI. La croissance économique mondiale pourrait ralentir de seulement 0,15 à 0,25 point de pourcentage chaque année d’ici 2030, de probablement moins encore en Europe, aux États-Unis et en Chine (de 0,05 à 0,2 point). Quant à l’effet sur l’inflation, il serait relativement « modéré » aussi, entre 0,1 et 0,4 point de pourcentage.

Mais si, à force de tergiverser et de temporiser, les gouvernements entretiennent le doute dans l’esprit des ménages et des entreprises sur le sérieux de leur démarche, ils devront recourir à des mesures plus draconiennes pour les convaincre que la transition verte est inévitable et infligeront au passage des impacts économiques deux fois plus lourds. Mais ce n’est rien en comparaison de la facture économique, environnementale et humaine avec laquelle on se retrouverait s’ils décidaient de repousser encore à plus tard les mesures urgentes nécessaires pour laisser passer l’actuelle vague d’inflation ou une éventuelle récession.

Pour plus de crédibilité dans leur lutte contre les changements climatiques, et à défaut de pouvoir la confier à des autorités indépendantes de la politique partisane, comme on l’a fait avec la politique monétaire avec les banques centrales, les gouvernements devraient au moins inscrire dans des lois leurs cibles de réduction de GES et les accompagner d’instruments de mesure transparents et fiables.

Jusqu’à présent, « le manque d’ambition et de volonté de passer à l’action a marqué l’histoire des politiques climatique », déplore le FMI. « D’autres faux départs et plus de procrastination — parce que ce ne serait “pas le moment maintenant” — ne feraient qu’alourdir les dommages. »

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