Les travailleurs âgés, pas une solution miracle pour contrer la pénurie de main-d’oeuvre

Plus des trois quarts des Québécois âgés de 45 ans et plus prévoient quitter le marché du travail à 65 ans ou moins.
Photo: Timothy A. Clary Agence France-Presse Plus des trois quarts des Québécois âgés de 45 ans et plus prévoient quitter le marché du travail à 65 ans ou moins.

Le Québec ne disposera pas d’autant de travailleurs expérimentés pour l’aider à contrer la rareté de main-d’oeuvre qu’on le croit, prévient une étude. Et les convaincre de rester un peu plus longtemps sur le marché du travail ne sera pas aussi simple non plus.

Il a souvent été question du choc démographique et du problème de rareté de main-d’oeuvre durant la dernière campagne électorale québécoise. Plusieurs partis politiques ont notamment mis en avant que le Québec pourrait améliorer son sort en amenant les travailleurs plus âgés à retarder leur départ à la retraite ou à effectuer un retour au travail avec le bon dosage d’avantages fiscaux et autres incitatifs financiers. Mais c’est aller un peu vite en affaire, rapporte l’Institut du Québec (IdQ) dans une étude dévoilée jeudi.

À première vue, le Québec pourrait réaliser d’importants gains rapidement. De 2011 à 2021, le nombre de Québécois âgés de 60 à 69 ans a bondi de plus de 250 000 personnes avec l’arrivée des premiers baby-boomers. Or, à peine 39 % des personnes de cette tranche d’âge étaient alors encore actives sur le marché du travail, contre une moyenne des pays de l’OCDE de 42,4 %, une proportion de 46,3 % en Ontario et plus de 51 % dans des pays comme la Norvège et la Suède.

« En réalité, le vieillissement de la population est déjà bien avancé au Québec. Bon nombre de baby-boomers ont déjà quitté le marché du travail, a expliqué dans un communiqué la directrice générale de l’IdQ et l’une des coauteurs de l’étude, Emna Braham. Or, les personnes qui approchent actuellement de l’âge de la retraite sont de moins en moins nombreuses. Si bien que le bassin dans lequel nous espérions pouvoir puiser hier s’est considérablement tari au fil du temps. »

Le total de Québécois âgés de 60 à 69 ans devrait ainsi déjà avoir diminué de presque 105 000 dans une dizaine d’années. Cela signifie que même si le Québec parvenait à rattraper tout son retard actuel sur l’Ontario, le nombre potentiel de travailleurs supplémentaires sur lesquels il pourrait compter chutera rapidement de plus de moitié, de 86 000 personnes l’an dernier à 37 000 en 2032.

Réalisme

 

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de progrès à réaliser de ce côté, seulement qu’il faudra se montrer plus « réaliste », a expliqué en entretien téléphonique au Devoir l’autre coauteur de l’étude et économiste principal à l’IdQ, Simon Savard.

On peut déjà se réjouir en constatant que le taux d’activité des Québécois est à la hausse depuis une vingtaine d’années à la faveur notamment de l’augmentation de leur niveau d’éducation, de l’amélioration de la qualité des emplois et de la hausse du taux d’activité des femmes dans toutes les tranches d’âge. D’autres facteurs sont aussi à l’oeuvre, comme des régimes de retraite moins généreux et l’alourdissement de l’endettement des ménages.

La bonne nouvelle est que le Québec devrait pouvoir ainsi continuer de compter sur une certaine « augmentation naturelle » en la matière. Mais pour faire encore mieux, il faudra déployer beaucoup d’efforts et se montrer patient, parce que la décision du moment de la retraite se prend longtemps à l’avance, et plus des trois quarts (78 %) des Québécois âgés de 45 ans et plus prévoient actuellement quitter le marché du travail à 65 ans ou moins, selon une récente étude de l’Institut de statistique du Québec.

Comme avec les garderies

 

On ne doit pas, non plus, chercher de « solution magique » qui passerait, par exemple, par des incitatifs financiers. Les mesures existantes, comme le Crédit d’impôt pour prolongation de carrière, sont à la fois trop étroites et trop coûteuses en plus de ne pas avoir vraiment montré leur efficacité. « Par définition, note l’IdQ, plusieurs personnes qui ont choisi de quitter le marché du travail pour prendre leur retraite le font en acceptant que ce choix se traduira par une baisse de revenu. »

Il faudrait plutôt développer une « palette d’outils adaptés à [la] réalité complexe et multiforme » de la retraite. Cela devra passer par de la formation professionnelle, non seulement des jeunes, mais aussi des travailleurs plus âgés. Des mesures de flexibilité, d’aménagement du temps de travail et d’accompagnement dans la planification de carrière seraient aussi nécessaires de la part des employeurs.

Une attention particulière devra être portée aux femmes dont le taux de participation est de seulement 32 % lorsqu’elles sont âgées de 60 à 69 ans, contre 46 % chez les hommes. Si seulement les femmes âgées de 60 à 64 ans rattrapaient leur retard, le Québec pourrait déjà compter sur 49 000 personnes de plus sur le marché du travail.

Comme, à cet âge, les femmes sont beaucoup plus nombreuses à assumer le rôle de proche aidant, il faudrait aussi que le Québec investisse plus dans les soins aux aînés, dit l’IdQ. « De la même manière que les services de garde ont permis aux jeunes femmes de revenir sur le marché du travail et de poursuivre leur carrière, les soins aux aînés pourraient permettre aux femmes plus âgées de poursuivre leur carrière ou de mieux concilier celle-ci avec leurs responsabilités familiales. »

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